(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : cérémonie d'ouverture

(Bruno Duvic) Ce fut "une arrivée sans imper" pour Le Canard enchainé ... Ah ! Cette première journée sous l'eau pour le nouveau président François Hollande. "A peine intronisé, déjà mouillé"- encore Le Canard . Et dans l'édito de l'hebdomadaire satirique, référence au moment le plus humide de la journée, la remontée des champs Elysées sous les trombes : "sa décapotable normale s'est rapidement transformée en baignoire."

Vous en voulez d'autres ? Libération : « Hollande mouille sa chemise »

Le Havre Presse : « Hollande dans le grand bain »

La Voix du Nord : « Douches forcées et bains de foule »

Ou encore Didier Pobel, sur son blog : « Une intronisation, ça s'arrose ! »

Libération va jusqu' à interroger un sociologue sur ce président qui affronte la rigueur du ciel sans parapluie. « Tête nue, exactement comme ceux qui étaient venus le voir. S'il s'était protégé de la pluie, il aurait rompu un principe essentiel d'égalité. »

Le Général de Gaulle faisait la même chose, mais il était plus filou…

…Il faisait volontairement ouvrir un parapluie pour pouvoir mieux le repousser.

Si la presse parle de la pluie et du beau temps c'est parce que certains se sont un peu ennuyé hier en suivant cette cérémonie d'ouverture élyséenne. Et Mediapart a adoré s'ennuyer. "Président trop normal, premier ministre plus que trop normal, décorum républicain a minima. Ce mardi 15 mai fut d'une affreuse banalité. Et cela fait du bien." Sous entendu : « Le bling-bling, c'est fini ! » comme le titre L'Humanité .

C'est « La rupture », résume de manière taquine Libération à sa Une. La rupture c'était le slogan de Nicolas Sarkozy en 2007. Dans ses actes, dans ses discours, son successeur a tout fait pour se distinguer de lui, hier.

Jusqu'à lui tourner le dos à peine la main serrée sur le perron de l'Elysée. Jusqu'à ne rien trouver à sauver dans son bilan, alors qu'il a rendu hommage à tous ses prédécesseurs. Voilà une "inélégance superflue qui révèle surement une profonde inimitié", écrit Jacques Camus dans La République du Centre .

Pour l'édito du Figaro , François Hollande n'est pas un président rassembleur. "Il entend bien être un président de gauche. (...) Bien sûr, selon la formule consacrée, il est le président de tous les Français. Mais il a clairement marqué son appartenance et indiqué une préférence"

L'homme normal a donc un caractère bien trempé comme l'écrit Hervé Canet dans La République du Centre Ouest .

Et il a décidément l'art de la synthèse : en une seule journée, il a réuni l'eau et le feu. Après la pluie à Paris, ce coup de foudre qui est tombé sur son avion alors qu'il volait vers Angela Merkel… La chancelière y a vu un présage. Cette rencontre dont on a tant parlé avant ne fait pas les gros titres ce matin. Sans doute parce qu'elle s'est terminée tard. Sans doute aussi parce que ce n'était qu'une première rencontre. Jean Levallois dans la presse de la Manche reste cool : « il n'y avait évidemment rien à attendre de ce qui était une prise de contact. » Et il ajoute "c'est déjà important."

Autre personnage de cette journée: Jean Marc Ayrault

Nommé Premier Ministre à 16h45 ou 46, il y a débat dans la presse. Le suspense était tel que Le Monde en kiosques avant la nomination publiait déjà son portrait sous le titre "Réel Politique".

Les Echos , Le Figaro , Libération , Ouest France , Presse Océan à Nantes… tous les quotidiens retracent évidemment le parcours de Jean-Marc Ayrault, ce catho de gauche devenu réformiste assumé. Entre temps, il a milité aux côté de Jean Poperen, le courant lutte des classes du PS.

Lorsqu'il est élu conseiller général de Loire Atlantique en 76, l'homme qui jouait de l'orgue à la messe dans sa jeunesse angevine, arbore un pull à col roulé rouge.

Jamais battu aux élections. Même aux pires moments de l'histoire de la gauche.

Ancien prof d'Allemand, « allemand de l'Est » précisent ceux qui le trouvent un peu austère. Il parle aussi bien la langue de bois que la langue de Goethe.

Et les mots qui reviennent : fidèle, travailleur, consensuel… 15 ans à la tête des socialistes à l'assemblée - un exploit… méticuleux - des fiches noires de notes lorsqu'il prend la parole en public….

Mesuré, pudique : c'est son côté François Fillon.

Origines modestes : c'est son côté Mauroy. Papa ouvrier teinturier, maman couturière.

A l'écoute mais parfois autoritaire.

Et c'est l'indéboulonnable maire de Nantes depuis plus de 20 ans,

Succès incontestable. La bourgeoisie ne vote pas forcément pour lui, mais il est vite devenu l'un de ces maires dont on ne se demande plus s'ils sont de droite ou de gauche. Ils sont le maire tout simplement. Dans Presse Océan , son biographe Alain Besson donne une clé de ce succès : son intuition culturelle pour la ville de Nantes.

Et puis il y a la fidélité absolue à François Hollande. Comme le nouveau président il était du premier cercle, associé de très près au gouvernement de Lionel Jospin entre 97 et 2002. Il est « Comme un frère » pour François Hollande , titre Sud Ouest.

« Président normal, Ayrault discret » ajoute le quotidien Metro . Discret et même secret selon Ouest France . Jean Marie Biette essaye de casser cette image d'homme coincé. En privé il montre un visage différent.

D'ailleurs c'est un excellent danseur, de tango notamment. Conclusion de Patrick Roger dans Le Monde : « ça peut toujours servir. »

Le 3ème personnage remarqué sur le tapis rouge de l'Elysée hier c'est la compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler….

…observée sous toutes les coutures. Dans la série rupture avec le bling-bling, Libération relève que Valérie Trierweller n'était pas habillée en haute couture hier, mais en prêt à porter made in France. Simple et de bon goût.

Et pourtant pas du goût de tout le monde cette « Première Dame de fer », comme l'appelle VSD , elle qui a déclaré Julien Dray persona non grata dans l'entourage de son homme. L'Express se demande déjà si elle n'en fait pas trop. Pas facile de trouver la bonne ligne. atlantico.fr croit savoir que Valérie Trierweiler a déjeuné récemment avec Claude Chirac pour en savoir plus sur la vie à l'Elysée.

Puisqu'on parle de vêtements, l'une des photos du jour, c'est aussi Nicolas Sarkozy en short et gros polo rayé. Premier jogging post Elyséen pour l'ancien président. Finie la politique ? Deux articles laissent entendre que ce n'est pas vraiment le cas. « Il s'organise pour revenir, il nous l'a dit à mi mots », affirme dans Le Parisien-Aujourd’hui en France l'un de ses anciens conseillers diplomatiques.

"Il ne faut jamais dire jamais, d'ailleurs je ne l'ai pas dit", voilà comment débute l'article du Point consacré à ses adieux.

On ne sort jamais de la politique. Comme on le voit, elle est encore omniprésente dans la presse ce matin. Des politiques eux mêmes ou des journalistes, on ne sait pas qui est le plus accroc. Mais il y a des moments où la dépendance devient inquiétante : petit écho du Figaro page 42. Coup de fil de Nathalie Kosciusko-Morizet à Jean François Copé. « Sache-le : je serai candidate à la présidence de la république en 2017. »

A demain.

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