"Que pouvait-il nous arriver de pire", se lamente la Provence, "le coeur de la France se tordait", dit Sud-Ouest, et les journaux sont ramenés à Dieu ou à la France... Seul Charlie ose grincer ce matin, qui se damnerait de céder à la tristesse commune.

Notre-Dame est au coeur des journaux...

Notre-Dame que chante le Figaro dans son éditorial,  "celle qui est infiniment noble, infiniment courtoise, infiniment mère, infiniment joyeuse, infiniment douloureuse", ces mots de Charles Péguy dédiés à la sainte vierge  semblent aussi bien destinés à la dame de pierre,  infiniment meurtrie, ils ont, par leur éternité confiante, plus de force peut-être que cette photo de la flèche enflammée de la cathédrale en train de se briser, plus de force aussi que ce titre qui semble retenu par la peur de profaner, "le désastre" dit le Figaro, presque en petits caractères,  car on ne saurait parler de Notre-Dame en la blessant de nos éclats de voix; nous avons, titre de la Croix, "le coeur en cendres":  à la une du journal catholique,  la flèche s'est brisée déjà et l'on voit chuter le coq qui la surmontait, qui  abritait des reliques...

Nos journaux flottent entre le désastre et la consolation, et la foi d'une renaissance: "Le drame fait appel à notre âme de bâtisseurs" me dit dans la Croix le curé de la cathédrale d'Auxerre Arnaud Montoux, Notre-Dame insiste la Croix renaitra de ses cendres,  "tout un peuple y veillera, tout un peuple fêtera la réouverture de ses portes..."

Ce peuple, hier, était hagard devant l'incendie, on voit les regards éperdus et bouleversants de parisiens dans Libération et le Télégramme, une jeune femme pleure et prie les mains jointes dans le Parisien. "C'est comme un amour, je voulais la voir mourir là de mes yeux", dit au Parisien Lorraine, qui était guide sur l'ile de la Cité... On priait hier pour Notre-Dame à la Basilique de Montmartre, raconte le monde, et de la colline on voyait au loin brûler la cathédrale "dans une lumière absurde qui défiait les siècles et les siècles". On a fait sonner à Strasbourg, disent les DNA  les cloches de l'Eglise Saint-Maurice en hommage à Notre-Dame, et rarement comme ce matin se ressent un pays chrétien... 

Et en même temps, dans des journaux de terres laïques, c'est une autre éternité que l'on porte: "Notre-Dame n'est pas un monument catholique, c'est une part de france" écrit Midi libre. Un titre parcourt la presse de Nice-matin à l'Echo républicain, "Notre Drame", il est la vérité d'un moment, "impensable", dit le Télégramme, "que pouvait-il nous arriver de pire" se demande la Provence qui dans son éditorial ranime Louis Aragon, qui voyait Notre-Dame sortir des eaux de la Seine, "comme un aimant", sans un poème de la résistance... 

Notre-Dame témoignait de nous. Se sont consumés dans sa charpente "des arbres qui avaient poussés autour de paris voilà plus de mille ans" écrit Sud-Ouest dans un beau texte: " Ce n'était pas seulement une cathédrale qui brûlait. C'était le coeur de la France qui se tordait."

On embrasse alors l'histoire, comme un baume de culture, dans libération, le figaro, le parisien, le site de la vie qui se souvient que Paris, jadis un diocèse secondaire, devenue capitale, porta de sa gloire une cathédrale devenue son symbole, où l'on célébra les Te Deum de nos renaissances, celui de Charles VII victorieux de l'Anglois, le magnificat d'aout 1944 mené par De Gaulle, « En fut-il jamais de plus ardent ? » se demandait le Général dan ses Mémoires de guerre. On nous raconte Victor Hugo, on le lit dans Mediapart, Hugo qui chanta Notre-Dame et la sauva... Le Figaro se souvient que le président russe Mevedev, en 2010, fit attendre Nicolas Sarkozy à l'Eysée, abimé en prière devant la couronne d'épine du Christ, "la pauvre couronne du roi des rois" écrit le journal sans distance.

Notre Dame réveille la foi des uns, la mémoire des autres. Vous pourrez retrouver, sur internet, le reportage d'Albert Londres sur la cathédrale de Reims bombardée en 1914, "Les pierres se détachent d'elle. Une maladie la désagrège. Une horrible main l'a écorchée vive.." Presse Océan se souvient de l'incendie de la cathédrale de nantes en 1971, et celle de la basilique Saint Donatien en 2015, les DNA se rappellent que la cathédrale de Strasbourg brula en 1870 dans la guerre franco prussienne, et savez-vous, les circuits électriques de la cathédrale, aujourd'hui, sont vétustes, chaque monument, me dit la Provence, est en danger de feu.

Dans notre paysage aux aguets, vous lirez aussi dans vos kiosques tout à l'heure, des réfractaires aux larmes;  Charlie hebdo seul ose rire ce matin, et dessine en une Emmanuel Macron, coiffé de Notre-Dame en flamme, le regard fou, disant ceci: "Réformes, je commence par la charpente." Charlie est de France autant que Péguy, et se damnerait de concéder à la tristesse commune,  c'est son éternité

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.