Tout d’abord, un grand bravo à tous ! Oui, vous n’y êtes pour rien. Les suporters n’y sont pour rien. Nous n’y sommes pour rien, mais ce n’est pas grave, on a gagné !

Comme il y a vingt, nous avons entendu la chanson de Gloria Gaynor hier soir. Et, comme il y a 20 ans, des « On est les champions » hurlés en cœur et dans la joie, des drapeaux tricolores, des sifflets et des fumigènes, des jeunes qui sautent dans les fontaines et tout un pays qui célèbre son équipe victorieuse ! Lors d’une finale « étrange et débridée », dixit LIBÉRATION, les Bleus l’ont donc emporté hier soir face à la Croatie. Une victoire 4 à 2. Ils défileront à 17 heures sur les Champs-Elysées. Ce matin, si l’on en juge par les Unes et les gros titres des journaux, nous dirons que ceux-ci se classent en deux catégories : il y a ceux qui sont super contents, et ceux qui sont merveilleusement, magnifiquement contents… 

Ils sont « héroïques », applaudit LE PETIT BLEU D’AGEN. De son côté, CORSE MATIN s'enflamme.

C'est magique !

« Encore ! », titre LIBÉRATION, duquel on aurait pu attendre un peu plus de panache. Cela étant, les pages intérieures témoignent de la liesse qui s’est emparée du pays. « C’est la foule qui défile, électrique, brouillonne, mêlée… On rejoue les buts sur les pavés… On court avec des inconnus… L’envie de dire bonjour à n’importe qui - c'est une chanson. Paris est une fête à nouveau… » Témoignage d’Houssine, coursier à vélo : il avait 10 ans en 98. « C’est rare qu’on se mobilise tous pour quelque-chose d’heureux. Quand les gens sont descendus dans la rue contre le terrorisme, on était tous ensemble, mais pour des raisons tristes ! »

C’est justement dans un lieu marqué par la tristesse que LE PARISIEN a passé la soirée d’hier. Reportage au Carillon, l’un des bars frappé par les commandos du 13 novembre 2015… Tourbillon tricolore.

Le triomphe de la France l’a emporté hier sur les sombres souvenirs…

Dans le public, se trouve notamment Elodie.

Être ici, c’est une belle manière de leur faire un pied de nez, aux terroristes.

Elodie poursuit : « C’est loin, maintenant, et nous, on est toujours dehors, au café. Toujours et encore debout ! »

Mais il y en a aussi qui ont vu le match assis. Dans le même journal, reportage dans une maison de retraite de Corbeil-Essonnes. Eh oui, on parle beaucoup des jeunes, de cette nouvelle génération qui découvre l’expérience d’un succès mondial, mais les plus anciens également ont vibré. Là, pour les résidents, on a décalé l’heure du repas, on a mis du bleu-blanc-rouge sur les joues, et Josiane laisse éclater sa joie au moment du coup de sifflet final : « Je l’avis prédit, hurle-t-elle. Je savais qu’ils marqueraient quatre buts ! »

Enthousiasme un peu plus mesuré dans LA CROIX, qui a suivi le match avec une quarantaine de religieuses de la congrégation des Filles de Jésus de Kermaria. Avant la rencontre, Sœur Patricia envisage une défaite française. « Cela offrirait au moins au Croates leur première coupe, puisque nous, on en a déjà une… » La charité chrétienne. Mais une fois le match commencé, ce public atypique se met au diapason des Bleus. Une religieuse lance : 

A nous la balle, à nous !

« Très bien mon pote », lance une autre, tandis qu’une autre s’écrie : « Merci Hugo », suite à un arrêt du gardien… Sœur Nadine, 42 ans, se réjouit, dit-elle, de vivre cet événement « en communion avec l’ensemble de son pays »

Même plaisir, dans L’EQUIPE, qui a suivi le match en Martinique avec la famille de Raphaël Varane. Sa grand-mère, 93 ans, s’est mise à danser après le match… Ivre de bonheur, nous dit-on… Et c’est aussi de bonheur qu’il est question ce matin sur le BONDY BLOG – le récit de la soirée… Bondy, c’est la ville de Kylian Mbappé. Aujourd’hui, la fierté des habitants est immense. C’est la fraternité qui s’exprime. Les jeunes expliquent qu’ils sont « fiers d’être français ».

De son côté, LE FIGARO reprend à sa Une les paroles de La Marseillaise.

« Le jour de gloire est arrivé »

Le journal présente une photo des vainqueurs, tout sourire, qui lèvent le trophée ! Griezman, Giroud, Pogba, Lloris, Mbappé, Varane, Umtiti, Pavard, Hernandez, Matuidi, Kanté, Fékir, Tolisso, Dembélé, Thauvin… On les retrouve tous, ce matin, dans les pages des journaux. On retrouve aussi l'entraîneur Didier Deschamps - tout le monde lui tresse des lauriers. Tout le monde écrit que Deschamps est un grand, un très grand entraîneur. Et l’on retrouve partout la liesse, l’euphorie des supporters jusqu’à très tard cette nuit aux six coins de l’Hexagone.

LE PARISIEN les a rencontrés à Marseille, à Saint-Dyé-sur-Loire, à Lyon, à Nice, au Cap d’Agde et, bien sûr, sur les Champs-Elysées. C’était la fête dans les rues, dans les bars et dans les campings, et chaque fois émerge le sentiment que la victoire est davantage que le succès d’une équipe. « C’est le plus beau jour de ma vie », pleure le jeune Stanislas.

Maintenant, je peux mourir tranquille", assène même Julio, 26 ans. 

Le titre du journal c’est « La tête dans les étoiles ». Même chose dans L’HUMANITE et dans LE JDD, qui a sorti dès hier soir un numéro spécial de 15 pages... 

« Les rois du monde »

*Ici et là, on trouve aussi des amusants « Sacre bleu ». « Le monde est bleu », nous dit SUD OUEST. « Bleu roi », précise LE TÉLÉGRAMME, car, ainsi que l’annonce MIDI LIBRE, les Bleus sont bien « les rois du monde », et ils nous ont offert « Un bonheur éternel », annonce ce matin L’EQUIPE.

Cette victoire est belle et il faut en profiter à l’excès", implore l’édito du journal.

Tous les éditoriaux sont, à peu de choses près, de la même teneur. Tous, ils encensent ces jeunes héros « qui rassemblent », et invitent les Français à les imiter. Des Français dont certains journaux se font les porte-paroles. « Nous sommes fiers », titre LA PROVENCE, tandis que LA DEPECHE DU MIDI lance : 

On vous aime !

D’autres se contentent d’un seul mot : le même mot à la Une de OUEST FRANCE, de LA VOIX DU NORD et de LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES – et, ce mot, c’est « merci ».

Merci, c’est d’ailleurs aussi ce que peuvent dire les sponsors des Bleus. Comme l’explique LE FIGARO, l’épopée russe du Onze tricolore bénéficie aux ventes, et à l’image de leurs nombreux partenaires.  

Mais cette victoire de la France devrait aussi faire du bien aux journaux. C’est ce qu’on lit ce matin sur SLATE.

Savourer la victoire passe par la presse papier.  

Ou l’on nous explique pourquoi les gens achètent les journaux quand leur équipe gagne et jamais le reste du temps. Exemple avec ce chiffre : le quotidien L’EQUIPE n’a dépassé que deux fois le million d’exemplaires vendus, et les deux fois, c’était au lendemain d’une victoire de la France. Pour la Coupe du Monde 1998 et pour l’Euro 2000. L’édition de 98 avait même atteint le million et demi d’exemplaires. Un record qui n’a été battu qu’à deux reprises dans l’histoire de la presse française : par FRANCE SOIR au lendemain de la mort du général De Gaulle, et par CHARLIE HEBDO, dont le numéro post-attentat de janvier 2015 avait été vendu à plus de 3 millions d’exemplaires… 

Mais de manière générale, bien plus encore que les morts de célébrités et les résultats d’élections – même pour les présidentielles, ce sont bien les victoires des Bleus qui représentent les meilleures ventes de journaux français. Les victoires, mais pas les défaites. Alors pourquoi un tel succès ? Eh bien, pour les lecteurs, c’est un moyen de revivre mentalement le match et, surtout, de dire « J’y étais ». C’est l’analyse de Patrick Eveno, historien des médias. Il estime que la presse est « le plus social des médias », bien plus que les médias sociaux, dont l’effet reste très éphémère. 

Avec la presse papier, l’émotion passe par l’écrit imprimé, narratif et gravé, littéraire et palpable…

Et l’on conserve ensuite ces journaux qui célèbrent la victoire de la France. On y était, on l’a vécu et, plus tard, en les regardant, on se rappellera de ce moment entré, nous dit-on, dans l’Histoire. 

Dès lors, ce matin, le football ne laisse pas beaucoup de place au reste. C’est le moins qu’on puisse dire. Cela étant, la presse nous parle aussi d’autres sujets. L’OPINION évoque le sommet qui se tiendra demain à l’Elysée. Le chef de l’Etat a invité les partenaires sociaux, le patronat, les syndicats, afin d’échanger sur les réformes à venir. C’est le sujet à la Une du journal libéral. 

Sur le social, Emmanuel Macron lance un nouveau match. 

A propos de réforme, on lit dans LES ECHOS que le gouvernement va finalement retarder celle des APL – les APL versées en fonction des revenus, ça attendra le printemps prochain. 

De son côté, LE FIGARO revient sur l’annonce du Premier ministre israélien. « Netanyahou veut créer des villes purement juives ». Un projet qui soulève une levée de boucliers. 

LIBÉRATION revient sur la démission du secrétaire d’Etat britanniques aux entreprises. Il a reconnu avoir envoyé 2.000 messages à caractère sexuel à deux jeunes femmes. 

Des messages du genre : « Montre à papa quelque-chose de cochon... »

Marié et père de deux enfants, le conservateur s’est excusé : « J’ai profondément honte. » 

L’EQUIPE, pour sa part, évoque aussi du Tour de France et la victoire de Djokovic à Wimbledon.

Et puis dans LE PARISIEN, on nous parle d'un autre sujet.

Le regain d’intérêt pour… le baby-foot !

On y joue chez soi, ou bien en entreprise : les ventes et les locations de baby-foot ont été, par endroit, multipliées par dix ces dernières semaines… Eh oui : il s’agit là d’un effet de la Coupe du Monde... Avec le baby-foot, on peut se figurer qu’on est Didier Deschamps. Le foot est partout ce matin… La joie est partout ce matin… Les Bleus ont gagné la finale. On a gagné. Bravo à tous !   

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