Cette phrase, c’est Sandra Muller qui l’a écrite vendredi sur les réseaux sociaux - en l’occurrence, sur Twitter.

Sandra Muller est journaliste, elle travaille pour la Lettre de l’audiovisuel, et c’est donc un appel à témoignages qu’elle a lancé, en incitant les internautes à dénoncer un harcèlement dont elles auraient été victimes sur leur lieu de travail – un harcèlement sexuel, en donnant à la fois les détails et le nom.

Libérer la parole

Conséquence du scandale provoqué par l’affaire Weinstein. Harvey Weinstein, ce producteur américain qu’une trentaine de femmes accusent d’agressions depuis dix jours.

Ce matin encore, dans le SUNDAY TIMES, nouvelle accusation. C’est l’actrice britannique Lysette Anthony qui témoigne, et elle raconte donc son viol par Harvey Weinstein. Des faits qui remontent aux années 80, dans une maison qu’il louait à Londres. « Je l’ai trouvé à moitié nu et il m’a attrapée. Il m’a poussée à l’intérieur, et puis il m’a cognée contre le porte-manteau. Puis il m’a bousculée, a essayé de m’embrasser. J’ai fini par abandonner. »

Libérer la parole, après des années de silence. Jusque-là, par peur, les victimes avaient fait le choix de se taire. Mais désormais, elles veulent que la peur change de camp.

Je vais te faire jouir toute la nuit

D’ailleurs, Sandra Muller, l’auteure de l’appel « Toi aussi, balance ton porc ! » a décidé de montrer l’exemple en relatant, donc, sur Twitter, les commentaires lubriques d’un ancien patron. « Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. » Puis elle donne le nom de l’auteur de ces jolies phrases. Il dirigeait une chaîne dédiée à l’équitation.

Et suite à son appel, depuis 24 heures, les témoignages se multiplient, et en tout premier lieu dans le monde des médias. Ce matin, le site du MONDE liste ainsi certains tweets :

Celui de Linda Achour, journaliste à Montréal : « Avec ta voix de chaudasse, tu devrais songer à faire autre chose de la radio, si tu vois ce que je veux dire. Hashtag ‘balance ton porc’. »
Anaïs Denet, correspondante pour BFM et RMC : « Premier stage de journalisme, j’avais 18 ans. Le red-chef m’embrasse de force. Il venait d’être jeune papa. Hashtag ‘balance ton porc’. »

Vous aurez noté que la consigne de départ n’est pas totalement respectée : le nom de l’agresseur n’apparaît pas dans ces tweets-là. Le nom du porc n’est pas donné. Manière d’éviter les poursuites pour diffamation. Et LE MONDE a aussi relevé plusieurs témoignages venant de notre belle maison. Des journalistes de Radio France.

Tweet de notre consœur Valeria Emanuele : « Grande radio, un grand chef qui, quelques années avant, avait tenté de me violer, me dit ‘J’ai pourtant toujours été sympa avec toi. »

Tweet de notre consœur Giulia Foïs : « Un grand chef, grande radio, petit couloir, m’attrapant par la gorge : ‘Un jour, je vais te baiser, que tu le veuilles ou non’. Hashtag ‘balance ton porc’. »

Dans la nuit, ce mot-dièse est d’ailleurs devenu l’un des plus fréquents sur les réseaux

Et sur Facebook aussi, des femmes ont pris la décision de sortir du silence. C’est le cas, notamment, de la chanteuse Catherine Ribeiro. Elle raconte des faits remontant à plus d’un demi-siècle : « J'ai été violée en 1962 et je me suis tue, écrit-elle. Si j'avais parlé, cet homme était capable de m'attaquer en justice. A l'époque il n'était qu'un scribouillard au quotidien "PARIS JOUR". Je n'ai mis le mot VIOL qu'à soixante ans. Pour moi, jusqu'à sa mort et après : le dégoût, la honte, la répulsion et plus tard, la colère sont toujours présents. »

Catherine Ribeiro donne le nom de celui qu’elle accuse. Un homme aujourd’hui décédé, mais qui fut une figure, que dis-je, une icône des émissions culturelles à la télé, comme sur notre radio.

Il faut en finir avec les prédateurs

Quant à l’affaire Weinstein, elle continue de nourrir les pages des journaux. Le porc Harvey Weinstein fait la Une de LA PROVENCE, avec, là encore, des femmes victimes de harcèlement sexuel qui témoignent. Et le quotidien précise que cette affaire révèle l’ampleur d’un phénomène trop souvent étouffé. « Il faut en finir avec les prédateurs » : c’est le titre à la Une.

Et c’est aussi ce que dit Isabelle Adjani dans LE JOURNAL DU DIMANCHE, en pointant dans le même temps la sournoiserie du cinéma français. « En France, explique-t-elle, il y a les trois G : galanterie, grivoiserie, goujaterie. Et glisser de l’une à l’autre jusqu’à la violence en prétextant le jeu de la séduction est une des armes de l’arsenal de défense des prédateurs. »

Puis elle raconte les mots. « Dans les maisons de production, ou chez les décideurs, j’ai souvent entendu : ‘Toutes des salopes, toutes des putes de toute façons, ces actrices ! » Et pourtant non, dit-elle. « Quand une actrice se fait séduisante pour un rôle, ce n’est pas pour se faire violer ! »

Isabelle Adjani toujours, conclusion de son propos. « Laissons savoir à ces messieurs les harceleurs que les actrices, tout comme les ouvrières, les agricultrices ou les ingénieures, les commerciales ou les institutrices, les mamans ou les putains, sont toutes libres de baiser, libres d’avorter, et libres de parler ! »

Faire en sorte, donc, que la peur change de camp. C’est un vrai débat de société qu’a provoqué l’affaire Weinstein.

Légion d’honneur

Il y a quelques heures, l’académie des Oscars a décidé d’exclure le producteur de son sein. Et ce matin, LE PARISIEN DIMANCHE s’interroge : Weinstein va-t-il se voir privé de sa légion d’honneur ? Une décoration reçue en 2012, des mains de Nicolas Sarkozy. Or, selon OUEST France, l’Elysée aurait contacté la grande chancellerie de la légion d’honneur à ce sujet. La prestigieuse distinction a déjà, dans le passé, été retirée au cycliste Lance Armstrong, convaincu de dopage, ou encore au couturier John Galliano, condamné pour des propos antisémites.

Faut-il retirer la légion d’honneur à Weinstein ?

On imagine que la question sera posée ce soir au président de la République. Lequel sera donc à la télévision. Interview à 20H, à la fois sur TF1 et LCI. Il répondra à trois journalistes des deux chaînes : Anne-Claire Coudray, Gilles Bouleau et David Pujadas.

Premier grand oral

Pourquoi le choix de TF1 plutôt que le service public ? LE PARISIEN avance plusieurs explications. L’une d’elle étant le contenu du dernier numéro de ‘Complément d’enquête’ sur France 2, numéro consacré à Brigitte Macron, qui révélait les retouches effectuées sur les photos de la première dame. Un reportage, que l’Elysée a semble-t-il très peu apprécié. Et c’est donc TF1 qu’a choisi le mari de Brigitte pour venir expliquer sa politique aux Français.

« Premier grand oral télévisé pour le Président Macron », commente MIDI LIBRE. « Séquence pédagogie ce soir pour Macron », titre LA DEPECHE DU DIMANCHE, tandis que LE JDD liste dix questions à lui poser. Dix questions et dix thèmes : le chômage, le budget, les impôts, le langage, le pouvoir, la pollution, la PMA, les études, les migrants et la diplomatie.

Sur les impôts, par exemple : « Pensez-vous qu'exclure de l'ISF les voitures de sports, les yachts et les lingots contribue à relancer l'investissement dans l'économie réelle ? »

Bonne question, en effet.

Sur le langage, ensuite. Les "fainéants", le "bordel", "les gens qui ne sont rien". « Votre fonction n'interdit-elle pas certaines formes d'expressions triviales ? Jupiter peut-il parler comme San Antonio ? »

Bonne question, là encore. Et sur la pollution. « Soutenez-vous la politique contre la voiture menée par Anne Hidalgo à Paris ? »

Là, en revanche, on se dit que la question pourrait être formulée autrement. Par exemple, en disant : « Soutenez-vous la politique en faveur de l'environnement menée par Anne Hidalgo à Paris ? »

« Les tourments de Monsieur Hulot »

L'environnement, c'est d'ailleurs le thème de prédilection du ministre qui fait la Une du PARISIEN. Grande photo de Nicolas Hulot. Il est assis, les bras croisés sur le banc du gouvernement à l'Assemblée. Les bras croisés, donc, et le regard levé vers le plafond de l'Hémicycle. Il s'interroge, visiblement. C'est, du moins, le sens que le titre donne à la photo. « Les tourments de Monsieur Hulot ». Tiraillé entre ses engagements militants et ses obligations ministérielles, Nicolas Hulot fait aujourd’hui l'objet de toutes les attentions de la part de l'Exécutif, qui redoute de perdre son ministre vedette.

Dans LE JDD, la vedette s'exprime d’ailleurs sur l'herbicide au cœur de récentes polémiques. « Nous en savons assez pour dire qu'il faut sortir du glyphosate », assure-t-il, sans toutefois donner d'échéance précise.

Alors, on imagine qu’Emmanuel Macron évoquera ce soir le sort du glyphosate. On imagine qu’il nous dira aussi tout le bien qu’il pense de Nicolas Hulot. Et bien sûr, on espère qu’il donnera par ailleurs son sentiment sur les porcs que dénoncent leurs victimes depuis 24 heures sur les réseaux sociaux.

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