C'est comme si la fumée s'était retirée du champ de bataille, comme si au milieu des ruines, des déplacés, on commençait à voir les positions des uns et des autres. Une semaine après les premiers combats en Géorgie et en Ossétie du sud, vos journaux tentent une mise au point sur ce conflit. La question posée par Libé à la une : "Le retour de la guerre froide ?". "Relents de guerre froide qui pèsent soudainement sur la vie internationale", écrit Jean-Pierre BédéÏ, dans la Dépêche du Midi. Il y a dans la position de Moscou un "revirement à 180 degrés de la doctrine traditionnelle qui voulait qu'on ne touche pas aux frontières de la guerre froide", analyse Libération. François Sergent estime que cette opération s'inscrit dans une nouvelle vision de la puissance russe, un changement d'ère, une pax americana mondiale battue en brèche. L'Amérique, surprise, figée, lente au démarrage dans cette affaire. "Retard à l'allumage", titre Jacques Guyon dans la Charente Libre. "La Maison Blanche a donné l'impression de flotter, d'être absente". Et ça rappelle à certains l'expression perdue de George Bush quand il apprend les attentats du World Trade Center. "Depuis, Washington ne cesse de hausser le ton", ajoute Le Monde dans son édito. "Le bouclier anti-missile renforce le climat de nervosité", dit Jean-Pierre BédéÏ. "Mais les Etats-Unis qui ont passé 45 ans à travailler durement pour éviter une confrontation militaire avec la Russie, n'ont aucune raison aujourd'hui de changer cette approche", nous dit David Phillips, auteur d'un rapport sur la Géorgie pour une ONG, cité dans le journal Le Monde. Autre acteur du conflit. Si l'Amérique a regardé dans un premier temps passer le train, l'Europe a tout de suite tenté de grimper dans la locomotive. "Au moins, elle a évité le ridicule", écrit Alain Duhamel dans Nice Matin". "Elle a pu donner le sentiment de devenir à son tour un acteur influent sur son propre continent". "Option positive mais risquée", estime le journal Le Monde dans son édito. "Elle a pu encourir le reproche de ménager Moscou". Le Figaro dit même que cet accord c'est comme un signe de la faiblesse et du désarroi de l'Occident face à Moscou. "Le respect de l'intégrité territoriale géorgienne n'y est pas mentionné", écrit Laure Mandeville. "En réalité le plan Kouchner a été jeté aux ordures et c'est le plan Medvedev qui est cautionné aujourd'hui", nous rapporte le Figaro en citant une source gouvernementale anonyme. Et le Monde pose la question, la délicate question de savoir qui a entraîné les supers puissances dans ce bourbier. Sophie Shihab écrit que le Président géorgien Saakachvili est accusé d'avoir fait le malheur de son peuple en lançant l'offensive le 7 août au soir. Mais plus loin dans l'article, l'analyse d'un expert militaire laisse à penser que l'armée russe était déjà en état d'alerte. "Saakachvili est tombé dans un piège" dit l'édito du Monde. "Il a donné aux Russes un prétexte à mettre en oeuvre ce qu'il faut bien appeler des visées impérialistes". C'est une idée qui revient par la fenêtre après les émeutes de l'automne 2005. Elle revient lentement mais l'Express fait une page, le service civil serait en gestation. Le bébé est confié à un revenant, Luc Ferry. Il a parait-il déjà potassé le dossier au sein d'un conseil qui s'appelle le Conseil d'Analyse de la Société. Le débat tourne autour du volontariat ou de la contrainte. Pour l'occasion Jean-Pierre Chevènement a été consulté. Il a fait partie des personnalités entendues. Et c'est le retour du service militaire traditionnel qu'il a paraît-il proposé. Un Jean-Pierre Chevènement sans surprise. 75 secondes ou 5 minutes ?. Question sur la frontière qui sépare la vie et la mort. Elle agite le milieu scientifique aux Etats-Unis après la publication d'un article sur 3 transplantations cardiaques du Children's Hospital de Denver dans le Colorado. Tout a été respecté dans ces opérations, l'accord des donneurs, des receveurs. C'était sur des bébés d'un peu plus de 3 jours. Seulement, l'équipe chirurgicale a choisi de changer les critères qui diagnostiquent le décès. D'après les recommandations officielles, ce diagnostic peut être posé une fois que le coeur a arrêté de battre depuis 5 minutes. Les chirurgiens eux, ont décidé de réduire ce délai. Ils ont attendu une minute et 15 secondes. Pour ce spécialiste des questions d'éthiques, Robert Veatch, c'est le prélèvement d'organe qui a interrompu la vie. C'est donc une question de frontière qui est posée. A partir de quand la mort devient-elle naturelle ?. La communauté des réanimateurs demande une clarification. Les autorités sanitaires des sociétés savantes auront donc sans doute à se prononcer sur cette question. Voici 2 regards apparemment opposés sur l'humeur de notre société. Premier sujet, c'est dans le Nouvel Observateur. Un retour sur le débat de cet été autour du licenciement du dessinateur Siné. Il a été jeté par dessus bord du journal Charlie Hebdo, accusé d'antisémitisme. "Juifs, noirs, musulmans comment en parler" ? L'hebdo s'interroge sur l'autocensure, sur les réflexes protectionnistes de la communauté juive et sur cette gauche radicale traversée par l'antisémitisme. L'affaire Siné est une affaire de gauche fracturée qui nous parle de notre société, estime François Bazin. "Il y a d'un côté un éditeur qui se revendique comme social-démocrate (Philippe Val) dont l'ambition est de clarifier en hiérarchisant". "Et de l'autre, on trouve un libertaire radical dont la fonction est de ne rien épargner. Il rejoint le projet implicite de l'internet, c'est-à-dire ne jamais rien filtrer". Voilà les 2 tribus. "La joyeuse irresponsabilité des années post 68 n'est qu'un lointain souvenir", ajoute François Bazin. Et voilà la question qu'il pose : "Faut-il que les Français soient inquiets, que les intellectuels soient peu sûrs de ce qu'ils pensent, pour que revienne avec une telle force le temps du lourd, du primaire, du refus viscéral du second degré qui est le carburant de l'humour". Et pourtant, dans le magazine Le Monde 2, on nous dit justement que l'art se marre pour exorciser cette époque. On a quitté l'âge où le comique, le grotesque n'était pas acceptable dans une exposition. L'art se lâche dans le plaisir du scabreux, du grotesque, de l'idiot. C'est le retour du refoulé. Après l'art pur, propre et mental, le voici impur, sale et physique. Manifestation à voir à Montpellier au Fond Régional d'Art Contemporain. Ca s'appelle "la dégelée Rabelais". Autre manif entre autre à Bordeaux, dans différents lieux. C'est " la Présence Panchounette". Le grotesque pour éloigner l'angoisse, le rire finalement pour se rassurer. Et puis "le Bon, la Brûte et le Truand". C'est comme ça que l'Equipe aurait voulu titrer la finale du 100 mètres d'athlétisme aux JO de Pékin. Mais on ne peut pas, écrit Jean-Denis Coquard. "Les 3 favoris se trouvent être de gentils garçons, polis avec la madame, souriants avec le monsieur". Alors l'Equipe Magazine a retrouvé d'autres gueules de 100 mètres. Les reporters sont descendus à la mine pour interviewer et photographier les 13 anciens champions olympiques du 100 mètres encore en vie. De Justin Gatlin il y a 4 ans, à Harrison Dillard, il y a 60 ans. Et pas toujours sympas les anciens pistards. Linford Christie garde une dent contre le journal qui a révélé son affaire de dopage en 99. Le roi Carl Lewis n'est parait-il pas très aimable avec le petit peuple. Et Maurice Greene se fait attendre au rendez-vous, après avoir été en avance sur les autres sur la piste. L'athlétisme entré dans l'ère du soupçon pour Libération. Le quotidien ne résiste pas. Il titre "A vos marques, prêts, dopés ?". Il n'y a pas d'agence nationale anti-dopage en Jamaïque. Et 2 des 3 favoris cet après-midi viennent de la petite île. "Le dopage, une ombre têtue", écrit Cédric Mathiot, "qui sera dure à semer pour les 3 prétendants, même en courant vite". Et ils vont vite. Presque 12 mètres en une seconde. Même pas le temps de dire bonne journée.

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