Et dans la presse ce matin, Bruno, cette question : peut-on mesurer le bonheur ? 12h30... 300 km/heure... Dans le TGV Paris-Bruxelles, une jeune femme au ventre très rond appelle le contrôleur : c'est un bébé qui arrive beaucoup plus vite que prévu. Pas de panique : "SNCF : tout est possible". Deux passagers médecins et deux infirmières rappliquent immédiatement. 13 heure... Arrivée en gare de Bruxelles... Terminus pour le train, mais début de l'aventure pour le bébé. On a presque envie de l'appeler Thalys. En tout cas, dans la corbeille de naissance, la compagnie a glissé un Pass à vie dans le train pour la petite fille. "Le bonheur est dans 'Libé'"... C'est le titre de Une du quotidien. Pas à cause de cette histoire racontée page 16, mais d'un homme qui a 66 ans de plus que le bébé né hier. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'Economie, a remis hier à Nicolas Sarkozy son rapport pour un calcul plus intelligent de la richesse nationale. Douze propositions pour que l'évaluation de la richesse d'une société ne se résume pas au sacro-saint PIB, mais intègre aussi la santé, l'éducation, l'environnement... des activités non marchandes. On vous en parle largement depuis hier. L'heure est ce matin aux commentaires. "Le bonheur, c'est une idée neuve dans la mondialisation", écrit Laurent Joffrin dans Libération. "Si Joe Stiglitz était entendu, ce serait une étape importante dans la réforme des esprits et l'humanisation du système. La prise en compte des indicateurs sociaux et écologiques dans la performance d'une société changerait notre vision du futur". Bonheur national brut donc. Mais Bruno Dive joue les peine-à-jouir dans Sud-Ouest. "Que va-t-il advenir de ces conclusions ? Et peut-on mesurer le bonheur ? Dans le préambule de la Constitution de 1793, nos grands ancêtres avaient décrété que le but de la société est le bonheur commun. Cela s'est terminé par la Terreur. La recherche du bonheur à tout prix peut aussi faire perdre la tête". Alors, qu'est-ce qu'une société heureuse ? Exemple dans Libération : le Danemark, en tête de tous les classements internationaux pour le bien-être. Cela n'a rien d'une évidence : au Danemark, il pleut ou il neige un jour sur deux. Quatre explications tout de même : - l'Etat-providence fonctionne très bien au Danemark (le corollaire, c'est que les impôts sont élevés) ; - la société danoise est l'une des plus égalitaires au monde ; - selon un sociologue, les habitants ont des attentes raisonnables, donc moins de déception ; - enfin (et là, on retrouve l'inquiétude de Bruno Dive), le bonheur, à Copenhague, c'est presque un devoir patriotique. Un Danois qui se dirait malheureux aurait le sentiment de trahir son pays. Propositions pour un bonheur complet, dans L'Humanité : prendre en compte le rôle et l'importance du travail dans la vie. Aujourd'hui, il est identifié comme un coût de production, pas en tant que source de dignité de la personne. Et le malheur au travail, il est également à la Une des journaux, Bruno... 23 suicides chez France Télécom depuis février 2008. Nouvelle tentative hier. "J'accuse..." : L'Humanité publie la lettre d'un salarié au PDG Didier Lombard. Tout un symbole : il signe de son matricule, "Dydo5403". Il accuse les logiques financières d'avoir balayé les relations humaines dans l'entreprise ces dernières années. Dans La Croix, parole à l'auteur d'un livre qui paraîtra en octobre, "Orange stressée" : Yvan Duroy... "Chez France Télécom, depuis la privatisation en 1997, toutes les évolutions : économiques, technologiques et managériales, se sont faites en même temps. Les deux-tiers des salariés ont été embauchés du temps du service public". Depuis leurs débuts, l'entreprise a changé du tout au tout. Parole au président du Syndicat des médecins du travail, dans Le Parisien... "Dans le management de France Télécom, on retrouve beaucoup d'éléments qui ressortent dans les études menées sur le suicide. Des salariés isolés, qui perdent leurs repères professionnels avec les mutations arbitraires. On a le sentiment que, pour réduire les coûts, France Télécom a trouvé comme seule solution de dégoûter les salariés pour qu'ils partent". Précision importante : presque tous les articles qui traitent de cette affaire rappellent qu'il n'y a jamais une cause unique à un suicide. La Croix élargit la perspective, au-delà du cas de France Télécom... Entre 20 et 25% des salariés français sont dans une situation de stress beaucoup trop élevée. Le travail s'est beaucoup intensifié. On part tôt à la retraite, on a beaucoup de congés. Mais, en conséquence, quand on est à son travail, les rythmes sont parfois insoutenables. La contrainte cliente est présente à tous les échelons. L'exemple de ce centre d'appels d'une société d'assurance est assez effrayant : si les employés dépassent les 3 minutes 30 prévues dans le script, un voyant rouge s'allume et le manager se met en double écoute... "Foule sentimentale, faut voir comme on nous parle", chante le duo Pascale Clark/Alain Souchon tous les matins, sur France Inter... Alors on se protège, parfois à l'excès. Schizophrénie du Figaro ce matin... Ce titre, page 11 : "H1N1 : 40% des décès frappent des bien-portants". Alors, vous me direz qu'avant d'être malade, on est souvent bien-portant. Mais, selon un expert de l'Organisation mondiale de la santé, 40% des morts de la grippe A, depuis le début de l'épidémie, n'étaient pas des personnes à risque. A l'image du jeune homme décédé hier à Saint-Etienne. Ca fiche la trouille... Page 14 : coup de colère de la philosophe Chantal Delsol, sous le titre : "La grippe et le choléra". Marre de cette terreur qu'on nous impose avec la grippe A. "L'extrême développement de la sensibilité, ou plutôt de la sensiblerie, jette nos contemporains dans des abîmes de détresse dès qu'un cheveu leur tombe. Eloignés depuis si longtemps des dangers graves de la guerre, de la famine et de la terreur d'Etat, ils ne tirent pas de cette sécurité davantage de bonheur : ils rabaissent le niveau du tragique, un petit tragique mesquin, un bobo boursouflé. Nous n'allons tout de même pas souhaiter de vraies guerres, mais on ne peut se déprendre d'un étonnement rêveur quand on voit des coeurs si pusillanimes". Et puis fumer est dangereux pour la santé... On voit que vous avez fait Normale Sup, Nicolas : vous en savez des choses... Dangereux pour la santé : ça ne fait aucun doute... pour la santé mentale aussi, peut-être... Encore une cigarette qui disparaît d'une photo, au nom du sanitairement correct. Cette fois, c'est en couverture du livre de mémoires de Jacques Chirac, qui doit paraître dans les semaines à venir. C'est le premier tome, qui couvre notamment les années 70, époque où Chirac avait des lunettes d'écaille, les cheveux gominés et une éternelle Winston au bec. Disparue, la cigarette. Et "bouffées de colère" de Didier Pobel, dans Le Dauphiné... "Au nom de quel abracadabrantesque principe de pseudo-précaution prend-on la décision de dénaturer un portrait inscrit dans son époque ? Qu'on le veuille ou non, Chirac, qui était alors le bulldozer de Pompidou, roulait à fond sur les vicinales de Corrèze et pétunait comme un pompier du Limousin". Du coup, ce matin, le très sérieux professeur d'économie Jean-Paul Fitoussi, membre de la commission Stiglitz, passe pour un dangereux rebelle : on le voit, à la sortie de l'Elysée, s'allumer une clope. La photo est dans plusieurs de vos journaux. Et puis, dans la série "pétunant", le site Rue89 dresse le florilège des déclarations du nouveau ministre de la Culture Frédéric Mitterrand ces derniers mois. Il va connaître son baptême du feu aujourd'hui au Parlement, avec le vote du projet de loi Hadopi contre le téléchargement illégal sur Internet. C'est à mi-chemin des raffarinades et des légendes de Sempé. Appelons-ça la philo de Frédo. "On a tous un peu de Michael Jackson en nous" : c'est ce qu'il avait dit après la mort du chanteur. On a tous un peu de Rantanplan aussi. "C'est un personnage très sympathique", dit le ministre de la Culture. "Rantanplan est un innocent qui se trompe, mais qui n'a jamais de rancune". Et puis, et puis... Sur TF1, lorsqu'on l'interroge sur sa popularité comparable à celle de Rachida Dati, la réponse fuse : "Est-ce que vous voulez dire que je vais être enceinte ?". Si notre ministre accouche dans le train, la compagnie Thalys offre un Pass à vie à tout le gouvernement. Allez... A propos d'enfants et de Belgique... L'histoire d'une jeune maman belge est dans vos journaux. On ne parle plus de "come-back" mais de "Kim-back"... Kim Clijsters, vainqueur de l'US Open de tennis deux ans et demi après une première retraite et la naissance de sa fille... Bel exemple pour toutes les futures mamans qui redoutent de ne pas pouvoir concilier vie de famille et succès professionnel. Sur la photo, dans L'Equipe, elle pose avec la coupe de l'US Open et sa petite fille. Peut-on mesurer le bonheur ? Kim Clijsters possède l'équation... 18 : comme 18 mois, l'âge de sa fille. Et 7-5/6-3 : le score de sa victoire en finale. Bonne journée...

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