Patrick Cohen : Dans la presse ce matin : le dictateur et la fille du charcutier... Bruno Duvic : Ca pourrait être une fable... C'est avec une autre fable de Lafontaine que Gilles Debernardi commente l'attitude de la diplomatie française dans l'affaire Florence Cassez. Fable de l'ours : pour chasser une mouche posée sur le nez d'un homme endormi, un ours lui jeta un parpaing. Le dormeur ne s'en est pas remis ! Morale : rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami. La presse est encore très sévère ce matin avec la diplomatie française... "Une fois de plus, écrit Daniel Ruiz dans La Montagne, elle s'est disqualifiée". Pour venir en aide à Florence Cassez, le président a voulu lui dédier l'année du Mexique en France, et la ministre Alliot-Marie a parlé de "décision inique" de la justice mexicaine. Coup de menton, diplomatie au grand jour et à l'émotion... c'est tout cela que critique la presse, estimant que l'attitude de la France a plus nui qu'autre chose à Florence Cassez. "La diplomatie, écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain, est le contraire de l'approche brouillonne de ces derniers temps. Elle exige de la finesse, du doigté et un grand art de la restriction mentale. Sans préjuger de la culpabilité ou non de Florence Cassez, on ne traite pas un pays comme le Mexique avec une désinvolture de garçon de bain". "Sarkozy est comme un éléphant dans un magasin de porcelaine" ajoute Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées. Et surprise ! C'est plutôt dans la presse dite de gauche que l'on trouve des éléments de défense. Pour Laurent Joffrin dans Libération : "On peut discuter à perte de vue sur la meilleure manière de défendre Florence Cassez, mais son arrestation et sa mise en jugement sont entachées de graves irrégularités. La France a donc cent fois raison de demander un geste d'indulgence". Quant à l'éditorial du Monde, il relève que le président a reçu le soutien implicite de Martine Aubry qui a appelé au boycottage de l'année du Mexique. A sa Une, Le Figaro parle d'une affaire d'Etat. Conclusion à Dominique Delpiroux dans La Dépêche du Midi : "Après les bourdes tunisiennes et les retards à l'allumage égyptiens, notre diplomatie se prend maintenant les pieds dans un sombrero mexicain !". Patrick Cohen : Les bourdes tunisiennes... on y vient... Bruno Duvic : Nouvelles révélations du Canard Enchaîné : pendant que Michèle Alliot-Marie était au pays du dictateur Ben Ali, ses parents ont racheté une société de l'homme d'affaire Aziz Miled, celui-là même dont elle a emprunté le jet. Mediapart ajoute un autre détail sur ce voyage : "La ministre a bien eu Ben Ali lui-même au téléphone". Que se sont-ils dit, en pleine Révolution de Jasmin ? Difficile de prétendre après les nouvelles révélations du Canard que le voyage en jet était fortuit. On aurait envie de crier "Grâce !" écrit Jacques Camus dans La République du Centre. "Grâce pour MAM, pour lui éviter une accablante mise à nue qu'elle ne mérite pas selon le journaliste. Elle qui n'a pas su se défendre en se croyant inattaquable ! Patrick Cohen : Et pendant ce temps, Jacques Chirac... Bruno Duvic : Et pendant ce temps, Jacques Chirac est toujours le même... Un beau jour de 2009, Jean-Louis Debré trouve sur son bureau du Conseil constitutionnel une lettre qui attire son attention sur le cas d'une jeune femme de Corrèze. Dans la marge, au feutre rouge, un mot de Chirac : "Trouve-lui un emploi au conseil". La politique à l'ancienne, quoi... Debré prend la mouche et sa voiture, et file jusqu'au bureau de Chirac : "Monsieur, ça ne vous suffit pas tout ce qui vous arrive ! Il faut que vous en rajoutiez ! Chirac ne voit pas où est le mal : "Mais c'est pour la fille du charcutier de Meymac". Réponse de Debré : "Au moins, n'écrivez pas "embauchez-la" au feutre rouge". Cette histoire est extraite du livre "Le dernier Chirac" écrit par Bruno Dive. Les bonnes feuilles sont dans L'Express qui publie un dossier sur l'ancien président. Tout Chirac est encore là... comme cette réplique qui laisse Bernadette sans voix : alors qu'elle lui parle de Saint-Jacques de Compostelle, il répond : "Moi, j'ai toujours été pour les franc-mac". Comment va-t-il ? Les récentes rumeurs sur son état de santé lui ont inspiré l'une de ses devises les plus célèbres : "ça m'en touche une sans faire bouger l'autre !". Certains collaborateurs parlent tout de même de quelques oublis et redoutent des dérapages. Chirac devient sourd, c'est sûr. Il a de plus en plus la voix de sa marionnette des Guignols, surtout quand il accueille un de ses anciens ministres d'un tonitruant : "alors, tu bandes encore !" ou d'un retentissant : "alors, toujours pédé !" Pourquoi le moindre dérapage de l'actuel président suscite-t-il immédiatement un flot de critiques mais plutôt des sourires quand il s'agit de l'ancien ? A-t-on oublié toutes les affaires qui ont marqué l'ère Chirac ? A l'approche de son procès, L'Express cite des propos de Lionel Jospin extraits d'un documentaire intitulé "la justice aux trousses" : "Juger un homme de 80 ans plusieurs années après la fin de sa vie politique, et pour des faits qui remontent parfois à des dizaines d'années, nous laisse une impression un peu bizarre. Si on ne juge pas pendant, on ne juge pas très bien après". Sauf qu'on ne pouvait pas le juger pendant. Le Canard Enchainé résume avec un dessin toute l'ambiguïté de ce dernier Chirac : à l'approche du Salon de l'Agriculture, on le voit murmurer à l'oreille d'une vache : "Pour t'éviter l'abattoir, dis que tu perds la mémoire". Patrick Cohen : L'actualité internationale en trois images... Bruno Duvic : Grand soleil sur l'Emirat de Bahreïn : un homme juché en hauteur brandit un drapeau rouge et blanc. La vague de protestations touche Bahreïn titre le Wall-Street Journal. Mais en Iran, des hommes barbus brandissent le poing au Parlement. Les députés demandent la peine de mort pour les leaders de l'opposition... manchette du Herald Tribune. Enfin, en première page du Financial Times, le visage en plastique mou de Silvio Berlusconi... La crise politique s'intensifie en Italie. Le premier ministre sera jugé pour un scandale sexuel. Terminons avec le football... L'opération de com de Raymond Domenech dans L'Expresse ne convainc pas les journalistes. Pour Le Parisien, "il n'a pas changé". Le Parisien relève les non-dits et les mensonges contenus dans cette interview. Dans L'Equipe, une autre figure du foot à la veille du premier grand match de la saison. Arsenal/Barcelone, ce soir, en Ligue des champions. Le quotidien sportif dresse le portrait d'un des hommes qui incarne Barcelone : Andres Iniesta. Toute une carrière de fidélité au même club. Iniesta, c'est la revanche des petits sur les grands costauds. "Gamin, c'était un gringalet blanc comme une endive et maigre comme un clou. Il avait les bras aussi épais qu'une règle" raconte son ancien maître d'école. N'empêche que c'est lui qui a marqué le but victorieux de l'Espagne en Coupe du monde. Andres Iniesta, né dans la Mancha au pays de Servantes... c'est une petite part de rêve qui demeure dans le foot-business. Ce chevalier à la triste figure peut terrasser tous les moulins !

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