Le chien aboie, et la cloche sonne à la Bourse... (son de la cloche de Wall Street) Breaking news hier, dans les colonnes du Wall Street Journal... Les banques se préparent à verser 140 milliards de dollars en salaires, bonus et bénéfices : record de 2007 battu. La crise ? Quelle crise ? "La finance est sur un nuage", titre La Tribune ce matin. Bénéfices record pour la banque JP Morgan. Les bonus explosent à Wall Street. Et en France, la Bourse de Paris a dépassé hier un nouveau pic depuis un an, et le Crédit Agricole a déjà les moyens de rembourser les aides d'Etat. Evidemment, écrivent Les Echos, qui font leur Une sur le même thème, c'est gênant vis-à-vis du contribuable, qui a dû venir au secours des banques l'an dernier. D'autant plus que l'ensemble des citoyens continuent de subir les contrecoups de la crise. Mais ce n'est pas étonnant, puisque le G20 s'est refusé à plafonner les montants des rémunérations. Il s'est contenté d'imposer des conditions plus strictes. "La finance guérit, l'opinion gronde", résume Sophie Gherardi dans son édito de La Tribune. "Il est bon que le système financier retrouve des couleurs : il fait partie des solutions à la crise. Mais il aurait tort de se montrer provocant. Car l'addition finale de l'aide aux banques, ce sera aux contribuables de la payer". Le patron de Rothschild appelle à la prudence, dans Le Figaro... "Oui, on doit rester optimiste sur le long terme. A dix, vingt ou trente ans, les fondamentaux de la croissance mondiale sont même exceptionnels. L'émergence simultanée de deux milliards d'individus et des nouvelles technologies sont deux moteurs formidables. Mais il y a des inconnues : le dollar, la sortie de crise, et le pétrole et les produits de base. Quelle est vraiment la ressource rare aujourd'hui ? C'est le temps. Le crédit quasi gratuit des années 2000 a réduit comme une cocotte-minute, et de façon spectaculaire, le temps de cuisson nécessaire à la création de richesses. Et beaucoup des mécanismes infernaux qui ont généré la crise sont nés de cette fulgurante accélération". Alors vous savez comment on surnomme les banquiers à la City de Londres ? Les "fat cats". Les chats sont gras. Mais la terre est sèche comme un coup de fusil... Un milliard de personnes crèvent de faim sur Terre : un habitant sur six... C'est la Une de Libération ce matin. On dira que le rapprochement entre les deux informations est facile, et même un brin démago. C'est vrai, mais tout de même : la crise a bel et bien alimenté la faim. Sur la carte publiée par Libération, un tiers de l'Afrique est en rouge. L'an dernier, les bénéfices des exportations ont chuté, le flux des investissements étrangers s'est tari, les migrants ont envoyé beaucoup moins d'argent au pays. Quand on survit avec le minimum vital, la moindre crise est fatale. Alors choses vues... choses vues par Stéphanie Braquehais à Archers Port, dans le nord-est du Kenya... Autour de deux fossés à demi remplis d'une eau saumâtre, les animaux tombent d'épuisement avant les hommes. A plusieurs reprises, un âne s'écroule dans la source, le seul point d'eau trouvé depuis plus de cinq jours. Deux éleveurs tentent de le repêcher. A côté d'eux, des femmes continuent, imperturbables, à recueillir dans des jerrycans le précieux liquide au milieu des cadavres d'animaux. Et pourtant... Selon Vittorio de Filippis et Christian Losson, on peut nourrir aujourd'hui 6 milliards et demi d'êtres humains, et bientôt 9. On peut, mais le travail est énorme : cela implique de relégitimer le rôle des Etats, cibler les agricultures familiales, mettre en place une gouvernance mondiale, développer les infrastructures... Et puis, que les pays riches tiennent leurs promesses : 6,7 milliards de dollars devaient tomber cette année. Là aussi, la terre est sèche : on en a récolté moins de 3... Géopolitique du football, ce matin dans la presse... Quand la Coupe du Monde approche, chacun voit la Terre de sa surface de réparation. Sur le site du quotidien portugais Diario de Noticias, le joueur Nanni fait la cabriole : son équipe a battu Malte "4-0" hier soir. Elle disputera les barrages. C'était loin d'être gagné. Maradona plus vrai que nature... Il a sauvé sa tête hier : grâce à une victoire "1-0" face à l'Uruguay, son pays est qualifié pour la Coupe du Monde. Sur le site du Clarin, journal argentin : vidéo de Don Diego, lors de la conférence de presse d'après-match. Il commence par faire la bise aux deux jolies hôtesses qui l'entourent. Puis il insulte les journalistes. Si mes souvenirs d'espagnol au lycée ne me trompent pas, il est question de gâteries... En Turquie, à Bursa hier soir, il n'y avait pas d'enjeu sportif. Turquie et Arménie sont toutes les deux éliminées. Mais c'était un match de foot "à haute valeur symbolique", comme le titre L'Humanité. Quatre jours après l'accord diplomatique, les dirigeants des deux pays étaient côte à côte en tribune. On a mesuré le chemin qui reste à parcourir pour une vraie normalisation. Ragip Duran raconte, dans Libération... L'hymne arménien a été copieusement sifflé au début du match. D'ailleurs, les supporters arméniens n'étaient pas là : trop dangereux. Mais les 60000 qui vivent à Istanbul avaient les yeux rivés sur la télévision. 3000 policiers montaient la garde aux abords et dans le stade. Les spectateurs ont tout de même chanté "Les noces de la mariée blonde" : c'est une ballade caucasienne, d'origine arménienne, qui met tout le monde d'accord. Le foot, ce n'est pas la guerre, quoique... A lire Courrier International cette semaine, c'est "le spectre de la guerre". Courrier reprend un journal croate... En marge des matches en ce moment, on compte les morts et les blessés. Les acteurs sont les mêmes que dans les années 90 : Croates, Serbes et Musulmans. Les armes se sont tues, mais elles n'ont pas disparu. Simplement, les treillis ont été remplacés par les écharpes des ultras. La famille de Brice Taton en sait quelque chose : ce supporter toulousain est mort sous les coups de battes de base-ball de fanatiques serbes qui l'ont agressé avant le match Belgrade-Toulouse, le 17 septembre. Pour le journal croate cité par Courrier International, Brice Taton a été châtié en tant "qu'ennemi" responsable du bombardement de l'OTAN contre la Serbie en 1999... D'autres informations glanées dans la presse... "Le port du voile intégral, ce n'est pas une prescription religieuse : c'est une pratique basée sur un avis minoritaire"... paroles du président du Conseil français du culte musulman, hier, devant la mission parlementaire sur le niqab. Cette précision est relevée notamment par lexpress.fr. "Feux rouges : voilà les radars !" : l'avertissement est à la Une de La Provence ce matin... A Marseille, deux appareils viennent d'être installés. Ils sont pour l'instant à l'essai, mais ils vont bientôt flasher. Et puis une information du Times, le quotidien britannique... Plus d'un an après la mort de dix soldats français en Afghanistan, l'Italie est mise en cause. Cette région de Saroubi, où les militaires ont trouvé la mort, était sous le contrôle des Italiens avant l'arrivée des Français. Les Italiens payaient les talibans pour acheter la paix. Ils n'en ont pas averti leurs successeurs, selon le Times. Et du coup, les Français auraient mal évalué les dangers de leur mission. Nous avons commencé avec le New York du "Bûcher des Vanités"... Terminons avec la même ville, vue par Sempé... "Sempé à New York" : le recueil de ses dessins, parus notamment dans le New-Yorker, la Mecque du dessin de presse, sort bientôt en librairie. Et la Grosse Pomme prend un goût de compote Bonne Maman... Pour Le Point, Jacques-Pierre Amette a feuilleté le recueil, et voici ce qu'il écrit... "Oui, dit Sempé, j'ai un petit côté 'Fenêtre sur Cour'". Il se penche donc du 17ème étage du New-Yorker et voit des buildings frôlés par des flocons de neige, des violonistes en frac, un millionnaire mélancolique, minuscule, en train de tremper ses pieds dans une piscine... La ville fiévreuse, hurlante d'ambulances stridentes et de taxis bondissants, se transforme en une Manhattan champêtre, avec ménagères en fichu ou cuistots en goguette. Des timides et des esseulés marchent dans Central Park. Ce New York-là sort du film "Radio Days" de Woody Allen, avec quelque chose d'indécis, un tremblé particulier, qui ressemble à l'émotion d'un vieil homme devant le préau de son enfance. Et à l'appui du texte du Prix Goncourt Amette, il y a ce dessin de Sempé : un chat posé sur une chaise, à côté d'une table où l'on vient de servir le thé. Il regarde les gratte-ciel par la fenêtre. A New York, les chiens aboient, la cloche de Wall Street sonne, mais les chats ronronnent...

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