Patrick Cohen : A la Une ce matin, évidemment le remaniement... Bruno Duvic : Je vous le sers comment votre remaniement ? Avec des artichauts, avec un bol d'eau ou façon blanquette de veau, plat convenu mais plus goûteux qu'il n'en a l'air ? Il y a un peu de tout cela au menu dans la presse ce matin. Commençons par le bol d'eau... On connaissait les scandales qui font "pshitt", voici le remaniement qui fait "plouf". "Plouf", c'est le titre de l'édito de Patrick Fluticker dans L'Alsace ce matin. On dit "plouf", mais on pourrait dire aussi "tout ça pour ça" comme dans les commentaires de la gauche hier. Résumé sous la plume de Dominique Garraud dans La Charente-Libre : "Neuf mois de gestation et une décision annoncée toutes affaires pressantes un week-end. L'épilogue du feuilleton du remaniement annoncé dès mars dernier a été à la hauteur de sa préparation : abracadabrantesque ! "Rue89" enchaîne, en résumant la révolution de ce week-end à une succession de renoncements, pas de changement de premier ministre, pas de changement dans tous les grands ministères, pas de virage social, pas de faveur aux centristes, pas d'ouverture. "Vous avez dit remaniement ?", La Dépêche du Midi en doute. Elle met un point d'interrogation à la fin de cette phrase. C'est même une mascarade pour L'Humanité. Ce que Charb, le dessinateur de L'Huma, résume avec ce croquis : un Sarkozy, camelot de foire, harangue la foule : "Et maintenant, je vais transformer un premier ministre de droite"... Il n'y a qu'un rat pour écouter ses boniments et compléter sa phrase : "... en premier ministre de droite". Conclusion de Patrick Apel-Muller dans l'édito : "Le président n'a plus rien dans ses chapeaux à double fond". Voilà pour le remaniement à l'eau plate... à moins que vous ne préfériez la version artichauts. C'est Philippe Waucampt qui les sort de son cabas dans Le Républicain-Lorrain. Ce remaniement, écrit-il, est aux ennuis ce que l'artichaut est à la cuisine : il en reste plus dans l'assiette après qu'avant". Et l'homme à la tête d'artichaut ce matin, c'est Jean-Louis Borloo, celui qui part, humilié d'avoir été écarté de la course à Matignon, et qui reprend sa liberté. Philippe Waucampt reprend dans Le Républicain-Lorrain : "L'ex-ministre de l'Ecologie constituait l'atout-maître de l'Elysée. Il effaçait les candidatures Villepin et Bayrou, il rassurait l'électorat centriste et il empiétait sur les terres écolo et socialiste. Borloo s'en va en claquant la porte, ce qui n'augure rien de bon pour la présidentielle. Patrick Cohen : Les centristes vont-ils se rebeller ? Ca ressemble à quoi un centriste fâché ? Bruno Duvic : Ca ressemble à Pierre Méhaignerie, par exemple, dans Les Echos, selon qui il existe aujourd'hui une forte envie des familles du centre de se retrouver. "Je ne vois pas dans ce gouvernement, ajoute l'ancien Garde des Sceaux, un ministre important qui veuille imprimer une ligne de plus grande justice dans la société française. Je le regrette !". "Ce nouveau gouvernement, c'est donc un virage à droite" comme le titre L'Ardennais. "Juppé, Alliot-Marie, Baroin, Copé : c'est le clan des chiraquiens", comme l'écrit Le Parisien, qui s'en sort le mieux. Le retour de l'Etat RPR. Alors qui, pour tenir le volant dans ce virage à droite ? Un amateur de course auto, l'homme qui fait de ses défauts des qualités, dixit Ouest-France. Le bourgeois de la Sarthe, François Fillon. C'est la star du jour, à la Une de tous les journaux. C'est "Fillon, l'hyper premier ministre" pour La Tribune... Et Paul-Henri du Limbert est bien content dans Le Figaro. "Mais pourquoi donc François Fillon aurait-il du partir ?" demande l'éditorialiste. Il est populaire, il a le soutien de la majorité, il sait faire le job. Tous les candidats déclarés ou semi-déclarés avaient évidemment leurs qualités, mais aucun n'en réunissait autant que François Fillon. L'évocation d'un virage social était séduisante mais sur le papier car quelle politique sociale engager dans un pays qui compte 1.500 milliards d'euros de dettes ?". Va donc pour la blanquette de veau, ce plat convenu, plus savoureux qu'il n'en a l'air... La saveur de ce remaniement, elle est à la Une de Libération, tout en ironie : Ce n'est pas Sarkozy qui garde Fillon, c'est "Fillon qui garde Sarkozy". Et ce changement est plus significatif qu'il n'en a l'air. Car, tous les articles retraçant l'histoire de ce remaniement le relèvent : au départ, le président voulait bel et bien changer de premier ministre et Jean-Louis Borloo tenait la corde pour Matignon. Mais l'homme de Valenciennes a multiplié les gaffes ces dernières semaines, notamment quand la France était au bord de la pénurie de carburant. Et l'homme de la Sarthe avait l'appui indéfectible des élus de la majorité. Le voilà donc, le changement : François Fillon devient enfin vraiment premier ministre. Lui que Nicolas Sarkozy avait qualifié de "collaborateur". La cohabitation subliminale entre le président des réformes et le premier ministre de la rigueur continue... "Cohabitation subliminale", l'expression est dans Les Echos. Artichauts, verre d'eau et blanquette de veau : maintenant, il faut payer l'addition. Résumé du climat dans le dessin de Bauer dans Le Progrès de Lyon : un Fillon triste comme un repas sans dessert est au milieu d'une pile de cartons qui ont pour nom : trou de la Sécu, chômage ou sécurité. Et un peu comme Droopy dans les dessins animés, il nous dit : "Je suis fou de joie !".

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