(Nicolas Demorand : "L'Europe et la presse sont sur un volcan, ce matin")... Il va falloir s'équiper d'une trottinette, parce que, entre les aéroports fermés, la grève à la SNCF et les bouchons sur les routes, ce sera le seul moyen de circuler tranquillement ce week-end... Alors le volcan islandais... L'histoire fascine la presse. C'est la Une de presque tous les journaux, de L'Union de Reims au Wall Street Journal, en passant par Le Figaro qui affiche une photo de l'énorme nuage de poussière à sa Une... "Les cendres d'un volcan bloquent l'Europe au sol", titre le Wall Street Journal. Dans Le Parisien-Aujourd'hui, reportage auprès des voyageurs du terminal 2F de Roissy... L'information est apparue vers 20h00 sur le tableau blanc d'Air France : "Suite à une éruption volcanique en Islande, le trafic aérien est très fortement perturbé". Réactions de voyageurs : "C'est une blague ou quoi ?". "Et si un papillon traverse Bagdad, ça causera aussi des problèmes ?". "Le nuage de Tchernobyl, lui, s'était arrêté à la frontière"... Eh bien, si, c'est possible. Et sous le titre "Ciel de cendres", Libération explique pourquoi... Le volcan est recouvert d'une épaisse couche de glace. Magma + glace = glace fondue et poussière... de minuscules cendres volcaniques qui volent très haut (8 à 10 km), dans la bande de ciel empruntée par les avions. Or, on sait que ces particules sont très dangereuses : elles entrent dans les réacteurs, elles fondent et elles bloquent les moteurs, mais aussi les fameuses sondes Pitot, rendues tristement célèbres par le crash du Rio-Paris. Et comme le dit sans pincettes Lionel Froissard dans Libé, "un avion dont les moteurs sont en panne est un avion qui tombe". Le Parisien nous présente ce volcan, désormais le plus célèbre d'Europe... Son nom est imprononçable. Il est dans le sud du pays. Il fait partie d'un glacier et d'un ensemble de volcans : 130 cratères sur 25 km. Pour se baigner dans la lave, c'est là qu'il faut aller : c'est la plus importante réserve mondiale. En 1793, les cratères de Laki avaient rejeté 14 milliards de m3 de lave basaltique, d'acide fluoridrique et de dioxide de soufre. Alors questions... Combien de temps l'éruption va-t-elle durer ? Combien de temps les avions bloqués ? Et quelles conséquences pour la santé ? Les réponses sont prudentes. Parole au vulcanologue Jacques-Marie Bardintzeff, dans La Dépêche du Midi... "Une éruption peut durer entre quinze jours et deux ans. Mais si les vents changent, nous ne serons plus concernés. Car ce qui est exceptionnel, c'est la conjonction de l'éruption et des vents qui poussent le panache vers l'Europe". LePoint.fr conseille aux personnes à risques (asthmatiques ou sujettes aux bronchites) de se protéger. Bardintzeff ajoute que la poussière, quand elle retombe au sol, est dangereuse pour les troupeaux, qui ne doivent pas manger l'herbe. Alors les éditorialistes philosophent sur cette histoire pas banale... Dans Libération, Laurent Joffrin relève ce paradoxe : nous sommes, à juste titre, préoccupés par la protection de l'environnement. Mais la Terre peut devenir notre ennemie. Haïti, Xynthia et maintenant l'Islande le démontrent. Dans Le Dauphiné, Didier Pobel relève notre extrême dépendance aux phénomènes climatiques et la mondialisation des périls. "Mais enfin, conclut Pobel, si demain on doit porter des masques, nous avons des réserves. Roselyne Bachelot, c'est notre volcan à nous". (ND : "Les avions sont cloués au sol... Et en plus, la grève continue à la SNCF")... "Dixième jour de grève et de galère", râle Nice-Matin... Un reporter du Parisien s'est glissé dans le Paris-Marseille d'hier soir... Le contrôleur transpirait à grosses gouttes sous sa casquette : il était seul pour 700 passagers. D'habitude, c'est un peu plus de 500... Dans ce TGV, hier soir, on voyait des gens recroquevillés sous les tables de la voiture-bar ou couchés en chien de fusil sur les porte-bagages. Qu'est-ce que ce sera ce soir, avec les grosses valises des familles en vacances ? Alors, dans le train, Mme Royal, c'était "fraternité"... On a ouvert de force la porte des toilettes pour gagner un peu d'espace. Pour forcer l'ouverture, un monsieur très bien en costume-cravate a sorti un tournevis de sa sacoche d'ordinateur. Brice Hortefeux va le verbaliser pour port d'arme, celui-ci. On plaisante, mais le climat social se dégrade à la SNCF... L'Humanité donne dans l'euphémisme : "La SNCF peine à se résoudre à négocier". Le gouvernement garde ses distances. La direction de la SNCF exige la fin de la grève avant de négocier. Et la base se radicalise : "On n'a pas fait neuf jours de grève pour reprendre le boulot comme ça", lance un fidèle de la CGT à Marseille, dans Libération. Au passage, dans beaucoup de quotidiens, vous trouverez ce matin une double page payée par la SNCF, avec des prévisions de circulation. Et au moment où le climat social se tend, voilà que la justice ouvre une enquête pour "escroquerie" contre le comité d'entreprise, contrôlé par la CGT, l'un des deux syndicats grévistes. Les investigations portent sur un système présumé de fausses factures. Préjudice estimé à plus de 250.000 €. (ND : "Climat tendu à la SNCF... En banlieue parisienne aussi")... Au chapitre "transports bloqués", on pourrait ajouter les bus de Tremblay-en-France... Les conducteurs font valoir leur droit de retrait après le caillassage de trois nouveaux bus. "La colère des chauffeurs de Tremblay", titre L'Humanité. "Ils n'attendent rien des propositions de Brice Hortefeux". Le ministre de l'Intérieur a annoncé hier un plan national de sécurisation dans les transports. Mais deux des bus caillassés à Tremblay étaient déjà escortés par une voiture de police. Ces chauffeurs, ils ont le trouillomètre à zéro. Témoignage dans Le Parisien... Au-delà des actions violentes, le climat est très lourd au quotidien. "Je transporte en moyenne 1500 personnes, dit l'un d'entre eux. S'il y en a 10 qui me disent bonjour, c'est le maximum. Les passagers nous ordonnent de nous arrêter là où ça leur chante. Si on ne le fait pas, c'est les injures". Un autre conducteur raconte avoir été mis en joue avec un pistolet. "Le mec a tiré". C'était un pistolet de paintball, mais évidemment il ne l'a su qu'après. Climat tendu en banlieue parisienne. Le Monde fournit une explication... "La police intensifie sa pression sur les cités sensibles". Les saisies de drogue se multiplient. Certaines sont très impressionnantes : 7 tonnes de cannabis saisies à Gonesse fin janvier. La police s'attaque maintenant aux réseaux, pas seulement aux consommateurs. Succès incontestable. Le revers de la médaille, c'est que cela contribue à plomber l'ambiance. En 2005, les saisies de drogue s'étaient multipliées le mois précédant les émeutes... Et il n'y a pas qu'en région parisienne que la pression monte. La Provence raconte un affrontement extrêmement violent entre deux bandes rivales à Avignon... C'était à 23 heures, dans la zone de la Rocade. Les habitants ont à peine ouvert l'oeil : "c'est tellement courant, les coups de feu ici", dit un jeune homme. (ND : "A propos de drogue... Dossier sur la Mafia, dans Courrier International")... Une fois de plus, c'est Roberto Saviano, l'auteur de "Gomorra", qui prend la plume. Mais ce n'est pas à la Camorra qu'il s'intéresse. "La 'Ndrangheta : enquête sur une mafia si 'propre' sur elle"... Ce n'est pas la plus connue, la plus médiatisée, parce qu'elle tue beaucoup moins que les autres et qu'il y a beaucoup moins de repentis. Et pourtant, la 'Ndrangheta, implantée en Calabre, gère l'importation de cocaïne dans presque toute l'Europe : 44 milliards de chiffre d'affaires annuel. C'est l'une des entreprises les plus prospères d'Italie. Grâce à ses capitaux considérables, elle est capable de s'infiltrer et de corrompre partout. Ses affiliés sont aujourd'hui des diplômés, qui occupent des positions de pouvoir. La 'Ndrangheta est capable de faire s'asseoir à la même table des criminels professionnels et des dirigeants politiques. Saviano rend compte d'un livre-enquête sur cette mafia : "La Malapianta" (la mauvaise herbe). Il n'a pas encore été traduit en France. "Les discours éthiques et moraux ne peuvent pas avoir de prise sur celui qui entreprend une carrière criminelle en Calabre. Seule une preuve tangible pourrait déconstruire le mythe : certitude de la peine, confiscation des biens et gel des capitaux. Mais aujourd'hui, couper les jambes à cette mafia équivaudrait à interférer profondément avec le système économique de toute l'Italie, déjà très faible". Il y a tout de même des moments où certains disent "stop". Courrier reprend un article de La Repubblica... D'habitude, le dimanche de Pâques, ce sont des gamins de la 'Ndrangheta qui portent les statues de la Vierge, de Saint-Jean ou du Christ ressuscité. Tout le monde le sait mais personne ne dit rien. Cette année, l'évêque a dit "non". La veille de Pâques, dans le village de Sant'Onofrio, on a tiré deux balles de revolver contre la maison du prieur. (ND : "Et pour finir, une légende qui défie le temps")... Le volcan Mireille Mathieu est en éruption permanente... Ah, on peut se moquer de sa coupe au bol, ses mains jointes et sa façon de rouler les "r"... N'empêche que Mireille, c'est 122 millions de disques vendus. Et elle entame une tournée de 22 dates en Allemagne... "un pays qui la vénère, nous dit Le Parisien, depuis les années 60". A la première, mercredi, dans la ville de Halle, il y avait des gens venus de Varsovie, Munich, Berlin ou Grenoble. A l'entrée de la salle, on vendait des blousons, des magnets et des casquettes bleu-blanc-rouge à l'effigie de la chanteuse. Et toi non plus, Mireille, tu n'as pas changé. Au Parisien qui lui demande si elle trouve les médias français ingrats, elle répond : "Pas du tout. J'ai une vie formidable". Et au passage, elle raconte ce qui lui est arrivé récemment et qui résume sa popularité : elle tournait pour une télé allemande au centre de Paris, sur les bords de la Seine. Un bateau-mouche est passé. Elle a entendu le guide : "De ce côté, vous voyez Notre-Dame. De l'autre, Mireille Mathieu". Elle déchire, Mireille... Bon week-end...

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