Dominée par le conflit entre Charlie Hebdo et Mediapart….

Parce que ce conflit entre deux journaux a pris des proportions qu’on n’imaginait pas… Ce matin, l’éditorial de Charlie Hebdo, signé Riss… accuse Edwy Plenel, le fondateur de mediapart de préparer intellectuellement un nouveau massacre contre Charlie Hebdo, de lancer « un appel au meurtre »… 

Plenel  accuserait Charlie de participer à une "campagne générale de guerre aux musulmans"… 

« Plenel condamne à mort une deuxième fois Charlie Hebdo. Cette phrase adoube ceux qui voudront demain finir le boulot des frères Kouachi, elle acquitte déjà ceux qui nous tueront demain »… 

Ces phrases ne peuvent pas être prises à la légère ; Riss parle au nom des morts… Et on doit comprendre ce qui se joue…

Et comment en arrive-t-on là ?

Il y a la circonstance d’une polémique… Des femmes ont accusé de viol le prêcheur et intellectuel Tariq Ramadan. Des media ont été accusés de complicité avec lui…  Parmi eux Mediapart et singulièrement son fondateur Edwy Plenel. qui a fait de la défense des musulmans un de ses combats, il a participé à des débats avec Tariq ramadan, il l’a présenté comme un « intellectuel estimable », il trouvait sa diabolisation injuste…La semaine dernière Charlie publiait une caricature de Plenel en Une. Plenel répondait sur France info… 

«  La une de Charlie Hebdo fait partie d'une campagne plus générale que l'actuelle direction de Charlie Hebdo épouse. M. Valls et d'autres, une gauche égarée, une gauche qui ne sait plus où elle est, alliée à une droite voire à une extrême droite identitaire, trouve n'importe quel prétexte, n'importe quelle calomnie pour en revenir à leur obsession : la guerre aux musulmans, la diabolisation de tout ce qui concerne l'islam et les musulmans. »

Dans l’éditorial de Riss, la phrase est résumée et devient « la Une de charlie hebdo fait partie d’une campagne générale de guerre aux musulmans ». Les polémiques sont souvent tissées de morceaux de phrases qui résonnent dans la douleur …

Parce qu’il y a la douleur d’abord… 

Riss était à Charlie hebdo le jour où les frères Kouachi ont tué autour de lui Cabu, Charb, Tignous, Honoré Wolinski, Bernard Mari,  Moustapha Ourrad, Elsa Cayat, Michel Renaud et le policier Franck Brinsolaro… 

Riss sort de l’enfer et il ne faut rien comprendre à la blessure des hommes pour le dire « en guerre » contre « les musulmans »… 

Riss vient aussi  de la solitude qui était celle de Charlie Hebdo avant le 7 janvier 2015… Quand on considérait que ses campagnes laïques ou sa volonté de publier encore des caricatures du prophète Mahomet n’était pas très responsable… Les hommes de Charlie sont morts seuls, alors qu’ils menaient un combat… 

Et Riss poursuit ce combat… 

Le slogan « je suis charlie » est une phrase trompeuse. Elle peut signifier une compassion envers les morts et les endeuillés, ou une adhésion de principe à la liberté d’expression… 

Ou bien, un engagement fort et conflictuel que Riss a repris à son compte… Riss pense que la laïcité menacée est un combat principal, il pense que le mot islamophobie est un piège tendu par les intégristes, il a écrit aussi que le terrorisme trouve son terreau dans la complaisance dont on entourerait un boulanger qui ne vendrait pas de porc… 

C’est-à-dire qu’il ait usage de sa liberté…Riss ne pense pas que « Etre charlie », c’est une chose simple. Et son éditorial le montre… 

Et Edwy Plenel…

Il n'est pas Charlie, au sens où ce qu’il pense de la société française est à l’opposé. Il pense que le sort politique et médiatique fait aux musulmans est à la racine du mal. Il en a écrit un livre qui est sorti, de manière tragique, juste avant les attentats de 2015. Plenel disait que l’exposition donnée au polémiste Eric Zemmour ou au romancier Michel Houellebecq étaient des facteurs de haine… Il pense qu’il mène une bataille vitale pour le vivre ensemble… C’est ce qu’il dit à France info…  au détriment de la prudence ou de l’empathie…

Il y a des procès injustes dans cette histoire ?

Ce n’est pas Charlie qui accumule les articles sur le "Grand remplacement", ou sur Tariq Ramadan qui aurait été « l’idole des jeunes maghrébins de banlieue »… J’ai lu ça dans le Figaro. Inversement, ce n’est pas Plenel qui a inventé, valorisé, inventé, encensé Tariq ramadan, invité récurrent des émissions de Franz-Olivier Giesbert. En 2011, le Nouvel Observateur avait invité Ramadan à signer une pétition contre l’UMP et le sarkozysme avec tous les grands noms de la gauche…. 

Mais une polémique n’est jamais absurde. Celle-ci dit la fracture autour de la laïcité, et la fracture de la gauche…  La famille de Mediapart comme de Charlie hebdo… 

Vous avez une pétition qui circule en défense de Edwy Plenel signée par l’avocat et ami de François Hollande Jean-Pierre Mignard ou le mathématicien Michel Broué…  

En face, vous avez Manuel Valls, qui défend Riss, qui se revendique Charlie, qui est une cible de Mediapart… et qui considère que Edwy Plenel n’est plus vraiment un républicain… 

Ce sont des débats incarnés et on se renvoie de camps à camp les fantômes de la gauche… Plenel serait le continuateur d’une gauche complice des régimes  totalitaires, aveugle à la réalité du communisme, complaisante envers le tiers monde…

Valls serait un nouveau traître, l’héritier de la gauche coloniale et des néo socialistes passés au fascisme dans les années 30-40… On vide les armoires de l’horreur. 

Des journaux peuvent être resumés à des fractures idéologiques ?

Un journal est plus complexe et riche que son affichage… Cette polémique  masque des bons papiers… dans mediapart ce matin, ou dans Charlie… 

Le Charlie qui sort est très bon … La Une est très forte…

On voit une gamine enceinte, portant un masque à gaz, et dans son ventre le bébé aussi porte un masque à gaz… "Merci Schiappa merci Hulot, le sexe à 13 ans, le round up à trois mois"

C’est Charlie qui était écolo et brutal avant d’être laique ou laicard et avant d’être martyre…

Il y a aussi un écrivain… Il s’appelle Philippe Lançon; j’aurais envie de le citer chaque semaine. Lançon est une gueule cassée du 7 janvier 2015, et il raconte sa réparation et son retrait de nos bruits… Il ne ressemble pas à la colère qui émane de son journal… Il s’étonne que Charlie semble distribuer aujourd’hui non plus des humeus mais « des bulles du pape… On cherche à réduire à une seule voix, une seule tendance, un seul trait, un journal dont la nature est le foutoir, le désaccord… »

Il écrit aussi, Lançon…  

« Dans ma chambre d’hopital en 2015, je n’avais plus guère de doutes qu’on allait reprocher à Charlie de ne pas être à la hauteur de ce destin. Le poids qu’on nous a donné est un peu lourd à porter. Depuis je vois passer l’une derrière l’autre  les polémiques que nos une provoquent, les bonnes comme les mauvaises. Ces unes provoquent d’abord ceux qui ne voient qu’elles en devanture de kiosque sur internet. Ils ne ne lisent pas un journal qu’ils n’achètent pas. Malheur à une publication célèbre qui n’est pas lue. » 

Lisons.

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