Dans la presse ce matin : Quand les jeunes des cités s'appelaient des beurs

C'était il y a 30 ans, 15 octobre 1983, des talons, des bottes, des baskets sur le pavé de Marseille... La marche des beurs a commencé. La marche des beurs 30 ans après, c'est la Une de L'Humanité , Libération , et une page entière dans La Croix ce matin. Au départ, ils étaient 30. A l'arrivée, à Paris, un mois et demi plus tard, ils étaient 100.000. Marche pour l'égalité et contre le racisme. Malgré les bégaiements de l'actualité, beaucoup de choses ont changé, au delà des coupes de cheveux Daniel Balavoine, singulièrement passées de mode.

D'abord, rappelle Eric Favereau dans Libération , ce début des années 80 était une époque de ratonnades. Des Yazid, des Laouari, des Mohammed, tués souvent par des policiers en toute impunité. Depuis, constate La Croix , les crimes racistes ont reculé, les peines prononcées se sont considérablement alourdies.

"Par cette marche, une nouvelle génération d'enfants immigrés, ceux de la deuxième génération, prenait place dans la sphère publique. Sans agressivité, elle se dépêtrait, coincée entre l'histoire subie de ses parents et un avenir à inventer. A l'époque, nous, journalistes, poursuit Eric Favereau dans Libération , nous circulions dans les cités en toute liberté. Il n'y avait aucune revendication identitaire, juste l'envie d'être comme tout le monde."

De l'espoir, quelque chose de collectif et la conviction que la politique pouvait changer les choses.

Revendications de l'époque : la lutte contre le racisme et les violences policières, le droit à l'égalité réelle.

Qu'ont ils obtenu concrètement ? Le principal acquis fut l'obtention d'une carte de séjour de dix ans pour les immigrés. Ensuite ? Ensuite pas grand chose.

Et c'est une question posée à la gauche, par la presse de gauche ce matin.

Editorial de Maurice Ulrich dans L'Humanité . "Touche pas à mon pote devenait le slogan ralliant une gauche morale face au racisme mais occultant pour partie les conditions réelles du changement. C'est bien cela qui est resté en panne. Dans l'automobile, le chômage des père a conduit au désarroi des fils."

Aujourd'hui, les immigrés de 1983 ont des enfants qui bien souvent reçoivent une lettre type en réponse à un CV : "Votre profil ne correspond pas au poste recherché". Le Bondy Blog consacre un article à cette terrible expression ("Votre profil..."), "douche froide dans un lac gelé".

"L'intégration, un oubli de 30 ans", titre Libération . Le parti socialiste a voulu récupérer la marche des beurs mais il n'a rien fait concrètement. Et l'histoire se répète avec François Hollande et les jeunes.

N'y avait-il vraiment aucune revendication identitaire à l'époque ?

Si tout de même selon La Croix . "La question de la liberté de culte a émergé à ce moment là, avec la revendication de donner aux mosquées la même place qu'aux églises."

Et d'ailleurs pourquoi le cacher ? Dans L'Humanité , un chercheur en sciences politiques décrit la façon dont le discours a glissé depuis 1983. "A la fin des années 80, on a construit le contraste entre les beurs laïques et les musulmans islamistes. Opposition entre bons et mauvais musulmans. Injonction à l'assimilation."

Dans le mensuel Causeur , qui consacre un dossier à votre livre, Alain Finkielkraut (ndlr invité du 7/9), Elisabeth Lévy constate elle aussi un glissement, mais de nature différente. "Dans mon adolescence, la France était black, blanc beur, mais ce n'était pas le sujet. Les enfants d'immigrés défilaient pour l'égalité et on râlait parce que ça n'allait pas assez vite. On ressentait encore une sorte d'évidence de la culture, donc de l'identité française et ils voulaient en être. On disait 'nous' sans y penser, il n'y avait pas de 'eux'. Aujourd'hui, il suffit d'allumer un poste de radio pour savoir que cet heureux bricolage n'est plus de saison. Il n'est plus question de black blanc beur, mais de Français de souche et d'immigrés, de voile et de racisme, de burqa et d'islamophobie (...) Si on parle abondamment du vivre-ensemble, c'est précisément parce que, dans les faits, on vit de moins en moins ensemble."

Mais la rédaction de Causeur a le bon goût de donner la parole à ceux qui ne sont pas d'accord avec elle. Et Jean-Christophe Ruffin, fait une lecture critique, dans les deux sens du terme, de votre livre, "L'identité malheureuse". Vous péchez selon Ruffin par pessimisme.

"N'appartenant pas lui même à la catégorie des Français de souche, Finkielkraut sait que des Français venus d'ailleurs sont souvent les meilleurs défenseurs des valeurs 'françaises'. Il cite l'exemple de ces Africains francophones beaucoup plus stricts dans l'application des règles de grammaire que les Français dits de souche (...) On aurait aimé qu'il fasse d'avantage porter sa réflexion sur le moyen de rassembler, sans nier l'extrême diversité de leurs histoires et de leurs comportements, ceux qui forment aujourd'hui la France."

Dans la presse également : une actualité qui bégaye

La marche des beurs s'est déroulée en cette année 1983 qui vit le premier succès éclatant du Front national à Dreux.

Rebelote, à la Une du Figaro ce matin. Dreux est devenu Brignoles. "Après Brignoles, la droite est inquiète, la gauche désemparée", titre le quotidien.

Bégaiement et clin d'œil. La star du moment est une beurette, enfant de la deuxième génération, Samia Ghali, en tête au premier tour de la primaire socialiste à Marseille. Portrait dans Rue 89 , entre autres, de "La tornade de Marseille", qui assume tout, l'appel à l'armée dans les quartiers envahis par la drogue et les minibus pour faire voter les électeurs.

Surnommée "l'orpheline", "la panthère", "la Marianne des Quartiers nord" ou encore "la Ségolène Royal de Marseille". Cette femme de 45 ans qui se veut les deux pieds dans la réalité et prétend évoluer en politique comme dans la cité : avec hargne. Dans son autobiographie, elle fait un parallèle, entre son destin de descendante d'immigrés dont le père s'est tiré et celui de Marseille : "cette ville était devenue comme moi, orpheline d'un temps et sans réel avenir". Samia Ghali, beurette, vedette des médias parisiens en ce moment. C'est "L'icône des quartiers nord", titre Le Figaro.

Quoi d'autre dans la presse ?

A louer, appartement pour personne très ordonnée. 1,56 m2 d'espace habitable. Loyer 330 Euros. Un homme qui s'appelle Dominique y a vécu 15 ans avant de porter plainte de peur d'être expulsé. L'affaire est au tribunal de Paris ce matin. C'est à lire dans 20 minutes .

Et puis "A bout de souffle" appartient un peu plus à l'histoire

(extrait "A bout de souffle")

Jean Seberg vendant à la criée le Herald Tribune sur les Champs Elysée. Le Herard Tribune est mort, vive le International New York Times . L'édition internationale du quotidien New Yorkais change de nom aujourd'hui pour faire vivre la marque New York Times de manière plus nette dans le monde entier.

Et Belmondo qui achetait le journal à Jean Seberg dans le film, que devient-il ? Hommage lui était rendu, hier au festival Lumière de Lyon. Et Quentin Tarantino était là. C'est à la Une du Progrès de Lyon : "Il est le roi de la supercoolerie", dit Tarantino.

(extrait "A bout de souffle")

A demain !

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