Dans la presse ce matin : les fragments de l'actualitéPrenons une automobile, modèle Volvo S40. Examinons-la en détail. Le turbo diesel est fabriqué au Japon, le radiateur vient d'Allemagne, les phares sont nés entre Etats-Unis et Canada, la barre anti roulis a voyage en France et Argentine, le pare choc arrière a grandi entre Suède et Pays Bas et le repose-tête a un passeport norvégien... Prenez un pot de Nutella, un Boeing 787, un IPhone 5 : même résultat. Les produits ne sont plus made in France, China ou Sweden, ils sont made in World... L'organisation mondiale du commerce et l'OCDE publient une étude sur le sujet aujourd'hui. Elle est détaillée dans Les Echos et elle alimentera la réflexion sur Renault, le sujet qui fait la Une de beaucoup de vos journaux ce matin. Le made in France est mort : la baisse des coûts de transports et de communication a favorisé la fragmentation de la production. Conclusion partielle : oui les pays émergents, où les coûts de production sont plus faibles, sont gagnants mais pas seulement eux. La proximité d'un marché, la qualité des services, de la recherche, le contexte politique jouent un rôle important dans ce commerce made in world où tout est toujours plus fluide qu'avant. « Les délocalisation vers des pays à moindres coûts ne sont pas une fatalité » assure le patron de l'OMC Pascal Lamy dans cette double page des Echos. Le même quotidien consacre pourtant sa Une à une entreprise française en difficulté Une de plus : Renault. « Tour de vis sur l'emploi en France ». Au moins 7500 postes pourraient être supprimés en 4 ans. « Renault dégraisse à la chaîne » titre Libération. C'est « La débâcle de l'automobile française » pour Le Parisien aujourd'hui en France. « Les constructeurs français ont raté le coche de la mondialisation, dit l'économiste Elie Cohen dans Le Parisien. Voitures d'entrée ou de milieu de gamme à des coûts trop élevés. Ils n'ont pas assez misé sur les marchés émergents. Ils ont laissé s'étioler les sites français construit les usines à l'étranger. Il aurait fallu réorganiser complètement la production, délocaliser certaines structures, mais conserver le montage en France. » Pronostic sombre de l'économiste à propos de Renault : « Je ne serais pas surpris qu'elle décide de fermer le site de Sandouville. »Alors qu'un accord patronat-syndicat sur le marché du travail vient d'être signé, voilà donc le premier test social de 2013, comme écrit encore Le Parisien. Et dans Libération, Eric Decouty est furieux : « Il n'a fallu que 4 jours pour que l'accord sur la sécurisation de l'emploi soit victime d'une profonde entaille. Comme un couteau posé sur la gorge des syndicats, Renault n'exclut pas de fermer un site si d'aventure ils refusaient de valider la coupe dans les effectifs. Renault a agi hier en vieille entreprise patronale et que dire de l'Etat actionnaire au silence assourdissant. » Mais que fait Arnaud Montebourg. Revoilà le débat : que peut l'Etat ? Faut-il se résoudre à une nouvelle saignée ? Sous la plume de Bertille Bayard, Le Figaro fait un constat très froid : « Le groupe s'adapte à la chute du marché (…) Tous les acteurs de milieu de gamme réduisent leur capacité de production en supprimant des équipes et des lignes de fabrication. PSA, Opel, Fiat et plus encore Ford ont décidé de fermer des sites. » L'autre sujet, toujours à la Une, à côté de Renault, c'est le Mali Et dans Le Monde, Jean Philippe Rémy explique bien les difficultés auxquels vont être confrontés les soldats français. « Les djihadistes du Mali mènent une guerre d'évitement. Ils ont eu des mois pour penser et préparer une guerre de mouvement et d'esquive sur un terrain immense et peu peuplé qui s'y prête fort bien. Stratégie : ne tenir aucune position, apparaître, disparaitre et frapper par surprise. Les grandes villes sont évacuées : Tombouctou par exemple. Mais les stocks d'armes ont été transportés à l'extérieur et dissimulés. Les combattants sont dans des localités plus modestes, moins visibles. Une partie importante du dispositif est dans la nature et en mouvement. » Quelles que soient ses difficultés, l'intervention française au Mali est populaire pour l'instant. 75% d'approbation selon un sondage BVA dans Le Parisien. Guerre d'évitement... Ou bien à tout prix éviter de parler de la guerre. Tout autre contexte, Libération nous emmène en Israël. En pleine campagne législative, la plupart des candidats évitent de parler du conflit israélo-palestinien. Mais un film fait grand bruit. C'est un documentaire dans lequel six anciens chefs de la sécurité intérieure racontent 30 ans de lutte anti terroriste. Ces hommes qui ne sont pas des anges confient leurs doutes, leurs rapports difficiles avec les hommes politiques. Et des fragments de l'histoire israélienne ressurgissent. Youval Diskin a dirigé le Shin Beth entre 2005 et 2001 : « Les politiques préfèrent des choix binaires, mais quand on est à mon poste rien n'est noir ou blanc. Le type qu'on cible n'est pas seul dans sa voiture, on tire ou pas ? On fait sauter la voiture, on se dit qu'on a pris la bonne décision, et pourtant quelque chose vous dérange : le pouvoir de décider de leur mort. (…) Sous prétexte de lutter contre le terrorisme nous rendons la vie de millions de gens insupportables. Moi qui connais bien les Palestiniens, je peux vous dire qu'on ne fait pas la paix en ayant des relations militaires, mais des relations de confiance. » Et un autre ancien chef des renseignements intérieurs : « Quand vous quittez le Shin Beth, vous devenez un peu gauchiste. » Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Les règlements de compte entre patrons dans L'Humanité. Au Medef Laurence Parisot veut un mandat de plus même si les statuts ne le prévoient pas. Et, à en croire L'Huma, dans cette optique, elle coupe les têtes qui dépassent : témoignage du responsable du Medef pour l'Ouest de la Seine-St Denis, viré avec les 300 chefs d'entreprise affiliés à ses côtés. L'or allemand va disparaitre des coffres de la banque de France. C’est à lire dans Les Echos. On avait parlé de cette histoire dans cette revue de presse. Une bonne partie des réserves d'or allemandes sont déposées dans des pays étrangers, Etats Unis, Grande Bretagne et France. Cela date de la guerre froide, époque où les allemands redoutaient que le voisin soviétique ne mette la main sur le magot. Epoque révolue : le grisbi va être rapatrié à Francfort. Un peu sensible à quelques jours des 50 ans de traité de l'Elysée qui avait réconcilié France et Allemagne après guerre. Et puis la Une provoc des Inrockuptibles : photo sépia de Gérard Depardieu, et ce titre : « 1948-2013, c'était Depardieu », comme s'il était mort.On s'attend à un réquisitoire, en fait le dossier est empreint de tendresse pour l'acteur des Valseuses. « Nous l'avons follement aimé, Depardieu, écrit Jean-Marc Lalanne. Il y a quelque chose de morbide dans sa fuite en avant. » Serge Kaganski évoque la mort de son fils Guillaume et imagine Depardieu en personnage de la grande Bouffe, le film de Marco Ferreri, « suicide collectif par excès de nourriture d'hédonisme mécanique et jusqu'au-boutiste. Il semble en être devenu l'un des personnages, transformant les signes extérieurs de vitalité en indicateurs de dépression. On espère que le train de la Mordovie ne sera pas son dernier métro. » A demain

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