derniers arguments de campagne, novices et godillots

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Dernier jour de campagne pour les législatives…

Et derniers échos. Dessin de Willem dans Libération, on y voit des candidats, filet de papillon à la main chasser un pauvre homme qui s’enfuit « là, un abstentionniste ! il est à moi ! s’exclame un autre, je l’ai vu le premier » s’énerve un dernier

Dessin de Gorce dans ses Indégivrables du Monde, sous le titre « chui trop déchu », un perdant ou futur perdant se lamente : « j’étais un bon député mais malheureusement, j’ai eu de mauvais électeurs ». C’est sans doute la conviction qui animait Gilbert Collard, député mariniste dans la législature sortante, lorsque qu’en meeting mercredi soir dans le Gard, aux sympathisants qui scandaient son nom, il a rétorqué virulent « au lieu de crier Gilbert, allez voter bande de fainéants ! « Sous la bonne humeur apparente, il l’a mauvaise » explique Olivier Faye dans le Monde. Mauvaise face aux abstentionnistes, comme d’autres, comme henri Guaino l’ont mauvaise vis-à-vis de tous leurs électeurs…

Bon allez, c’est presque fini…« Cela fait 10 mois que la France vit dans un climat d’intense compétition politique analyse Guillaume Goubert dans son édito de la Croix. Tout cela aurait pu se dérouler dans un certain calme, ce fut au contraire un incroyable chamboule-tout. On peut dire que la France a participé elle aussi, mais à sa façon, au grand ébranlement des pouvoirs en place qui secoue le monde occidental. Brexit en Grande Bretagne, Trump aux Etats-unis : l’originalité de la France est qu’elle a pratiqué le dégagisme dit-il, au bénéfice non des extrêmes, mais du centre ».

« Tout cela aurait pu se dérouler dans un certain calme », mais jusqu’aux derniers jours, cela n’a pas été le cas

Vos journaux reviennent ce matin sur l’agression dont a été victime hier Nathalie Kosciusko Morizet en campagne dans le 5ème arrondissement de Paris, mais sans curieusement s’en émouvoir plus que ça, à l’exception de quelques- uns…« C'est le grand paradoxe de la période de bouleversement politique que nous vivons écrit Hervé Favre dans la Voix du Nord. D'un côté, les Français s'apprêtent à envoyer à l'Assemblée une grosse majorité de député(e)s en marche pour rompre avec l'affrontement droite-gauche et ses excès. De l'autre, jamais une campagne électorale n'aura été marquée par autant d'agressions verbales et physiques comme celle subie hier par Nathalie Kosciusko-Morizet .Ce climat mine aussi l'intérieur des partis battus où chacun reproche à l'autre d'avoir fait perdre son camp. Mais de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par Anne Hidalgo, les messages de solidarité ont afflué hier au chevet de NKM. Un peu de douceur enfin dans une campagne trop brutale » conclut-il

En attendant les résultats dimanche, 2 mots reviennent en boucle pour parler des futurs députés, notamment ceux de la République en marche

« Novices » et « godillots »

« Novice » c’est l’ultime argument renvoyé à tous ceux qui s’apprêtent à faire leurs premiers pas au Palais-Bourbon. Mais les « Bleus se défendent d’être verts » raconte ce matin Libération. Un sénateur les Républicains enrage de voir ces néophytes débarquer dans le chaudron politique « vous allez avoir des centaines de gus qui ont décroché l’agreg sans avoir passé le bac ». A noter au passage, que parmi les candidats en marche, 68% cochent la case CSP+, cadres, avocats, chefs d’entreprise surdiplômés…En tout cas, un procès en « incompétence supposée » intentés par les sortants assez mal vécu« s’ils avaient été si bon que ça, on le saurait » grince une candidate, « on va remplacer le cumul des mandats par le cumul des compétences » fanfaronne déjà un autre ». La mise en place sera peut-être plus lente et chaotique que d’ordinaire, concède un conseiller ministériel, mais ça s’apprend. « D’ici là, écrivent les journalistes de Libé, déçus et sceptiques pourront toujours paraphraser Clémenceau pour qui « en politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables »

Godillot, 2ème mot de cette fin de campagne : la Une de l’Humanité dit tout. Un hémicycle truffé de dizaines de Macron installé dans chacun des fauteuils du Palais Bourbon, avec ce dernier argument électoral « dimanche ne lui laissons pas les mains libres ». Sur le site de l’Obs, petite histoire de l’insulte à la mode. « On parle là d’une antonomase, nous explique t on, figure de style transformant un nom propre en nom commun. En l’occurrence, le nom propre est celui d’un certain Alexis Godillot, entrepreneur d’origine modeste qui fit fortune sous Napoléon III. Il fut chargé par l’empereur d’équiper les troupes françaises en souliers. A l’occasion de la guerre de Crimée et de la campagne d’Italie, 100 000 paires de chaussures, des « godasses » qui ne furent peut-être pas pour rien dans les victoires de Magenta et de Solférino. La politique récupère le terme à la fin des années 50 pour désigner les députés gaullistes qui revendiquent un soutien inconditionnel au héros de la résistance, le député godillot devient synonyme d’obéissance aveugle, pour tout dire de bêtise » le canard enchainé publie même « un dictionnaire des godillots ». Aujourd’hui le mot est partout, et les Marcheurs doivent se défendre par avance de leur mise sous tutelle supposée

En tout cas, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, repris ce matin par Courrier International, s’amuse de cette « Révolution à l’envers des français » titre t il. « Macron a sans doute balayé l’ancien régime de la 5ème république, des partis au bord de la ruine et des extrêmismes qui ne vont pas fort, mais l’ironie écrit il de cette révolution de 2017, c’est que la France se retrouve avec un monarque républicain disposant d’un pouvoir comme on n’en a plus vu depuis le règne de de Gaulle…Avec des néophytes à l’assemblée ( les allemands ne doivent pas connaitre le mot de Godillots) Macron peut se proclamer seul vrai représentant du peuple. Cette tentation absolutiste constitue un test. Il avait promis de renouveler la démocratie, s’il ne le fait pas, il deviendra très vite un homme du passé. » conclut l’article

On termine Hélène, avec la culture

Pour vous Alexis Michalik : l’épreuve de philo est passée, mais le sujet continue de valoir « une ministre de la culture, ça sert à quoi, une politique culturelle, qu’est-ce ? ». Premier entretien accordé à Jérôme Garçin pour l’Obs, de Françoise Nyssen, nouvelle ministre de la culture. Elle explique ce qui la guide :« ce qui m’inquiète dit elle, c’est de ne pas faire. Je veux faire. Et si je n’y arrive pas, je céderai ma place. Je n’ai que la volonté de travailler à ce que la culture ne soit plus un entre-soi, mais qu’elle soit un moyen d’être ensemble » « l’action de ce ministère poursuit-elle, doit ressembler à l’orchestre Démos, où des enfants de quartiers défavorisés s’initient à la musique. J’ai toujours pensé qu’éditer, c’était à la fois accompagner un auteur et mettre son livre dans les mains du lecteur, dit cette ancienne éditrice. La politique culturelle, c’est pareil affirme t il ». Accompagner les auteurs de culture pour les livrer à tous, définition de sa mission par votre ministre Alexis Michalik, enfin, par notre ministre à tous ! Novice sans aucun doute. Mais qui n’a pas l’air de vouloir se contenter d’être godillot…

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