Des retraités rêvent de libre suicide et achètent sur Internet un barbiturique réservé aux animaux et aux condamnés à mort (l'Obs). La Vie raconte un bandit devenu pasteur à Montréal. Jacques Bloch, jeune résistant, libéra Guéret, perdit un bras, fut pris et déporté, et se souvient d'un allemand humain (Le Monde).

Avis de disparition de Laurent-Barthélémy Ani Guibahi, jeune ivoirien retrouvé mort gelé dans le train d'atterrissage d'un avion
Avis de disparition de Laurent-Barthélémy Ani Guibahi, jeune ivoirien retrouvé mort gelé dans le train d'atterrissage d'un avion © AFP / SIA KAMBOU

On parle d'un adolescent mort qui rêvait de la France...

Un enfant d'Abidjan en Côte d'ivoire qui avait 14 ans, et qui avait un rêve et qui en est mort et ce rêve c'était nous, la France. On l'a retrouvé il y a huit jours, à l'aube du 8 janvier dans le puits du train d'atterrissage du Boeing d'Air France qui venait de relier Abidjan à Paris Charles de Gaulle, il était vêtu d'un short et de claquettes... Mais avant cela il avait vécu et le Monde, sur son site internet, nous ramène dans le quotidien de Laurent-Barthélémy Ani Guibahi, élève de 4e au lycée Simone Ehivet Gbagbo, établissement en sureffectifs du quartier populaire de Yopougon où l'on se bat pour une place assise sur un banc dans les classes, et où Laurent-Barthelemy mûrissait ses projets...  

Il s’entraînait se souvient un ami à parler français "avec l'accent des blancs" à parler comme nous, pour passer inaperçu en Europe où cesseraient la peur et la misère.... 

Il vivait dans un deux pièces de quinze mètre carrés et partageait son lit avec un demi-frère et une demi-sœur, son père était prof de sciences à domicile, mais travaillait si peu... L'année dernière, Laurent Barthelemy avait vu un ami se faire poignarder dans des émeutes étudiantes... Ses notes avaient baissé à l'école, il séchait les cours et traînait dans des cybercafés, a-t-il été pris par les promesses de passeurs ? 

Mardi 7 janvier, il a pris un sac de voyage avec à l'intérieur une tenue plutôt chic qu'il nous réservait. On a retrouvé le sac sur le tarmac de l'aéroport d’Abidjan, quand lui est devenu le petit mort de Roissy, auquel son lycée d'Abidjan a rendu hommage lundi me dit le Monde. 

« Il est mort en faisant quelque chose qu'il ne faut jamais faire. Ne tentez pas ce genre d’aventures ! Le bonheur ne se trouve pas ailleurs, il se trouve ici », a dit Monsieur le directeur, des élèves ont souri en regardant leur lycée décrépi.

Et nous voilà bien avec ce rêve brisé, cet enfant dont l'oubli est repoussé par un article de journal.

... et de retraités qui rêvent de la mort

L'Obs raconte des pas encore vieillards dont le rêve s'appelle la mort et porte le nom d'un médicament interdit, le PENTOBARBITAL: un barbiturique que seuls les vétérinaires peuvent utiliser en France pour euthanasier le bétail, mais qu'on donne aux Etats-Unis aux condamnés à mort, je le lis ce matin dans le New York Times qu'hier au Texas, c'est au PENTOBARBITAL qu'a été exécuté John Gardner qui avait tué sa femme Tammy il y a quinze ans... 

Et chez nous dit l'Obs, des retraités rêvent au sort de l'assassin, ils commandent le médicament dans les méandres de l'Internet. Ils préparent leur fin ou organisent celle des autres. Un ancien prof de philosophie de l'université de Strasbourg a ainsi accompagné, il le raconte, l'épouse d'un universitaire atteinte d'un cancer de la moelle épinière. 

Je suis allé chez elle. J'ai délayé la poudre dans de l'eau, j'étais très ému. Elle a embrassé son époux et a bu le produit sereinement.  Ses paupières ont papillonné, sa respiration s'est accélérée, puis s'est arrêtée au bout de dix minutes.

L’automne dernier, notre justice alertée par les américains a fait perquisitionner chez une centaine de retraités. Et a saisi le poison désiré.

On lit ceci quand dans le Figaro littéraire, on me parle de suicidés... l'écrivain japonais Mishima dont sort un inédit drolatique, histoire d'un homme qui a raté son suicide et s'offre aux fantasmes de meurtres de ses contemporains. Et Stefan Zweig qui mourut quand il perdit l’Europe ravagée par le nazisme mais qui se battit jusqu'au but en écrivant, pas de défaite pour l'esprit libre est le titre du recueil de ses écrits politiques... 

Et on parle alors d'engagement...

La Vie me raconte Guillaume Bourin de Montreuil, un gamin costaud, violent qui pourtant avait Jésus au cœur mais qui le repoussa pour devenir fumeur de cannabis, dealer, voyou, dénoncé, en cavale, arrêté, taulard. Mais à Fleury-Mérogis, il partage la cellule d'un Gitan évangélique et retrouve Dieu. Et sorti de taule, avec l'argent qui lui reste des trafics d'autrefois, il rafle dans une librairie un rayon entier de livres de Luther et Calvin, il est aujourd'hui pasteur à Montréal et doctorant en ancien testament... 

Il faut s'arracher au sordide et regarder de belles figures. L'historien François Dosse publie une biographie de Pierre Vidal Naquet, historien de l'antiquité qui lutta contre les injustices de son temps. Il est bellement raconté dans l'Humanité et surtout dans Libération, petit garçon, Pierre Vidal-Naquet écoutait son père lui lire Chateaubriand. 

Lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que mériter sa grâce, l'historien parait chargé de la vengeance des peuples. 

Le Monde encore raconte dans un long texte un héros nommé Jacques Bloch, cousin du grand historien Marc Bloch... Il avait la bonne tête d'un rouquin de 20 ans quand il participa, jeune résistant, à la Libération de Guéret en 1944 et y perdit un bras, et fut capturé par les allemands, torturé et déporté, et survécut à Buchenwald où il écrivait des poèmes... 

« Lorsque le soir en m’endormant / le ventre creux, les pieds gelés / je ferme les yeux, doucement / je pense et souris au passé. » 

Jacques Bloch se souvient d'un médecin allemand qui voulut le soigner et qui pour son humanité fut tabassé et assassiné par la Gestapo. "Regardez-vous, vous êtes deux chiens !” a hurlé un gestapiste. Et puis, il lui a tiré une balle dans la nuque. Le corps est tombé sur moi ». 

Depuis 75 ans, Jacques Bloch cherche le nom de cet officier. 

J'aimerais retrouver sa famille pour leur dire qu'il est mort comme un homme doit mourir. 

Et on parle aussi de cinéma...

Et de simple beauté, et il faut cela, convenez-en. Dans un numéro de combat contre la CGT qui ruine la France, Le Point abrite un reportage attendri sur la FEMIS, l'école du cinéma d'auteur, vilipendée pour son supposée snobisme mais dont les étudiants, je le lis et le crois, savent fabriquer des films qui sont des bijoux. Au prochain concours d'entrée, les amoureux du cinéma devront disserter et réfléchir sur trois mots, le ciel, l'instant et la chair... 

Et je nage donc entre l'instant et l’éternité.

L'instant donc ? Je lis dans l'Express, nouvelle formule qui désormais se passe de fioritures pour nous guider dans ce monde, que l'on sait, par la technique fabriquer en 18 mois un whisky de dix ans d'âge, en augmentant la chaleur, en bombardant de rayons les tonneaux de bois, ou en soumettant les barriques à des ultrasons... 

Une entreprise de la Nièvre a inventé un robot capable d'imprimer un livre de 400 pages en 5 minutes me dit le Journal du Centre. C'est à peu près la durée de cette revue de presse. 

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