(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : après le naufrage

(Bruno Duvic) A la Une des Echos , la porte de Brandebourg à Berlin abrite toujours un triple A ; la tour Eiffel ne brille plus que d'un double A ; le musée Guggenheim de Biblabo vaut un simple A et le Colisée de Rome s'effrite sous LA vilaine rouille d'un triple B

"L'Europe déclassée". Le quotidien n'a pas écrit : "L'Europe dégradée". C'est pourtant de cela qu'il s'agit. Pour une partie de l'Europe en tout cas.

Car après les dégradations de 9 des 17 pays de la zone Euro par Standrad and Poor's, les cartes publiées ce matin par vos journaux sont très claires.

Les pays en vert, toujours triple A, sont au Nord du continent. Ceux qui glissent sont au Sud.

"Standard and Poor's fait craquer l'Europe" titre La Tribune . Le Figaro enchaine : "cette dégradation attise la division entre deux camps. Ceux qui plaident au Sud pour la relance de la croissance et ceux qui croient, autour de l'Allemagne, que seule l'austérité pourra restaurer la confiance. "

Europe divisée, Illustration parfaite page 5 de Libération . En bas, ce titre : "La dette au cœur de la semaine grecque". Le pays est à nouveau au bord du défaut de paiement.

Et en haut de la page, autre titre : "L'ilot allemand est toujours plus inquiet - la bonne santé du pays fait craindre à l'opinion de devoir payer pour les autres."

L'Europe déclassée. Derrière les chiffres et les notes, il y a des hommes qui partent pour un destin plus favorable ailleurs, dans les anciennes colonies africaines ou sud américaine, notamment. Sur le site Internet du Wall Street journal , on trouve un long article avec ces mots dans le titre "L'exode des travailleurs du continent."

Pour la première fois depuis 1990, par exemple, l'Espagne est devenue une terre d'émigration. Et ce sont des travailleurs qualifiés qui s'en vont. Le quotidien cite un appel assez pathétique du roi Juan Carlos à de jeunes étudiants s'apprêtant à partir à l'étranger en mars dernier : "J'espère sincèrement que quand viendra l'heure de votre retour, il y aura plus de travail pour vous et que vous pourrez rester. Nous avons vraiment besoin de vous en Espagne".

Et en France ?

Eh bien à en croire Philippe Mabille dans La Tribune le choix est à peu près le même qu'ailleurs pour les électeurs de la présidentielle : "Europe du Nord ou Europe du Sud".

Mabille écrit : "Dans la longue histoire des coups de pieds au cul, ce n'est généralement pas le pied le plus coupable. Depuis 36 ans que la France bénéficiait de la meilleure notation possible, elle n'a jamais présenté un budget équilibré."

Alors faut-il dire comme Patrick Fluckiger dans L'Alsace : "Quel que soit le vainqueur le 6 mai, le seul programme qui pourra être appliqué sera l'austérité"

Ou faut-il comme l'association Attac dans L'Humanité s'élever contre la "dettocratie" ?

Il doit y avoir des positions intermédiaires. De la place pour l'imagination, comme le souhaite Dominique Grenier dans La Croix . En tout cas, dixit Michel Urvoy dans Ouest France , « les présidentiables sont au pied du mur. »

Pour Nicolas Sarkozy qui avait fait du maintien triple A un objectif, le mur est un peu plus haut, ou les vagues : "Il fait figure de naufragé accroché à sa bouée après la perte du triple A", écrit Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées .

Pour Vincent Giret dans Libération, "Cette affaire donne du vent dans les voiles des candidats autoproclamés 'anti-système' ", Le Pen, Bayrou, Mélenchon.

Le Figaro à la Une parle de "l'incroyable légèreté du commandant"

Le journal aurait-il viré sa cuti ? Non ! Le naufrage en question est celui du Costa Concordia.

Ce naufrage occupe une large place dans la presse ce matin.

A La Une du Parisien-Aujourd'hui en France , de L'Indépendant Catalan , du Télégramme , de Direct Matin , ou de Ouest France .

Le Parisien décrit le travail des sauveteurs qui ont l'espoir de retrouver des survivants.

"Dans la partie submergée, nous avons moins de chances, même si nous n'excluons pas des poches d'air. La situation à bord est difficile, les tapisseries et moquettes flottent et sont dangereuses pour les secouristes. De la coque du navire retentissent parfois des bruits étranges sur lesquels les sauveteurs concentrent leurs efforts. Les plongeurs se déplacent comme des araignées, cognant contre les parois, attentifs au moindre son ou mouvement. Tout le monde craint que les serrures électroniques des cabines soient restées bloquées après la coupure de courant, emprisonnant les occupants".

"Après le naufrage", encore quelques histoires...

Le quotidien britannique The Telegraph publie les photos et les propos de soldats avant, pendant et après la guerre d'Afghanistan. C’est encore en ligne sur le site Internet. En quelques mots, Alec McBroom, Ecossais de 24 ans dit le décalage ressenti quand on retrouve une vie normale après l'enfer :

"C'est comme si j'avais deux vie. Une où tout est dangereux et tout le monde essaye de vous tuer. Et l'autre où tu regardes les passants par la fenêtre à Edinbourg. Il y a des gens aux cheveux teints en rose"

Dans L'Equipe , le footballeur Hatem Ben Arfa raconte comment il a failli tomber dans une secte proche du soufisme et met en cause le rappeur Abd el Malik et son manager : "Ils m'ont endoctriné à une époque où j'étais très vulnérable"

Après le naufrage... La revue Le Tigre a assisté à une audience à la cour nationale du droit d'asile, à l'heure où la politique d'immigration en France est de plus en sévère.

D'un côté, un réfugié bangladais. C'est la deuxième fois qu'il demande l'asile, cela fait deux ans qu’il vit sans papier, travail au noir, deux pièces partagées à cinq.

Face à lui un grand bureau en U et au milieu un membre du Conseil d'Etat qui préside la séance. Lors de la première audience, le président avait beaucoup souri avant de rejeter le dossier.

Le dossier c'est une liasse de feuilles méticuleusement rangées, ce que le réfugié a sauvé de son histoire dans ce pays où les minorité chrétiennes et hindoues sont persécutées - dépôts de plainte, acte de décès de proches, attestation de médecins, etc.

Pendant l'audience, le président parle de tout sauf du dossier avant finalement d'accepter la demande.

Ce bel exemple de violence symbolique est à lire dans Le Tigre , magazine original et sans pub qui lance un appel à souscription à ses lecteurs dans ce numéro en kiosque.

Après le naufrage que reste-t-il quand on est SDF ? Un téléphone portable. On imagine les SDF avec 3 pièces en poches et un litron de rouge, témoigne un homme sur le site Rue89. C'est fini ça. Beaucoup ont des comptes en banque et des téléphones. Téléphones et même smartphones, parfois tombés du camion. Ils permettent de rester en contact, avec les proches, les associations, faire des démarches sur Internet, se tenir au courant des informations, regarder la télévision.

Rompre l’isolement.

Etonnant ce récit sur Rue89 ce matin. On y a apprend même que le téléphone permet de rendre la pareille à ceux qui vont tendent la main en plein naufrage C'est le cas de Jeff, qu'une dame de 90 ans aide régulièrement. En retour il s'occupe d'elle au quotidien. "Sans portable pour savoir si elle a mangé et comment elle va, ce ne serait pas possible de veiller sur elle"

A demain !

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