Alors on le disait hier... La campagne électorale est vraiment lancée, depuis l'intronisation du candidat de l'UMP... Une campagne lancée, d'accord... Mais qui dit "campagne", normalement, dit "débat"... Et là, eh bien, il y a comme un problème... C'est, entre autres, Bernard Revel, dans L'Indépendant du Midi, qui le pointe... "Le candidat de l'UMP, dans son souci d'aller vers les autres, aspire même à parler au nom d'une France où il n'y a plus de camps... La réciproque vaut pour Ségolène Royal qui, jusqu'ici, n'a rien dit qui puisse effaroucher un électeur de droite"... Patrick Fluckiger, dans L'Alsace, est lui aussi contre ce consensus mou... L'éditorialiste rappelle qu'"aucune réforme électorale n'a supprimé le premier tour de la Présidentielle... qu'avant de rassembler, il faut mettre cartes sur table... que les Français attendent un vrai débat entre plusieurs candidats... qu'ils ont été déçus par les deux finalistes autoproclamés il y a 5 ans... et qu'ils l'ont fait savoir en glissant une peau de banane, sur laquelle Jospin est tombé"... L'impatience du débat, on la retrouve aussi chez Jean-Michel Bretonnier, dans La Voix du Nord... "On attend les différences réelles, profondes, nettes, de nature à favoriser un choix... Le clivage droite-gauche doit s'imposer comme auteur principal de la démocratie"... Du débat, eh bien, en v'la... Le débat sur les impôts... Il occupe une bonne partie de la presse ce matin... Les Echos et La Dépêche du Midi en font leur Une... "Un dossier brûlant", pour le quotidien toulousain, qui fait le tour de ce que gauche et droite préparent prudemment... Prudemment, parce que la gauche veut augmenter les impôts des plus aisés, quand la droite veut poursuivre les baisses sans choquer l'électorat populaire... sachant que, dans chaque camp, le sujet divise... et que Ségolène Royal devra arbitrer entre des propositions différentes au sein du PS... quand Nicolas Sarkozy a déjà éliminé des mesures inscrites au programme de l'UMP... Bref... le sujet fait débat... Alors, dans Les Echos, revue de détail des différentes stratégies fiscales... Nicolas Sarkozy, c'est l'impôt au service du travail... Ségolène Royal veut réhabiliter la redistribution... Jean-Marie Le Pen veut moins d'Etat et moins d'impôts... François Bayrou refuse la baisse des prélèvements... Quant à Marie-George Buffet, elle est pour surtaxer les hauts revenus... Et d'ailleurs, dans L'Humanité, cette question : "Faut-il baisser les prélèvements obligatoires ?"... La réponse d'un des dirigeants du PC... "L'allègement des charges contribue à la régression économique et sociale... Il faut une part plus grande des impôts progressifs dans les recettes de l'Etat... Parce que ceux qui gagnent le plus à la baisse du prélèvement, ce sont les financiers... en aucun cas les citoyens du pays"... Dans Le Figaro, retour sur l'une des propositions du candidat Nicolas Sarkozy... "le bouclier fiscal à 50%"... Ce qui serait, précise le journal, une réforme indirecte de l'impôt sur la fortune... En plafonnant les impôts payés à la moitié des revenus, le candidat de l'UMP veut conjuguer compétitivité fiscale et contournement de l'ISF... Ce bouclier fiscal à 50%... Est-ce qu'il aurait permis de retenir Johnny ?... Ben oui, on le sait : le débat fiscal, il dépasse les frontières... Et ce matin, Libération en fait sa Une... "Evasion fiscale : faut-il envahir la Suisse ?"... En fait, souligne Libération, "le record français risque bien de coûter très cher à tous les millionnaires planqués en Suisse"... Alors explication... Après le débat soulevé en France et en Suisse par l'exil de Johnny à Gstaad, le gouvernement helvétique réfléchit à une réforme du forfait fiscal... Une réforme toute simple... "Berne veut faire payer double les étrangers aisés"... Dans son éditorial, Gérard Dupuy constate que "les contribuables français ont trouvé des alliés précieux en la personne des contribuables suisses... lesquels ne trouvent pas amusant de payer le champagne du beau monde sans être invités à trinquer"... Alors, en même temps, la Suisse ne fait pas une révolution... Même doublé, le forfait fiscal suisse relève du symbole pour ceux, très riches, qui choisissent cet exil doré... De quoi rassurer Hervé Chabaud, l'éditorialiste de L'Union, qui s'inquiète... ironiquement ce matin... "Pauvre Johnny !... Le cauchemar recommence... On l'imagine déjà, dans une course contre la montre, devoir boucler ses valises, dire adieu à Gstaad, et revenir bien vite en France"... La fiscalité, elle fait des ravages... Prenez le couple Royal-Hollande... Là, c'est un débat familial... "François Hollande propose... Ségolène Royal arbitrera"... C'est le titre de La Croix... Lors de ses voeux hier, François Hollande a reconnu que la candidate aura le dernier mot face au projet fiscal du PS... La Croix qui constate que le patron du Parti Socialiste a précisé son inconfortable position... Oui, il est obligé d'en rabattre, analyse Pierre Taribo dans L'Est Républicain... "François Hollande est obligé d'admettre, la mort dans l'âme, que dans l'élaboration du programme de Ségolène Royal, il comptera pour du beurre"... "Il arrivera, le temps où, candidate et parti, nous serons ensemble dans la plateforme"... C'est la drôle de phrase retenue par Michel Noblecourt dans son éditorial du Midi Libre... une phrase signée donc François Hollande hier... Et ce "nous" montre bien le côté baroque de la campagne socialiste... une campagne conduite plus parallèlement que conjointement par la candidate et le patron du parti... Rien que de très normal, pour l'éditorialiste... Sauf que ce tandem-là est aussi un couple... Et ce duo particulier, eh bien ce n'est pas le plus simple à expliquer, pour les journalistes étrangers... Dans Time Magazine, Bruce Crumley s'y essaie, sous le titre : "Une leçon Royal pour Hillary"... Et le journaliste américain note que "Ségolène Royal n'est pas du genre à accepter des reproches d'un type avec qui elle partage une salle de bains... Du coup, François Hollande semble mis sur la touche... Le sacrifice de cet homme extrêmement capable est substantiel... Il aurait pu prétendre, en cas de victoire socialiste, au poste de Premier ministre... Sauf que si le Président c'est sa femme, on parlera de népotisme... Le mieux, peut-être, pour Hollande, ce serait de conseiller la partie adverse", s'amuse le journaliste de Time Magazine... qui estime donc que, quelque part, c'est une leçon pour Hillary Clinton... Alors eux, ils ont étudié la France... Ils y ont obtenu des diplômes... Mais leurs impôts, ils les paieront à l'étranger... Tout simplement parce qu'ici, ils ne trouvent pas de travail... Eux, ce sont les jeunes des cités... Alors soit, il y a bien quelques entreprises... le plus souvent institutionnelles... qui communiquent sur la diversité... On appelle ça du "marketing social"... le genre... une affiche, une jeune femme à un bureau, et le discours : Algérienne du côté de sa mère, Française du côté de son père, ingénieur du côté de Nanterre... Un discours bien comme il faut... Le marketing social, c'est une enquête dans CB News... Sauf que... Dans la vraie vie, ce n'est pas comme ça que ça marche... Loin des images sur papier glacé... Le Parisien-Aujourd'hui en France s'inquiète... "Les cerveaux des cités quittent la France"... Les jeunes diplômés issus de l'immigration sont de plus en plus nombreux à s'exiler pour pouvoir réussir... Alors Le Parisien décrit plusieurs parcours... Hamid en avait marre que ses demandes de stages restent souvent lettre morte... Il en avait marre aussi que les formateurs et les recruteurs lui répètent qu'il ne trouverait jamais d'emploi... Alors, avec sa collection de diplômes, il est parti en Suède, puis s'est installé à Londres, où il a créé son entreprise... Même genre de parcours pour Karima... Son BTS force de vente, son DEUG de sociologie et son diplôme de communication lui ont permis de décrocher le poste de directrice de la communication d'un groupe de restauration à Marrakech... La jeune femme, d'origine marocaine, en avait marre des petits jobs en France et des blagues douteuses de ses collègues sur les Arabes... Parce que, analyse Le Parisien-Aujourd'hui en France... "ces brillants enfants de la dalle savent lire les statistiques... Et l'Observatoire des discrimination le dit : "Un candidat de 30 ans au patronyme maghrébin qui postule à un emploi de cadre a 6 fois moins de chance d'être reçu pour un entretien qu'un Français de souche"... Alors, du coup, ces BAC+5 quittent, parfois la mort dans l'âme, leur tour HLM pour poser leurs valises à Amsterdam, Dublin, Montréal ou New York... Voire même en Australie... Nadir y a vécu 7 ans... "A l'autre bout de la terre, tout était plus simple, dit-il... Là-bas, je n'étais pas un Arabe de banlieue qui va arracher le sac des vieilles... J'étais un type sexy, exotique, romantique... J'étais un étranger en Australie, comme l'est un Suédois à Paris"... Cette aventure australienne lui a donné confiance, explique encore Nadir... Aujourd'hui, il est rentré en France... "car le combat, dit-il, doit se mener ici, dans mon pays"...

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