Libération raconte Sainte-Livrade-sur-Lot, où en 1956 des vietnamiens rescapés de l’Indochine française construisirent une paix qui dure encore. Dans Paris Match, la dernière odyssée du motard Johnny Hallyday. La Voix du Nord me raconte Paulette, autrefois miséreuse, qui aide les pauvres en militant à ATD Quart Monde.

On parle d'une adolescente...

Qui comme tant d'autre ne sait pas décrocher des réseaux sociaux et se grime sur internet en sirène, "en femme fatale ou en garçon manqué, narcissique, provocante, ingénue, androgyne", la décrit le Point qui nous dit qu'elle chante aussi et ses ritournelles ont un parfum d'amertume...

« Tu parles mal des filles/Parce qu’au fond, t’as la trique/Parce qu’au fond, tu enrages » « Mes rêves se sont brisés, y a des morceaux un peu partout/Je vis effrayée par vos yeux, qui m’observent jour et nuit."   

Ainsi chante Mila 17 ans, vous vous en souvenez, elle fut un moment au début de l'année un symbole du harcèlement en ligne et du droit au blasphème, menacée de mort et exfiltrée de son lycée pour avoir qualifié l'Islam de "religion de merde", et avoir mis "un doigt dans le trou du cul de dieu", dans une discussion qui avait dérapé, où elle s'était fait traiter traiter entre autre de sale lesbienne raciste...   Mila est désormais dans un internat où le proviseur à la demande de ses parents modère ce qu'elle exprime en ligne, il lui a fait retirer cet été des dessins sur l'Islam, encore et des photos d'elle en maillot de bain... 

On pourrait la croire retirée de la grande histoire mais la hargne lui colle à la peau. Le 21 septembre, Cyril Hanouna l'exposait à nouveau à la vindicte dans son Touche pas à mon poste, en évoquant "ses propos abjects sur l'Islam" et comme dans la même émission, l'animateur regrettait aussi que Charlie Hebdo ait republié ses caricatures danoises, l'évidence nous prend, Mila est donc Charlie dans les bruits délétères, et le Point pour cela la met en couverture, et raconte comment ,contre elle la haine ne désarme pas.  

Pardon maintenant pour ce que je m'apprête à dire, éloignez vos enfants?    

On lit toujours sur Mila sur les écrans des ordures en rafales « gouine », « salope », « sale pute », « chienne » qui va « mourir en enfer », sera  "déshabillée sur la place publique", « enterrée vivante »,  « défigurée à l’acide" après avoir été  "violée dans une cave", ainsi tapote la meute sur ses claviers... Mila a été agressée verbalement et menacée cet été à Malte par un jeune homme qui l'avait reconnue, un autre jeune homme au a publié cette rentrée quatre vidéos sur son mur facebook où il mimait un égorgement et brandissait son sexe et éructait ceci,  « Mila, sale pute, c’est toi qui insultes les musulmans. On va t’égorger, comme ça t’es morte. On va te cramer, wallah."

Ce Kevin bête et dangereux, a été condamné à dix huit mois ferme, mais comment contraindre la folie?   "Parfois, je fais des cauchemars dit Mila, aux gendarmes, à ses parents. Ils ont effacé la vie heureuse que j'avais. je sais pertinemment comment je vais mourir, en me faisant buter par un islamiste. Je me dis ça quand je suis fatiguée."   Elle a 17 ans et le Point dit qu'elle est une défaite française, on peut dire notre honte...

Le Parisien est allé visiter une école privée musulmane à Aulnay-sous-Bois, le reportage caresse des salles de classe où sont affichées le drapeau bleu blanc rouge et les paroles de la Marseillaise, grammaire sciences calcul, invocation avant le repas, dix minutes de prière pour les enfants qui le souhaitent, l'école espère la reconnaissance de l'Etat. Inviterait-elle Mila pour fabriquer la paix, mais en quoi les gamins sont-ils responsable?  

On parle aussi d'un village... 

C'est dans Libération l'histoire de Sainte-Livrade-sur-Lot, où en 1956 des vietnamiens rescapés de l’Indochine française furent installés dans des anciens baraquements militaires entourés de barbelés, ils construisirent une paix qui dure encore, il y avait une pagode, des paysans du coin appelaient les eurasiens "les chinois verts" à cause de leur visage pale, le temps pâlit aussi les souvenirs, "il parait que maintenant on préfère les chinois aux arabes" dit-on au petit Vietnam, où l'on raconte que dans les champs, des fantômes veillent sur le camp....  

C'est une histoire de guérison, nos journaux en racontent d'autres, en dépit de leurs unes où plan le couvre-feu...  

La Voix du Nord me raconte Paulette, octogénaire  qui aide les pauvres en militant à  ATD Quart Monde qu'elle rencontra un jour de fête de Noel où elle ne voulait pas aller, honteuse d'être miséreuse, elle se souvient des nuits dans la rue, de la nourriture glanée à la décharge, et de ce client d'une boucherie qui avait moqué son fils venu chercher du saindoux en disant, c'est le beurre des pauvres...   

Dans Midi Libre je vois un homme, Mikel  que son corps à l'adolescence surprit en développant des seins ,il se cachait il ne comprenait pas, il lui fallut du travail, une chirurgie, un cancer de ces seins la mort frôlée pour accepter de se dire, il ne montre pas se cicatrices à la plage mais cet homme barbu qui nous regarde dans le journal et c'est beau.   Dans  Ouest France notamment et dans Cheek magazine, on me parle de femmes de familles qui ont perdu un bébé avant terme et qui cherchent la reconnaissance du deuil... L'actrice et modèle Chrissy Teigen a partagé pour les 33 millions de personnes qui la suivent sur Instagram les photos de la perte de Jack, elle le nomme, mort à 5 mois de grossesse, elle n'a rien masqué pour que chacun comprenne.    

Et on parle d'autres photos... 

Qui cristallisent notre monde...  Dans le Dauphiné libéré, je lis qu'une jeune femme, pour une photo de mode, s'est fait photographier près d'une statue de gisant à Nantua, qui figure un monument aux déportés, la photo a fait un petit scandale triste, elle l'a retirée, elle ne savait pas, elle a 19 ans. 

Dans le Figaro, je vois un britannique léger charmant talentueux, qui toute son existence a photographié la mode Paul Smith nous prête son album et nous rend heureux... Mais sur les sites du Guardian et de Libération, je vous un autre anglais, de la même génération, il s'appelait Chris Killip, il vient de mourir, lui photographiait des gosses pâles aux nippes trop grandes, un père décharné,  un ado recroquevillé sur fond de briques rouges et de paysages industriels dévastés, il fut le photographe de la working class abattue...   

Dans Paris Match, je vous un homme qui ne savait pas qu'il mourrait quinze mois plus tard, le visage raviné de toute une vie de rocker, c'était Johnny Hallyday parti explorer l’Amérique en motard, pour une ultime aventure avec des potes sur les traces de Easy rider, la peau tombe, l'oeil est lourd, le bras fort et tatoué, la clope basse, le regard se perd, on verra ces photos dans un film, dans un coffret bientôt, elles sont déjà dans Match et me le rendent sublime...

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