Patrick COHEN : A la Une, ce matin : des bombes et des fuites... Bruno DUVIC : Des bombes à sous-munition... L'expression revient cette semaine, dans les commentaires, pour décrire les affaires et les sous-affaires qui se multiplient en ce moment. Affaire Woerth/Bettencourt et ses ramifications... Politique vis-à-vis des Roms et ses conséquences... "La droite prend l'eau", titre Libération. "Le gouvernement a vécu un mardi noir". Autre formule, à la Une du Canard Enchaîné, très classe : après sa visite de Lascaux, "Sarko-Magnon est dans la grotte jusqu'au cou !". Dans le détail : la circulaire anti-Roms et les critiques de Bruxelles, pour qui c'est une honte... Premier point : contrairement à ce que disait Eric Besson, le ministre de l'Immigration, selon Le Canard, il était bien au courant de l'existence de cette circulaire. L'hebdomadaire reproduit l'en-tête d'un mail : le chef adjoint de son cabinet était invité à la réunion au cours de laquelle elle a été préparée. Bruxelles fait le parallèle entre l'expulsion des Roms et la Deuxième Guerre mondiale. "C'est excessif, sans doute, écrit Jacques Guyon dans La Charente Libre, mais terriblement humiliant pour le pays des droits de l'homme". Dans L'Est Républicain, Michel Vagner estime que la colère de la commissaire européenne Viviane Reding aurait plus de poids si Bruxelles avait agi plus efficacement pour améliorer le sort des Roms. Pour Patrick Fluckiger, dans L'Alsace, "cette passe d'armes, avec ses excès des deux côtés, montre d'abord l'impuissance du gouvernement à trouver des solutions durables aux problèmes de l'immigration et de la sécurité". Patrick COHEN : Deuxième point : l'affaire Woerth et ses ramifications... Bruno DUVIC : L'Elysée a-t-il espionné le journal Le Monde pour connaître ses sources ? La défense de la majorité tient en trois points (elle est résumée dans Le Monde) : 1) L'exécutif ne s'est pas attaqué à la presse, mais à un fonctionnaire déloyal, accusé d'être la taupe du journal. 2) Il n'y a pas eu d'écoutes, à proprement parler. On s'est contenté d'éplucher les factures téléphoniques du fonctionnaire. 3) L'Elysée n'a rien demandé. Mais c'est "une défense mise en doute", titre Le Monde. C'est une "version officielle à trous", ajoute Libération. Le journal, qui parle "d'affaire d'Etat", démontre que les démarches effectuées par le pouvoir étaient illégales. Le Parquet de Paris n'a pas validé la procédure. Et la Commission administrative, censée être saisie dans des cas comme celui-ci, ne l'a pas été. Dans son édito de La Dépêche du Midi, Jean-Pierre Bedeï ne croit pas une seconde que l'Elysée n'ait pas été au courant. Et il rassemble les différentes affaires sous le titre : "Tartufferies en séries". "Ils sont au pouvoir mais ils ne sont au courant de rien. La dénégation obstinée constitue la défense cynique de nos gouvernements". "Gouvernement dans la tourmente", écrit Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne. Jean-Marcel Bouguereau est d'accord, dans La République des Pyrénées : "Tous ces scandales, cela commence à faire beaucoup. Au début de l'été, c'était le soldat Woerth qu'il fallait sauver. Depuis quelques jours, c'est carrément le soldat Sarkozy". Pour ajouter au paysage, voilà que le MEDEF se met à râler. Retraites, impôts... A la Une de La Tribune et des Echos, Laurence Parisot a l'air inquiète : peur que le gouvernement lui en demande trop. Dans ce contexte, le remaniement annoncé depuis longtemps donnera de l'air. De ce point de vue, la mise en scène opérée par Le Figaro est intéressante : qui sont les successeurs potentiels de François Fillon à Matignon ? Christine Lagarde ? Dans une interview au Figaro, elle dit qu'elle n'est pas prête à relever le défi de Matignon. Michèle Alliot-Marie alors ? Le fonctionnaire accusé d'être une taupe, David Sénat, est l'un de ses proches. Et "Fillon reproche à MAM les fuites dans son ministère", titre Le Figaro. Ca fait mauvais genre pour une candidate à Matignon. Reste Jean-Louis Borloo. "Il attend son heure", nous dit le quotidien, qui lui consacre un long portrait ce matin. A moins que... François Fillon ne bouge pas. Le Premier ministre a toujours aussi bonne presse. Dans la nouvelle formule très réussie des Inrockuptibles, qui fait plus de place à la politique, on teste carrément l'hypothèse Fillon à la Présidentielle. Sondage BVA. C'est un peu de la politique-fiction. Mais il y a une donnée intéressante dans ce sondage : les sympathisants UMP jugent qu'il serait meilleur candidat pour la droite à la Présidentielle que Nicolas Sarkozy : 58 contre 42. Patrick COHEN : Et dans ce panorama, vous n'avez pas parlé de la crise. Elle a éclaté il y a deux ans... Bruno DUVIC : La chute de Lehman Brothers... Pour l'économie mondiale, c'était une bombe nucléaire. Deux ans après, où en sommes-nous ?, se demande l'éditorial du Monde. Trois grandes réformes viennent d'être adoptées, de part et d'autre de l'Atlantique, pour mieux encadrer l'activité des banques, des marchés financiers et des assurances. C'est la longue marche de la régulation financière. Ces dispositifs présentent des lacunes : ils ont été atténués sous la pression des lobbies financiers. Mais il s'agit d'actions énergiques et inédites. "Réforme financière : un chantier inachevé"... C'est le dossier de La Croix aujourd'hui. Guillaume Goubert relève que les erreurs de 1929 n'ont pas été rééditées. La coopération entre les gouvernements et les autorités monétaires de la planète entière a conjuré le risque du plongeon dans le vide. D'énormes moyens financiers ont été mis en oeuvre pour éviter les faillites. Pour Jean-Pierre Jouyet, le président de l'Autorité des marchés financiers, il reste deux défis majeurs à relever (c'est toujours dans La Croix) : obtenir plus de transparence des marchés, de plus en plus opaques ; * et maîtriser l'innovation technologique : de plus en plus d'opérations de Bourse sont effectuées par des machines, qui peuvent devenir folles. Dans Les Echos, une spécialiste des produits dérivés, au coeur de la tourmente il y a deux ans, livre un bilan modéré de ces deux ans d'après-crise... Mais elle a cette phrase terrible : "Dans une salle de marché, on ne peut pas prendre deux minutes pour discuter. Il n'y a même pas d'espace prévu pour cela". C'est la question politique majeure qui reste posée : ces marchés, qui ne réfléchissent pas, sont-ils plus puissants que les Etats représentant des peuples ? Dans l'éditorial du mensuel Enjeux-Les Echos (qui consacre un dossier très complet à la réforme de la finance), Eric Le Boucher donne la finance vainqueur. "Les Etats surendettés dépendent de leurs financiers, c'est-à-dire d'elle" (la finance). Alors la réforme financière est bien "un chantier inachevé". Dans l'édito de La Croix, Guillaume Goubert souligne la responsabilité de la France, prochaine présidente du G20. Et il rappelle que cette crise s'est traduite par un sévère regain du chômage dans les économies occidentales : trop d'inquiétudes demeurent. Patrick COHEN : La presse du jour en trois images, pour finir... Bruno DUVIC : Un groupe d'hommes court les mains tendues vers un camion d'aide humanitaire... Ca se passe au Pakistan. C'est le drame oublié de cet été. « 21 millions de sinistrés, 10 millions de sans-abri ». Le quotidien L'Actu, qui s'adresse aux adolescents, en fait sa Une aujourd'hui. 6 heures du mat'... Il sort de chez lui, le visage chiffonné et encadré par deux policiers. "Jean-Luc Delarue : le démon de la drogue". L'animateur a été interrogé hier par la police dans une enquête sur un réseau de cocaïne en Ile-de-France. Interpellé le mardi, en photo dans Paris-Match le mercredi : manifestement, là aussi il y a eu des fuites. Et puis un petit bonhomme, juché sur une coupe, tient une raquette comme un flambeau... On dirait la statue de la Liberté, mais c'est Nadal, juché sur le trophée de l'US Open : dessin de Chenez dans L'Equipe, ce matin. Il va éclairer le monde longtemps. Bien sûr, il est moins classe que Federer, mais a déjà gagné plus de tournois du Grand Chelem que lui au même âge. Nadal toujours plus fort… L'Equipe donne la clé de sa nouvelle puissance : il a amélioré son service. Et puis dans l'article, on apprend qu'il n'y a que pour le tennis qu'il est gaucher : dans la vie quotidienne, c'est un droitier. Analyse de l'ancien champion Mats Wilander : "Du coup, il se sert de ses deux hémisphères cérébraux. Il a le côté créatif des gauchers, mais il pense aussi comme un droitier. C'est très rare".

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