Dans la presse ce matin : "génération Pourquoi "

Et d'abord le webdocumentaire qui fait sensation sur Internet : "Manipulations".

C'est une enquête dont vous êtes le héros. A l'origine, « Manipulations » est une série documentaire pour la télévision, diffusée depuis dimanche sur France 5. C'est devenu un webdoc qui utilise toutes les ressources de l'Internet pour éclairer l'affaire Clearstream et ses ramifications. Travail impressionnant. Le site est hébergé par France Télévision . Vous pouvez également y accéder via Rue89 . Pour plus de détails allez voir la chronique d'Anne Jocteur dans le "Carrefour du 6/7" ce matin sur France Inter.

Le Net comme source d'information, particulièrement pour les jeunes.

"La génération du Net révolutionne les usages culturels." C'est une sociologue spécialiste à la fois des nouveaux médias et de la jeunesse qui le dit dans les colonnes de L'Expansion , Monique Dagnaud.

Les 15-30 sont à la fois les enfants de la crise et d'Internet

On l'appelle la génération Y, entre autres parce qu'en anglais, cette lettre se prononce, why - pourquoi ? C'est la génération qui a du mal à se comprendre avec les ainés.

Leurs perspectives d'insertion sociales sont incertaines, dit Monique Dagnaud et pourtant ils dégagent vitalité et optimisme. Ils n'ont aucune confiance dans l'avenir de leur société mais confiance dans leur capacité à s'en sortir individuellement.

Les valeurs de cette génération recoupent largement celles du web :

  • refus des hiérarchies,

  • culture de la dérision à l'égard des institutions,

  • paradoxe : cette génération de réseaux plébiscite le partage sur la toile, mais elle est individualiste.

« Sa capacité à peser durablement sur la scène politique reste à prouver », conclut Monique Dagnaud.

En tout cas, elle fait déjà bouger les frontières de l'économie.

Oui, car dans ses habitudes, il y a celle de la gratuité pour les biens culturels. Les industries de la musique et du cinéma en savent quelque chose. Et un combat de titan est en train de s'engager aux Etats-Unis.

Le dossier est ouvert par owni.fr, l'un de ces sites d'information plébiscités par la génération Y. On peut le résumer en une formule : la Silicon Valley contre Hollywood.

Demain, au congrès à Washington sera examiné en commission le projet de loi « Stop Online Privacy Act ». Les lobbyistes d'Hollywood veulent obtenir un filtrage et un blocage systématique des sites soupçonnés d'encourager le piratage.

Face à eux d'autres lobbyistes, ceux de la Silicon Valley, Google entre autres, défendent à la fois une certaine idée de la liberté sur Internet et la poule aux œufs d'or.

L'Empire Hollywood contre attaque et en France, le jedi François Hollande, qui a fait de la jeunesse l'un des axes de sa campagne semble bien seul en ce moment.

Un Internaute facétieux lui donne tout de même un coup de main.

C'est le gag du jour sur le Net, relevé par Rue 89. Si vous tapez francoisfillon (en un seul mot et sans cédille) sur un moteur de recherche, vous tombez sur un François un peu moins chevelu et avec quelques kilos en plus : François Hollande, le site officiel. Petite manipulation pour rire sur le Net, on appelle cela du cyber fishing.

François Hollande à la pêche, donc, et en pédalo

Oui, la petite phrase de Jean Luc Mélenchon sur la capitaine du pédalo intéresse les commentateurs. Que la droite, lui tombe dessus, pas de quoi se relever la nuit. Mais que la gauche, via Jean Luc Mélenchon, s'y mette, et les éditorialistes lèvent un sourcil sévère.

Voilà François Hollande "pris entre deux feux", pour Hervé Favre dans La Voix du Nord . C'est la "zizanie à gauche", constate Bruno Dive dans Sud Ouest .

Zizanie aussi avec les écologistes. Dans Libération ce matin, Daniel Cohn-Bendit presse François Hollande de conclure un accord avec les écolos. "Il est en train de se ségoléniser. Il a fait une bonne primaire et juste après il est déjà en cellule de crise alors que rien n'a commencé".

Gérard Courtois, défend le candidat Hollande dans Le Monde . « A l'automne 1980, écrit-il, un précédent candidat socialiste, François Mitterrand, était, de même, méprisé par la droite et canardé par ses ‘’alliés’’, les communistes à l’époque. Cela ne lui avait pas si mal réussi. »

Face à cette zizanie, Le Figaro met en scène, « les ténors (de la droite qui) entrent en campagne ».

Photo notamment d'Alain Juppé à la Une. Il reçoit le président de la République sur ses terres bordelaises. Déplacement sur le thème de la lutte contre la fraude. "Arrêts maladie, les tricheurs dans le viseur", titre Le Progrès .

Objectif de cette lutte contre la fraude pour le chef de l'Etat : se poser en bon gestionnaire mais aussi, comme l'a bien compris Guillaume Tabard dans Les Echos , soigner sa droite, car « l'exaspération face aux fraudes alimente le Front National. »

Les économies jusqu'où ? Exemple d'un service public qui craque : pôle emploi. On a diminué le nombre d'agents ces dernières années, mais parallèlement le chômage remontait. Résultat : « pôle emploi (est) au bord de l'explosion », selon L'Humanité qui en fait sa Une ce matin.

Autre signe de la crise (et comme pour le chômage, la génération Y est concernée de près) : l'immobilier, devenu hors de prix. Trop, c'est trop : le marché est en plein marasme constate La Dépêche dumidi . Dans le neuf, selon La Dépêche, les transactions immobilières ont baissé de plus de 22% au deuxième trimestre. Et à Montpellier, constate MidiLibre à sa Une, même les loyers sont en baisse.

Et la crise en Europe, toujours…

Oui, la jeune génération voit remise en cause ce qu'elle a presque toujours connu : l'Euro dans les poches.

Réflexion en cours, voyez la Une de Libération après la nomination de nouveaux gouvernements sans vote sous l'effet de crise à Rome et Athènes : « les marchés sont-ils contre la démocratie ? »

L'Europe en crise, combien de pédalos ? A la Une de La Tribune : « Merkel, capitaine malgré elle ». La chancelière a plaidé hier pour plus d'Europe devant les élus de son parti.

Au delà des questions économiques et institutionnelles, c'est bien l'identité européenne qui devient floue. Terminons avec la contribution à ce débat d'un homme qui est très loin de la génération Y. Il passe même par l'archétype du vieux misanthrope réac. C'est Alain Finkielkraut.

Le mensuel Causeur reproduit la leçon inaugurale de son cours à l'école Polytechnique en cet automne 2011. Discours sur le thème du « vivre ensemble ». Et dans ce très long discours, où il tonne une fois de plus contre l'air du temps, le philosophe pointe notamment l'un des handicaps de la construction européenne : elle s'est bâtie de manière négative après la seconde guerre mondiale, sur le thème du "plus jamais ça".

"Elle a été conçue comme l'antithèse de l'Europe nationaliste et son cortège de dévastations morales"

Et du coup il est difficile de définir positivement une identité européenne...

Et Finkielkraut poursuit : en Europe, « nous avons des valeurs, des idéaux, mais nous ne voulons pas que ceux-ci aient un corps, qu'ils soient ancrés dans un territoire ou dans une généalogie : tout ce qui signale notre appartenance ou notre ascendance nous plonge dans une sorte de malaise. (…) Fuir éperdument l'enracinement (…) telle est la mission auto civilisatrice que s'assigne l’Europe en tant qu’Union européenne... "

Une fois que l'on a dit « plus jamais ça » ou encore que l'on s'est indigné, il reste à construire un projet collectif.

La génération du pourquoi devra aussi être celle du comment.

A demain !

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