(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la montée des conflits

(Bruno Duvic) La nuit, Bagdad est sous couvre-feu de 22h à 6 heures du matin. Et dans la journée : embouteillages monstres, provoqués par les très nombreux barrages militaires. Georges Malbrunot, envoyé spécial du Figaro raconte. « Les soldats sont casqués, le visage souvent encagoulé. Ils fouillent les coffres à la recherche d'engins piégés. Ils ont le doigt sur la gâchette. »

« Bagdad attend avec angoisse l'assaut des djihadistes » titre le journal. Les djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (E.I.I.L.). La semaine dernière, d'abord la peur des habitants face à l'avancée fulgurante des extrémistes sunnites dans le nord du pays. Ces derniers jours, répit avec la contre-attaque de l'armée. "Mais tous sentent confusément que ce n'est qu'une pause" écrit Malbrunot. Les volontaires se mobilisent après l'appel de l'ayatollah Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d'Irak : « Rien que dans ma ville de Kut, 100 kilomètres au sud de Bagdad, dit un commerçant, 2.000 jeunes se sont inscrits samedi soir pour venir défendre la capitale. »

Sunnites, contre chiites, c'est « une guerre de grande ampleur » qui menace l'Irak

C'est ce qu'écrit Jean-Pierre Perrin dans Libération . Une guerre qui menace l'Irak et, au-delà, toute la région. « Le Moyen Orient est en voie de balkanisation », dit un spécialiste dans L'Opinion .

A qui la faute ? Si les raisons sont évidemment multiples, sur Slate.fr et Rue89 , les regards se tournent vers l'Ouest. « Qui est responsable de la montée en puissance d’E.I.I.L en Irak ? L'inaction d’Obama en Syrie », répond Daniel Vernet sur Slate . « La stratégie du Président américain tient en un principe : ne pas commettre de bêtises, comme son prédécesseur. Mais l'inaction peut avoir des conséquences plus négatives que l'action. »

« Irak, Syrie, Afghanistan, l'échec de la politique étrangère d'Obama », titre Pierre Haski sur Rue89 . C'est bien George Bush qui porte la plus lourde responsabilité dans la crise qui vient d'éclater en Irak. Mais une question pourrait dominer la fin de mandat d'Obama : qui a perdu le Moyen-Orient ? Le tournant a sans doute l'été 2013, lors de l'attaque chimique menée par les forces d'Assad en Syrie. Elles avaient alors franchi la ligne rouge qu'Obama lui-même avait tracée. Mais le président des Etats-Unis avait décidé de ne rien faire. Cette inaction a été interprétée par les combattants les plus radicaux comme un feu vert à aller plus loin.

« Quand agir ? Quand s'abstenir ? C'est à ces choix que se définit, au bout du compte, un chef d'Etat visionnaire. »

A la Une de Libération : « Cheminots, intermittents : Valls choisit l'épreuve de force »

Au hit-parade des Unes ce matin, le climat politique et social le dispute au football dans les kiosques et sur Internet. Dans Le Figaro , c'est « Hollande et Valls sous le feu des ultras » - ultras de la CGT du PS et des Verts pour le quotidien. « Valls et cette gauche qui ne veut pas gouverner » à la Une de L'Opinion . « Cheminots, intermittents, chercheurs, la cote d'alerte sociale est dépassée » pour L'Humanité .

Il y a trois fronts en réalité. D'abord, la grève à la SNCF. Elle a mauvaise presse. Par exemple sous la plume de Didier Rose dans Les Dernières nouvelles d'Alsace : « En semblant défendre des intérêts hérités du passé, pourtant pas remis en cause, au moment où les candidats du Bac pensent à leur avenir, cette grève ne rate pas seulement le train d'une réforme sereine, Elle conforte la thèse qu'une vraie concurrence doit émerger sur les rails. » C'est « un dévoiement du droit de grève » pour Gilles Bridier sur slate.fr . Dans Le Parisien- Aujourd'hui en France , Vincent Vérier décrit ce climat qui se tend dans les gares : "Certains font des crises de nerfs, dit un contrôleur non gréviste, d'autres nous agressent ou insultent d'autre voyageurs. Bref, les gens sont à bout, et nous aussi."

Deuxième front : celui des intermittents. Et dans la presse, des personnalités qui les soutiennent. Olivier Py, le directeur du festival d'Avignon, dans Le Monde , toujours en kiosque. « Le festival est en péril. S'il devait être annulé ceux de 2015 et 2016 seraient péril aussi. L'addition s'élèverait à 4 ou 5 millions d'Euros, nous mettrions plusieurs années à remonter la pente (…). Aujourd'hui, il n'y a pas d'autre solution pour le gouvernement qu'il n'y aura pas de signature à l'accord du 22 mars (sur l’Unedic et le régime des intermittents). » Olivier Py dit redouter des accès de violence à Avignon.

Soutien aussi de Denis Podalydès, de la comédie française dans L'Humanité : "Il faut s'ôter de la tête qu'un intermittent est forcément un artiste ou un technicien laborieux qui rame faute de talent ou de légitimité dans la carrière"

Troisième front : ceux qui protestent à gauche contre la politique d'économie du gouvernement. C'est « La naissance d'un front anti-hollande », pour Le Parisien . Les 41 frondeurs socialistes, des écolos et les communistes se regroupent. Il y a un « cas Hollande » qui explique cette rébellion, pour Edwy Plenel sur Mediapart . « Le chemin de François Hollande n'est pas seulement à rebours de tous ses engagements. Il est aussi devenu illisible et incompréhensible, y compris pour les siens. » La gauche risque-t-elle de mourir comme dit le redouter Manuel Valls pour mettre en garde les rebelles ? En tout, cas, dixit Cécile Cornudet dans Les Echos , « l'exécutif et une partie de sa gauche en sont arrivés à ce moment des couples en crise où tout ce que dit l'un est interprété contre lui, où toute main tendue est suspectée d'être insincère. »

Conclusion d'Alxandra Schwartzbrod dans Libération : "Les jours qui viennent s'annoncent à haut risque pour l'exécutif".

Sous la pression d'une partie du parlement, deux conflits sociaux à déminer. « Si le gouvernement cède, il peut ouvrir les vannes du mécontentement et se trouvé débordé sur son flanc gauche. S'il campe sur ses positions, il aura peut-être les cheminots à l'usure, mais il se mettra à dos les intermittents qui se préparent à entrer dans un conflit long et douloureux pour tout le monde. »

Enfin à la Une de la presse : Benzema superstar

Karim Benzema. C’est lui en effet qui incarne pour les journaux l'entrée réussie de l'équipe de France en coupe du monde. 3/0 pour les Bleus, doublé de Benzema. L'Equipe s'est arraché les cheveux pour trouver un titre. Ce sera donc « Karhymne à la joie ». C’est « L’échappée Benz » dans Libération . Et Benzema est à la Une de beaucoup de quotidiens régionaux. Globalement, toute l'attaque et les milieux français reçoivent des lauriers ce matin. Avec Benzema, Antoine Griezmann reçoit la meilleure note des journalistes de l'équipe ce matin : 8/10. Titre du récit du match : « Que ça fait du bien ! »

Certes, écrit Sébastien Tarago, le Honduras, « 33ème nation mondiale, n’avait rien dans les jambes et pas grand-chose dans la tête (mais …) il ne faut surtout pas minimiser cette victoire (…) Les Bleus n’avaient pas débuté une coupe du monde par une victoire depuis 1998 (…) peut être que cette année 2014 (leur) permettra enfin de se remettre à l’endroit et courir après les conquêtes au lieu de chasser les taupes. »

A demain !

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