Dans la presse ce matin : ce qui tombe du ciel

On n'en finira décidément jamais avec les barbares. Dans La Croix ce matin, Dominque Quinio nous parle d'une jeune femme, grande soeur soudanaise des lycéennes victimes de Boko Haram. Elle s'appelle Meriam Yahia Ibrahim Ishag, elle a 22 ans, un petit garçon de 2 ans et un bébé de 8 mois dans le ventre. Meriam est en prison, condamnée à mort par pendaison depuis hier. Son père est musulman, sa mère chrétienne orthodoxe - c'est la religion qu'elle a choisie. Alors elle est accusée d'apostasie, de reniement de l’Islam. Verdict : la corde. Et 100 coups de fouets avant cela pour adultère - comprenez qu'elle a épousé un chrétien. On lui a donné 3 jours pour renier sa foi, elle a refusé.

Meriam, écrit Dominique Quinio, mais aussi la pakistanaise Malala et les lycéennes du Nigeria « paient le prix d'être des femmes. En première ligne face à des hommes qui ne veulent pas leur reconnaître le droit de s'instruire, de travailler, de se marier selon leur cœur, de croire autrement que leur père. Double, triple, quadruple peine. »

Ce qui tombe du ciel... Direction Alep, Syrie. La journaliste italienne Francesca Borri a suivi pendant des mois les combats, et dans le récit que publie Le Monde , elle avoue être à court de mots et d'adjectifs.

C'est une ville où rebelles et loyalistes sont si proches qu'ils se lancent des injures tout en s'échangeant des tirs. Alep est en guerre depuis l'été 2012, il y a presque deux ans, c'est devenu un no man's land, livré aux seigneurs de guerre, djihadistes, désormais, côté rebelle. Les deux parties ne s'emparent que de décombres.

Alors désormais, à Alep, il n'y a plus qu'un front, écrit Francesca Borri, c'est le ciel. On meurt ici sans prévenir, une explosion venant de nulle part, une lumière vive, une bourrasque, puis l'air qui devient brulant et s'emplit de flammes, de sang, d'éclats d'obus. On y entre sous les bombes barils remplies de pétrole et d'explosifs, larguées par les hélicoptères. Des dizaines, jour et nuit, aucune distinction entre civils et combattants. Il n'y a rien d'autre. Aucun abri, les bâtiments n'ont pas de cave. Quand une attaque vient du ciel, on plonge sous une chaise, une armoire, un seau, n’importe quoi. Parfois, une douchka, vieille mitrailleuse russe, pétarade pour sonner l'alerte. Après, les alépins, terrifiés, surgissent des ruines. Parmi les décombres, des vêtements, des livres, une pendule, une chaussure d'enfant avec un pied encore à l'intérieur.

Alep a des airs de ville fantôme mais les Syriens sont toujours là. Devenir réfugié est un luxe que tout le monde ne peut pas se payer. Ceux qui restent mâchent du carton pour calmer la faim et scrutent le ciel.

Pourquoi raconter toutes ces horreurs ? Parce que, parfois, elles permettent de mobiliser, de réveiller les consciences. Sur l'excellent blog, « making of, les coulisses de l'info », de l'Agence France Presse, vous trouverez l'histoire d'une photographie. Une petite fille dans un bidonville de Nairobi. Elle est au second plan. Au premier plan, un robinet bouclé par un cadenas. Photo symbole du manque d'eau potable. Elle avait été prise par le reporter Marco Longari en décembre 2003 et publiée notamment dans TheGuardian . Un lecteur avait été frappé et avait écrit au journaliste. Depuis, il a fondé une organisation pour améliorer l'accès à l'eau potable en Afrique. Plus de 12 millions d'Euros récoltés et des centaines de milliers de vies un peu moins dures. Cela aussi est un peu tombé du ciel.

Ce qui tombe du ciel dans une partie du monde du sport, c'est l'argent

Tombé du ciel, comme de provenance indéterminée. 100 milliards d'Euros ! C'est la somme blanchie chaque année dans les paris sportifs par le crime organisé. Etude de la Sorbonne et de l'International center for sports security. C'est à lire dans L'Equipe . Plus de 80% des paris engagés le sont de manière illégale, plus de la moitié en Asie. Les deux premiers sports concernés sont le football et le cricket.

Le football justement et la pression du business. Le président de la fédération international de foot, la Fifa, Seep Blatter était hier l'invité de notre confère de la radio télévision suisse Darius Rochebin. Le mondial 2022 au Qatar se tiendra probablement, voire très probablement en hiver. Il fait beaucoup trop chaud dans les stades en été. Notre confrère demande alors à Seep Blatter si c'était une erreur d'attribuer le mondial au Qatar. C'est à voir notamment sur le Huffington Post

L'argent aussi dans le rugby désormais, et depuis quelques années. Mais la photo finish du championnat marque cette année une rupture. En demi finale Toulon/Racing Metro ce soir, Montpellier/Castres demain. Choc de puissants et guerre des étoiles, titre L'Equipe à propos du match d'aujourd'hui. « Il oppose deux effectifs galactiques symboles des nouveaux riches du Top 14, le championnat. » « Les nouveaux riches au pouvoir » titre Le Figaro . Comme un symbole de ce sport très éloigné désormais des années rugby cassoulet, les demis finales se tiennent à Lille, ce qui ravit La Voix du Nord : « Le Nord terre d'Ovalie », titre le quotidien.

L'argent qui afflue, l'argent qui manque. Pour la première fois, selon Le Parisien-Aujourd’hui en France , la banque alimentaire d'Arcueil, en banlieue parisienne, la plus importante et la plus ancienne de France, organise une collecte de printemps. La précédente collecte ne suffit pas à couvrir les besoins.

De l'argent pour combler les déficits. Pour éponger quelques gouttes de dettes, l'état italien vient de vendre à un particulier une ile de la lagune de Venise, Poveglia. Elle a été attribuée à un particulier pour 513.000 Euros. C'est à peine de quoi s'acheter un petit appartement dans le centre historique de Rome commente le correspondant du Monde , Philippe Ridet.

Quoi d'autre dans la presse ?

C'est certainement l'effet de la cigarette électronique… La consommation de tabac diminue nettement chez les lycéens. Baisse de 6% du nombre de fumeurs entre 2012 et 2014. Baisse de près de 10% chez les 12-15 ans. C'est à lire dans Le Parisien .

On en parle largement sur France Inter ce matin, je ne rentre pas dans les détails mais le décret d'Arnaud Montebourg pour contrôler les investissements étrangers se taille la part du lion dans les journaux ce matin. A la Une du Monde , du Parisien , de L'Opinion et largement traité ailleurs.

La lettre de l'avocat de Jérôme Kerviel au président de la République. C'est à la Une de L'Humanité . Il dénonce le fait que son client soit condamné comme l'unique responsable des pertes de près de 5 milliards d'Euros à la société générale. « Monsieur, le président, faut-il emprisonner Jérôme Kerviel pour sauvegarder les intérêts supérieurs ou masquer d'autres pertes que celles qu'on veut lui imputer ? »

Le Figaro magazine , nouvelle formule. A lire notamment ce week-end, un long reportage d'Adrien Jaulmes avec les commandos français en Centrafrique.

Et une histoire corse, pour finir

Si ce n'était la réalité ce serait drôle comme une B.D. de Pétillon. Pour Libération , Olivier Bertrand a assisté à un procès. En septembre 2010, jour de marché à Sartène, deux hommes masqués viennent tuer un client en terrasse d'un bar. L'homme visé réplique. L'un des agresseurs est tué.

Au tribunal : l'un des deux tireurs présumé François Ettori (le frère du mort) et l'homme qui a répliqué, Pierre Balenci. Et au fond, les deux sont d'accord pour en dire le moins possible. Chez François Ettori, on a bel et bien retrouvé des cagoules. "C'était pour la chasse à la bécasse la nuit, répond il, pour fixer les lampes frontales".

Et Balenci, cette victime qui a fait un mort et qui a le tatouage d'une carpe sur le bras, pourquoi était-il armé à la terrasse d'un café avec son fils ? Son casier judiciaire est bien chargé. Mais il jure qu'il n'avait plus utilisé d'armes de poing depuis 30 ans. Sa femme le décrit comme un bon père s'occupant de ses enfants, aimant cueillir les asperges et faire le ménage. A l'hôpital où il était soigné après l'échange de tirs, on a vu un homme s'approcher de son lit, soulever le maSque à oxygène et lui parler à l'oreille. Puis il s'est éloigné pour passer un coup de fil en changeant la puce de son téléphone.

Au milieu des deux, un témoin, un maraicher du marché de Sartène, touché par une balle perdue le jour de l'attaque. C’est un colosse. Il pose ses deux pognes sur la barre, bien droit sur ses cuisses épaisses et il dit "Moi si je me sens menacé, je ne vais pas sur une place publique avec une arme et avec mon fils".

Un ange passe. Tombé du ciel, sans doute.

Bon week-end.

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