Patrick Cohen : Et comme on est vendredi, c'est la Revue de Presse à deux voix... Presse française lue par Bruno Duvic... Et presse étrangère commentée par Guyonne de Montjou... Bonjour à tous les deux... A la Une de la presse française Bruno Duvic, les lycéens et les étudiants... Bruno Duvic : Es-tu inconscient, es-tu manipulé, es-tu le visage d'un malaise social profond en France ? Jeune, la presse te regarde et cherche à te comprendre ce matin... "Mobilisation contre la réforme des retraites : c'est l'irruption jeune" titre Libération ce matin... C'est comme pour les manifs, il y a bataille de chiffres... 1.100 lycées touchés selon l'Union Nationale lycéenne, 340 dixit le gouvernement... Des manifestations par dizaine, souvent tendues, parfois marquées par des incidents notamment en banlieue parisienne. Comment interpréter cela ? Jeune, tu te plantes... Voici ce que te dis Eric Leboucher dans Les Echos : "L'intérêt bien compris des jeunes est que la réforme passe... Ils devraient contre-manifester, refuser que les baby-boomers repoussent une nouvelle fois les déficits sur leurs épaules... Si les vieux refusent de travailler plus longtemps, ce sont les jeunes qui règleront la note... fin de citation. Alors étudiant, lycéen, serais-tu manipulé ? Le Parisien a vu des drapeaux du syndicat SUD et des jeunesses socialistes dans les cortèges hier, des autocollants du NPA d'Olivier Besancenot du syndicat d'enseignants SNES... Dans son édito de Sud-Ouest, Bruno Dive dénonce les apprentis-sorciers qui t'ont incité à descendre dans la rue... Jean-Claude Mailly, Ségolène Royal qui, selon Dive, ne faisait que traduire la tentation au Parti Socialiste de faire entrer les jeunes dans la danse. Manipulés, vraiment ? "Non" répond catégorique le sociologue Michel Fize dans les colonnes du Parisien... Ils se sentent concernés par cette réforme... Il s'agit d'une génération qui a le sentiment de ne pas être entendue... Dans Libération, Laurent Joffrin relève que certaines déclarations un peu méprisantes dans la majorité ont pu avoir un effet boomerang : il ne fallait pas prendre les jeunes pour des gamins... Accusés d'être manipulés, les lycéens ont pris la mouche. Quel que soit le regard que l'on porte sur les blocages des bahuts ou des facs, chacun sent bien qu'avec cette "irruption jeune", le mouvement social est à un tournant... Jeunes ou moins jeunes, les revendications des manifestants vont au-delà de la réforme des retraites... Elles s'inscrivent dans un contexte global de crise, un malaise diffus... A nouveau, le sociologue Michel Fize dans Le Parisien : "On peut avoir un nouveau mai 68,". Dans Le Figaro, Yvan Rioufol dénonce cette gauche qui confond la rue et le peuple. Comme l'ambiance près des raffineries, le ton se durcit ce matin dans la presse... Heureusement, il y a Ranson, le caricaturiste du Parisien, pour plaisanter : un CRS à matraque court après un gamin en basket : tu crois qu't'as l'âge de manifester ?... Réponse du môme : et toi, tu courras aussi vite à 65 ans ? Guyonne, est-ce que vous avez beaucoup couru pour trouver un article sur le sujet dans la presse européenne ? Guyonne Montjou : Non, les grèves françaises ne semblent pas intéresser beaucoup ce matin la presse européenne... En revanche, du côté du Golfe, on trouve quelques articles sur les pénuries annoncées de carburant... Aux Emirats Arabes Unis, le quotidien national commente la montée chétive des cours du baril de pétrole... Sur le marché d'Amsterdam, son prix à court terme aurait déjà augmenté de 14% en deux semaines... On a presque que l'impression que les Etats pétroliers se frottent déjà les mains. Patrick Cohen : Autre grand sujet dans la presse, notamment à l'étranger : les mineurs chiliens... Guyonne Montjou : Avant même de remonter à la surface, le "groupe des 33" a scellé un pacte... Les mineurs se sont promis de garder le silence sur ce qui s'est passé au fond de la mine pendant les 17 premiers jours avant que les secours ne les trouvent.... C'est le quotidien chilien "La tercera" qui le raconte sur 36 pages... Les mineurs se sont aussi promis de créer une fondation pour mettre en commun tout l'argent des interviews... L'idée est de se redistribuer les profits à égalité... Trois personnages vont attirer la lumière des plateaux de télévision sur eux : il y a Ariel, l'un des chefs de la bande, très charismatique, dont la femme a accouché il y a quelques jours... Il y aussi Sepulveda sorti en second de la mine, le premier à s'être adressé aux caméras du monde entier... Et il y a enfin Victor Segovia qui a noirci, chaque jour, les pages de son carnet... Et c'est là que l'affaire se complique : des éditeurs ont proposé jusqu'à 50.000 dollars, soit 20 ans de salaire moyen au Chili, pour avoir les droits sur ledit carnet... Le frère de Victor, Segovia, a commencé à négocier avec eux... Il avoue aux journalistes de "La Tercera" que cet argent ne doit pas être mis au pot commun des 33 puisque c'est un carnet que son frère a tenu tout seul, comme un grand... Peut-être déjà un début de fissure dans l'union sacrée... A suivre... Bruno Duvic : Oui, quelques fissures dans le pacte du silence... Elles apparaissent dans Le Figaro... Le dernier sorti de la mine, Luis Urzua donne quelques détails tout de même sur les 17 premiers jours... A la fin de cette période, on mangeait toutes les 48H pour laisser quelque chose pour plus tard... Deux bouchées de thon et un demi-verre de lait, c'était le seul festin qu'ils se permettaient... Quand le 22 août la sonde est enfin arrivée dans la galerie, on voulait tous prendre la foreuse dans nos bras. Et puis, les familles cèdent un peu plus facilement que les mineurs aux pressions des médias... Telle épouse raconte qu'au début, ils étaient désunis, puis ils se sont rassemblés notamment grâce aux prières. Des histoires de famille ont d'ailleurs émergé à la faveur de cette saga... L'un des 33, Yonni Barrios s'en serait sans doute passé, c'est sa maîtresse qui l'a accueilli à la sortie de la mine... La légitime a été écartée, les deux femmes en sont venues aux mains... Au total, cinq des beaux gosses dont l'histoire est désormais connue du monde entier ont vu leur infidélité rendue publique alors qu'ils étaient sous terre ! Patrick Cohen : A la Une de la presse israélienne, la visite de l'Iranien Ahmadinejad au Liban... Guyonne Montjou : Oui, la présence du diable à la frontière déchaîne les passions dans l'Etat hébreu... Ronben Yishai, l'éditorialiste du "Yediot Aharonot" estime qu'Ahmadinejad s'est comporté comme un PDG qui présente au public le produit-phare de sa petite entreprise... Et ce produit, c'est le Hezbollah : 5 milliards de dollars d'investissement, 100 villages du sud-Liban reconstruits en un tournemain, des villages qui ressemblent plutôt à des bastions ou à des casernes qu'à autre chose. De son côté, "Le Harretz", autre grand titre plus à gauche de la presse israélienne, donne une info exclusive : Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, est resté caché dans son bunker pendant les deux jours de la visite d'Ahmanidejad... Mais hier soir, il est monté en secret à Beyrouth jusqu'à l'ambassade d'Iran pour embrasser son ami et mécène... L'entretien avec Ahmadinejad a paraît-il été très chaleureux et il s'est conclu avec un cadeau assez particulier, vous allez le voir : Nasrallah a tendu au président iranien un pistolet, une arme qui aurait été prise sur un soldat israélien pendant la guerre au Sud-Liban, il y a quatre ans... Ahmadinejad est reparti avec son trophée à Téhéran. Bruno Duvic : Le président iranien accueilli en héros... Pour Jacques Guyon dans La Charente-Libre, "c'est un sinistre marionnettiste qui était hier au Liban-Sud"... Et ce qui est en train de disparaître, c'est le Liban lui-même en tant qu'Etat indépendant... La véritable puissance invitante était le Hezbollah créé il y a moins de trente ans par l'Iranien Khamenei... C'est désormais le président à Téhéran qui tient dans sa main le grand croissant chiite allant de la mer Caspienne jusqu'à la Méditerranée : Iran, Syrie, Liban... Un croissant sur lequel l'Occident n'a pas fini de se casser les dents ! Pierre Rousselin relativise un peu cette analyse dans Le Figaro : la Syrie qui revient en force au pays du Cèdre sait très bien manœuvrer et connaît les limites d'un alignement trop étroit avec l'Iran. Pour finir Guyonne, décidément, tout part en lambeau ! Voilà que la cuisine française est moquée dans la presse anglo-saxonne... Guyonne Montjou : Oui, le supplément du Wall-Street-Journal rapporte un débat qui s'est tenu cette semaine à Londres... Il paraît que la salle était comble et qu'on a beaucoup ri... Bref, qu'on s'est moqué de nous. Selon les quatre débatteurs britanniques, la gastronomie française est archaïque, pas du tout sexy, et encore moins adaptée à la vie moderne... Ils ont dit espérer que beaucoup de chefs français partiraient s'illustrer avec talent hors de l'Hexagone pour trouver de nouvelles inspirations... L'idée étant de revenir après en France avec de nouvelles saveurs pour égayer nos tristes assiettes. Mais l'honneur est sauf, cher Patrick, parce que l'article rappelle à la fin une donnée de base, statistique presque, dépassionnée quoi... trois des cinq plus grands chefs du monde sont des Français.

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