Bonjour... Sous de larges banderoles, souvent derrière le drapeau rouge, ils ont défilé dans le froid et parfois sous la neige... Au cours du week-end, samedi et dimanche, des milliers de manifestants ont défié le pouvoir en criant leur colère. Sur leurs calicots, leurs pancartes, ces slogans : "Les ouvriers ne doivent pas payer pour la crise"... "Non aux licenciements"... "Non à la privatisation des bénéfices et à la nationalisation des pertes". Ah oui !... ...J'ai oublié de vous dire où avaient eu lieu ces manifestations : en Russie ! Vous lirez dans LIBERATION qu'elles se multiplient, sous l'oeil vigilant de la police et du Kremlin. A propos de cet hiver social russe, LIBE titre : "Prémices de révolte anticrise". Bref, Alain, c'est : Russie-France... même combat ! On n'en est pas encore à "prolétaires de tous les pays, etc.", mais ça pourrait y ressembler. Il y a toutefois une différence de taille entre la politique sociale de Dmitri Medvedev et celle de Nicolas Sarkozy : c'est l'invitation au dialogue adressée par le Président français aux dirigeants des grandes confédérations syndicales et au patronat. Mercredi, le 18 février, les portes de l'Elysée s'ouvriront devant François Chérèque pour la CFDT, Jacques Voisin pour la CFTC, Bernard van Craeynest pour la CGC, Bernard Thibault pour la CGT, Jean-Claude Mailly pour Force Ouvrière. Le MEDEF, la CG-PME et les artisans de l'UPA seront aussi de la fête. L'ALSACE, LE MIDI LIBRE, LA DEPECHE DU MIDI se demandent tour à tour ce que l'on peut attendre de ce sommet... "Sarkozy va-t-il convaincre ?"... "Peut-on augmenter les salaires ?". Quand vos quotidiens régionaux s'interrogent, vos journaux nationaux prétendent apporter quelques réponses. Selon LE FIGARO ECONOMIE, "Sarkozy cherche à 'faire du social' sans se renier". Cela se traduit, dans LE PARISIEN-AUJOURD'HUI EN FRANCE, par un dessin de Ranson : le Président de la République déroule un gros tapis rouge sur lequel a pris place François Fillon... Dossier sous le bras, l'air préoccupé, sourcils broussailleux, il interpelle son patron : "Que fait-on de notre programme de réformes ?". Réponse du chef de l'Etat : "Planque-le sous le tapis rouge que je déroule pour les syndicats ! On le récupèrera après leur départ". Dans LA TRIBUNE, le secrétaire d'Etat à l'Emploi promet l'imminence de "mesures très concrètes". Laurent Wauquiez reprend les pistes évoquées (lors de sa dernière intervention télévisée) par Nicolas Sarkozy "autour (je cite Laurent Wauquiez) du chômage partiel, de l'aide aux victimes de la crise ou des mesures vers les classes moyennes comme le chèque emploi service universel pré-financé". Une page plus tôt, le même quotidien économique (LA TRIBUNE) nous offre un petit cours de "Sarko-langue appliquée aux affaires sociales". Ainsi, paraît-il, on ne dit plus "les Français", on dit "les classes moyennes", une expression "assez floue pour qu'une large partie de la population s'y identifie". C'est ce que précise le journal, qui ne s'en tient pas là. Autre exemple : on ne dit plus "licenciés économiques", on dit "victimes de la crise". LA TRIBUNE constate qu'en utilisant "un vocabulaire compassionnel et non pas technique", le chef de l'Etat "peut endosser le rôle du sauveur et du protecteur face à une crise d'ampleur". Un petit dernier pour la route : dans la "Sarko-langue", on ne dit plus "traitement social du chômage", on dit "politique active de l'emploi". Il faut po-si-ti-ver. Dans LIBERATION, ce n'est plus Laurent Wauquiez mais Martin Hirsch qui s'exprime. Apparemment, le haut commissaire aux Solidarités actives et à la Jeunesse use assez peu de la "Sarko-langue". Pas de "novlangue" chez l'ancien patron d'Emmaüs quand il dit : "Il faut savoir mettre la charrue devant les boeufs, faire en sorte que, parmi les jeunes dont le taux de chômage est le plus élevé, il puisse y avoir un système sur mesure, avec formation et revenu assurés, et probabilités d'embauche dans le cadre du plan de relance. L'idée, c'est de faire le pont entre les milliards débloqués et la concrétisation des emplois". Et quand Alexandra Schwarzbrod lui demande, presque angélique : "Quand vous proposez ça au gouvernement, on vous dit quoi ?", Martin Hirsch répond : "On me dit que ce n'est pas idiot mais compliqué et qu'il ne faut pas monter des usines à gaz, et surtout qu'il ne faut pas faire naître de faux espoirs". Un peu plus loin, au cours de cet entretien que publie LIBERATION, l'iconoclaste haut commissaire aux Solidarités actives, ministre sans portefeuille, rappelle son attachement à un système qui indexerait sur l'indice de pauvreté la partie variable de la rémunération des grands dirigeants d'entreprise. Oui Alain... Pour changer, parlez-nous un peu d'argent !... Ce sont vos journaux qui en parlent. Moi, je ne fais que répéter. Par exemple, dans LE PARISIEN-AUJOURD'HUI EN FRANCE, je relève cette information estampillée "confidentiel". Voici ce qu'elle dit : l'ancien secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, classé à gauche, a quitté le gouvernement le 15 décembre pour prendre la tête de l'Autorité des Marchés financiers qui est le gendarme de la Bourse. Le jour même, son indemnité annuelle de fonction (en qualité de président de l'AMF) est passée de 149.000 € brut à 220.000 €, une somme qui s'ajoute à sa "confortable rémunération de haut fonctionnaire". Cette petite rallonge de 71.000 € a fait, ce week-end, l'objet d'une publication au Journal Officiel. Si le sort de Jean-Pierre Jouyet est enviable, vous lirez dans LA TRIBUNE que celui d'un grand nombre de patrons français ne l'est pas tant que ça. Le quotidien économique cite une étude de l'INSEE réalisée en 2006. Elle révèle que, sur douze mois, le salaire net mensuel moyen des dirigeants de société salariés ne dépassait pas 4400 €. Et encore !... Dans les PME de moins de dix salariés, les émoluments du patron atteignaient péniblement 3.000 € nets par mois. Rien à voir, donc, entre les dirigeants des grosses entreprises et ceux des petites structures. Et les cadres ? ...Sont-ils préoccupés par l'appât du gain ? Par les temps qui courent, ils s'inquiètent surtout pour leur avenir. Selon un baromètre réalisé du 5 au 9 janvier auprès de 1606 cadres du privé en activité (enquête que publie LES ECHOS), un cadre français sur trois craint d'être directement touché par un licenciement... Un sur trois contre un sur cinq l'an passé. Nos journaux parlent évidemment, ce matin, de ce qui se passe Outre-Mer... "Impasse" : c'est le mot qui revient le plus souvent dans vos quotidiens, à propos, surtout, des événements en Guadeloupe. Dans LE FIGARO, vous lirez que "selon une première estimation du patronat guadeloupéen, la crise sociale pourrait entraîner entre 800 et 1400 dépôts de bilan cette année". Derrière cette crise sociale, LE FIGARO pointe "l'antagonisme racial" qui prévaudrait sur l'île. Le journal consacre un article à ce sujet, sous le titre : "Les békés au coeur du conflit en Guadeloupe"... (Les békés, je vous le rappelle, sont les Blancs qui descendent des premiers colons esclavagistes des Antilles). A la lecture de ce papier, on comprend qu'il vaut mieux éviter d'avoir une vision manichéenne de la situation sur place : les vilains descendants d'esclavagistes contre les gentils descendants d'esclaves. Les Blancs contre les Noirs. L'un des interlocuteurs de l'envoyé spécial du FIGARO précise : "Aujourd'hui, nous comptons parmi les békés de Guadeloupe beaucoup plus d'employés, de RMIstes et de dirigeants de petites entreprises que de grands patrons". ...Mais ce que l'on retient après avoir parcouru tous les dossiers consacrés au sujet, c'est quand même cette petite phrase du secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer : "Nous ferons respecter l'Etat de droit si besoin est. Avec fermeté et sans aucune brutalité" (...La "fermeté" sans "brutalité", ça paraît bien difficile à croire, Yves Jégo...) (...) Et Michèle Alliot-Marie ? ...Que fait-elle, ces jours-ci, la ministre de l'Intérieur, de L'OUTRE-MER et des Collectivités territoriales ? ...Elle annonce, dans FRANCE-SOIR, la mise en place en France d'ici à la fin de l'année de 60.000 caméras de vidéosurveillance. Leur nombre va tripler. Michèle Alliot-Marie a signé le 22 janvier un décret destiné à faciliter et à raccourcir la procédure qui permet d'accéder à de tels équipements. Pourquoi cette frénésie de caméras ? ...Parce que dans notre pays, les agressions deviennent paraît-il "de plus en plus violentes". Michèle Alliot-Marie nous dit son credo, toujours dans FRANCE-SOIR : "Les victimes sont au coeur de mon combat". Dans sa déclaration, inclut-elle les victimes des abus dont se rend parfois coupable l'appareil judiciaire ?... Dans OUEST-FRANCE, vous apprendrez que le nombre des gardes à vue a augmenté de 72% en sept ans. Le vice-président de la Ligue des droits de l'homme, Maître Noguères, prévient : "Aujourd'hui, tout le monde peut y passer". Malgré tout ça (la grogne sociale, les ressentiments de l'Outre-Mer, les disparités salariales, la mise en image de nos faits et gestes), il fait bon vivre en France. C'est ce qu'affirme la revue irlandaise INTERNATIONAL LIVING. Dans son classement annuel sur la qualité de vie, nous sommes, en 2009, les champions du monde. Ce classement s'appuie sur des critères tels que le coût de la vie, la santé des personnes, l'environnement, les libertés, la sécurité, j'en passe et des meilleures. En deuxième position de ce classement mondial : la Tunisie.

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