(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : l'heure du doute

(Bruno Duvic) Mark Freeman a 52 ans, une femme des enfants, une maison à lui, une connexion Internet... A eux deux, son épouse et lui gagnent plus de 50.000 Euros par an. Il vit au Nord-Ouest de Minneapolis, aux Etats Unis, le pays le plus riche du monde. Bref tout va bien pour lui.

He bien non ! Mark Freeman, figure type de la classe moyenne a des doutes. Le rêve américain est devenu une rêverie intermittente.

En 2009, la banque a tenté de saisir sa maison, alors qu'il n'avait que trois mois d'arriérés. Les bâtiments aux fenêtres condamnées se rapprochent de chez lui. Et, les nuits d'insomnie, il se dit que si son épouse et lui perdent leur job, ils n'ont que trois semaines d'économies devant eux.

« Qui a tué le rêve américain ? » Cet article du Financial Times est tiré du Hors série de Courrier International consacré à « L'Amérique d'Obama, le rêve en moins ». A un peu plus de trois semaines de l'élection, les publications se multiplient en kiosque et le mot « doute » constitue leur fil rouge. « Les Etats Unis face au déclin ». Article de Sylvie Kauffmann dans le hors-série du Monde . Déclin face à une Chine toujours plus puissante. Déclin aussi parce que le système politique américain est sclérosé. C'est l'un des grands échecs d'Obama : il voulait amener le Congrès à des compromis mais au fil de son mandat, Républicains comme Démocrates se sont radicalisés sur la plupart des dossiers. Résultat : plus rien ne bouge.

Illustration dans le papier de Sylvie Kauffmann

C'était lors d'un dîner consacré aux Etats Unis au dernier forum de Davos. L'Amérique ne forme plus assez d'ingénieurs, c'est l'une des clés de son déclin. Lors de ce dîner, le gouverneur d'un Etat de la Nouvelle Angleterre interpelle l'assistance : « Y-a-t-il ici quelqu'un qui soit contre l'idée de donner une carte verte (un titre de séjour) aux étudiants étrangers qui obtiennent un doctorat d’une université américaine ? ».

Non personne n'est contre dans l’assistance : « Et pourtant, reprend le gouverneur, nous sommes incapables de voter cette mesure au Congrès. Parce qu'il y a toute la démagogie sur l'immigration. »

Conclusion de la journaliste : pourquoi la mort de Steve Jobs, l'ex patron d'Apple a-t-elle suscité une telle émotion aux Etats-Unis il y a un an ? Parce que les Américains se demandent si ce héros ne risque pas d'être le dernier de la lignée.

Parmi tous les hors-série en kiosque, on signalera celui de L'Actu , qui s'adresse aux jeunes lecteurs. Remarquable histoire des présidents des Etats-Unis. Et un peu de l'esprit de l'Amérique à travers des citations de ces présidents :

Nixon : « En regardant Kennedy, les Américains se voient tels qu'ils voudraient être. En me regardant, ils se voient tels qu'ils sont. »

Carter : « Nous devons vivre nos vies comme si le Christ allait venir cet après-midi. »

Reagan, l'ancien comédien : « Je n'aurais jamais cru qu'un acteur qui a donné la réplique à un singe pourrait un jour devenir président des Etats Unis. »

L'heure du doute, encore et toujours pour Jean-Marc Ayrault

He oui, ça continue. Matignon cherche encore son patron, dossier d'ouverture du Parisien-Aujourd'hui en France . « Ayrault peine à s'imposer (…) autorité chahutée. »

Libération va un cran plus loin. Jusque là, la force du Premier Ministre, c'était sa relation sans nuage avec le Président de la République. He bien à en croire Libé , les nuages arrivent. Titre de Une : «Hollande Ayrault, l'amour dure six mois ».

« A écouter les conseillers à l'Elysée comme à Matignon, commencent à s'exprimer des doutes, des irritations, des impatiences. »

Où est le problème ? Ils se ressemblent trop ! Tous deux sont des incarnations de la social-démocratie européenne et décentralisatrice. Similitude de caractères aussi.

Pas de complémentarité, pas d'autonomie de Matignon. « Le Premier Ministre ne protège pas le président, écrit Grégoire Biseau, il l'expose. »

Le gouvernement Ayrault est dans l'erreur, là selon trois personnalités interviewées ce matin, il n'y a pas de doute, c'est une certitude. Laurence Parisot dans Le Figaro : « La situation économique est gravissime (…) Certains patrons sont en état de quasi panique, le rythme des faillites s'est accéléré durant l'été. »

«La France est en train de devenir le problème de l'Europe, dit Alain Minc dans Les Echos . Ce gouvernement ne sait pas comment on fabrique de la croissance économique.» Analyse tout aussi sombre de Denis Kessler, l'une des figures du patronat quatre pages plus loin dans Les Echos .

Dans la presse, d'un autre côté, on lira aussi L'Humanité , qui trouve que le gouvernement écoute bien trop déjà le lobby des chefs d'entreprise. Editorial de Maurice Ulrich : « Le défilé de ministres à l'université d'été du Medef, la reculade devant le complot des pigeons… Le gouvernement de gauche semble bien plus réceptif à ceux qui le combattent qu'à ceux qui le soutiennent.»

Quoi d'autre dans les journaux ?

La France et ses communautés. Après avoir publié un numéro entièrement consacré aux Noirs de France, Respect mag en kiosque demain est "100% Juifs de France".

Communauté et religion. Voici le dernier exemple à méditer. Je vous racontais vendredi l'histoire de cette église de Vierzon dans le Cher, qui est à vendre. Parmi les repreneurs potentiels, une association musulmane qui veut en faire une mosquée. Résultat, raconte Le Parisien ce matin : une pluie de coups de fils et de mails à l'archevêché de Bourges. Beaucoup de mails injurieux ou d'appels menaçants.

A propos de religion, à la rubrique «C'est un scandale », L'Humanité s'indigne de la présence annoncée du ministre de l'Intérieur et des Cultes, Manuels Valls à la messe de canonisation du père Berthieu. Cet homme que L'Huma présente comme un « missionnaire colonial » sera donc fait Saint dimanche prochain au Vatican. Entorse à la laïcité pour le journal qui rappelle qu'en mai 2011, le parti socialiste avait jugé choquante la présence de François Fillon à la messe de béatification de Jean-Paul II

Et pour finir : à chaque époque ses poubelles

En l'espace de dix ans, la part des déchets d'équipements électriques et électroniques est passée pour un Français de 10 à 80 kilos par an. On change de portable tous les 18 mois en moyenne et d'ordinateurs tous les 4 ans et demi. En principe une filière de recyclage existe, elle est très souvent contournée.

Résultat : "Nos ordinateurs sèment la mort". C'est le titre d'un reportage photo dans Geo . Il commence par l'image d'une Chinoise dans un atelier clandestin. Son enfant dort sur ses genoux. Toute la journée, elle trie des circuits imprimés et les fait fondre pour en récupérer les puces. Seize heures par jour d'exposition à des matériaux toxiques.

Les plus grandes décharges électroniques sont à Lagos, au Nigeria, à Bombay, en Inde, à Guiyu en Chine. Cela coûte moins cher à un fabricant ou un revendeur d'envoyer les rebuts là-bas que de financer leur recyclage, écrit Geo .

Tous les matins dans le port de Karachi au Pakistan, des cargos entiers déversent sur les docks des milliers d'ordinateurs, de téléphones, de photocopieuses et autres scanners. On récupèrera les circuits, le cuivre, le plastique.

Au détour de ce dossier, on apprend que parmi les substances que contient un ordinateur, il y a de l'arsenic.

A demain.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.