Cannes a 70 ans, il faut lire So film! portraits d'edouard Philippe, drôle, sanguin, littéraire et de droite. fallait oser? mais pour quoi et pour quoi faire?

La revue de presse, bonjour hélène jouan

On commence par l’événement marquant de la semaine…

Ouverture demain du 70ème festival du film à Cannes. 70 ans et 70 histoires proposées par le magazine SO FILM ce matin. Il faut s’y plonger, toutes valent d’être lues, j’y ai passé l’après-midi d’hier ! de la genèse du festival en 39 imaginé comme un manifeste anti fasciste soutenu par le ministre de l’éducation et des beaux- arts du front populaire Jean Zay, annulé pour cause de déclaration de guerre, aux années Cocteau qui le présida plusieurs fois à partir de 53 mais qui l’avait méchamment surnommé le « festival de l’escalier », parce qu’on y faisait que monter et descendre les marches, au scandale de la projection Nuit et Brouillard en 56 qui mobilisa la presse de gauche pour faire plier la RFA qui réclamait la censure du documentaire de Resnais, de la palme d’or pour Viridiana de Bunuel, qui provoqua parait-il tellement la colère de Franco qu’il aurait mitraillé l’écran sur lequel on lui avait projeté le film dans son palais du Prado, au coup de sang de Coppola qui quand on lui annonca que les jurés s’apprêtaient à lui donner la palme d’or ex aequo avec le tambour pour Apocalypse Now rétorqua calmement« qu’ils choisissent, je ne veux pas partager », jusqu’à l’implication de la CGT dans le festival, parce que sans les sacrifices des travailleurs explique Philippe Martinez de la confédération, il n’y aurait ni Palais où voir les films, ni palaces pour les stars, ni films tout court. « So Film, tout le sucre de cannes », c’est à déguster pendant les 10 jours du festival, au moins

L’autre événement de la semaine maintenan : la nomination hier d’Edouard Philippe à Matignon

« Un premier ministre de droite, fallait oser » s’exclame Aujourd’hui en France/le Parisien à sa Une. Edouard Philippe à Matignon, au-delà du sens politique d’une telle nomination, on va y revenir, c’est d’abord un homme encore peu connu des français. Eléments de portrait à foison dans la presse ce matin, du plus sérieux au plus anecdotique

Savez-vous qu’il a déjà trucidé 2 parlementaires de droite ? Ok, c’est pour de « faux », même si on pourrait filer la métaphore sur les visées que poursuit le président en le nommant premier ministre…C’est le journal du dimanche sur son site qui nous rappelle l’œuvre littéraire d’Edouard Philippe, menée avec son copain juppéiste Gilles Boyer ; deux polars, L’heure de vérité et Dans l’ombre, dans lesquels ils dressent un portrait sombre du milieu politique, entre hommes d'influence, double vie, financements occultes et fraudes présumées aux primaires

Savez-vous qu’il est drôle ? Le site du Parisien a remonté son compte twitter pour relever ses saillies. Octobre 2016, le club de foot havrais l’emporte contre l’ac Ajaccio lors d’une rencontre en ligue 2. Le maire du Havre célèbre la victoire du club de la ville mais note : « pour le hastag, ça va pas être possible ». Ca donne effectivement hashtag hacaca…pas que british, l’humour

Qu’il peut être cogneur ? c’est lui qui raconte comment il a failli en venir aux mains avec Nicolas Sarkozy en 2002 lors du congrès fondateur de l’UMP. Episode relaté dans le portrait que Vanessa Schneider lui consacre dans le Monde. « Il est sanguin et moi je n’aime pas qu’on m’engueule ». Mais hier, le nouveau premier ministre a passé un coup de fil au même Nicolas Sarkozy avant l’annonce de sa nomination, par courtoisie dit-il.

C’est un littéraire, relit Alexandre Dumas tous les 10 ans, il aime Springsteen et Bowie, il est fan de Star Wars et Sean Connery, mais imite encore mieux Valéry Giscard d’Estaing, il a préparé l’Ena dans le bureau au sénat de Jean Luc Mélenchon, avec son copain de gauche Jérôme Guedj qui était alors attaché parlementaire du futur insoumis, enfin le site Buzzfeed nous rappelle qu’il est l’un des 5 députés de droite à s’être abstenu lors du vote de la loi sur le mariage pour tous, qu’en revanche il a voté contre la loi sur le renseignement, jugeant qu’elle présentait un « risque grave pour les libertés individuelles ».

L’Humanité rappelle avec gourmandise les chroniques tenues pendant la campagne par Edouard PHIlippe dans Libération, lorsqu’il doutait que Macron soit un nouveau Kennedy doublé d’un Mendès France « le premier avait plus de charisme, le second plus de principes » écrivait-il alors. L’Huma souligne surtout son passé de lobbyiste dans l’entreprise du nucléaire Areva entre 2007 et 2010, ce dont les écologistes s’émeuvent déjà.

Alors quel sens donner à cette nomination Hélène ?

Dans l’Opinion, Ludovic Vigogne s’amuse d’une formule publicitaire : « Edouard Philippe a quelque chose d’une station Total, il ne vient pas à Matignon par hasard » Le journaliste rappelle qu’outre ses affinités personnelles avec le secrétaire général de l’Elysée, le député de seine maritime a anticipé le moment qui venait. Dès mars dernier, il disait « la recomposition arrive, il y aura un mouvement passionnant » Il s’y est donc préparé. L’accident Juppé aux primaires va le libérer de sa fidélité absolue à l’ancien premier ministre. Désormais « prêt à transgresser » raconte isabelle Ficek dans les Echos

Alors un « Homme de droite à Matignon » comme le titre la plupart de vos quotidiens régionaux, L’echo de Haute Vienne plus cash dit « Enarque et réac » sur la photo d’Edouard Philippe, pourquoi et pourquoi faire ?

« Ni cohabitation ni ouverture explique Cécile Cornudet dans les Echos, Emmanuel Macron innove », « mais sans que l’on sache trop qualifier l’attelage pour l’instant reconnait-elle. S’agit il d’une recomposition politique ou d’un brouillage supplémentaire ? ». Certes, le nouveau premier ministre tente déjà de prouver qu’il entend peser sur le cours des choses, sa nomination a été retardée d’une demie journée parce qu’il a voulu se « blinder » et discuter pied à pied de ses conseillers et de ses ministres, mais quel paysage politique sortira des législatives ? se demande-t-elle. Si cette nomination est une « rupture » confirme l’historien Jean Garrigues dans la Croix, elle n’en recèle pas moins « une fragilité » relève Laurent Joffrin dans Libération, ce n’est pas le tout de « couper les 2 bouts de l’omelette » pour reprendre la métaphore culinaire d’Alain Juppé, à savoir rassembler les gens raisonnables au centre en les séparant des deux F, Fn et France insoumise, mettre au tapis un peu plus la gauche et fracturer la droite : «certains risquent de devoir choisir entre un centre qui leur déplait et des extrêmes qu’ils réprouvent. Faut il se résoudre à voir disparaitre toute alternative de gouvernement à un centre qui se veut hégémonique ? » s’interroge Joffrin. Question qui se pose de façon cruciale à la gauche dit il. Guillaume Tabard dans le Figaro enchaine : quant à la droite « elle n’a d’autre choix maintenant que de gagner largement, ou d’exploser ». Voilà à quoi servirait entre autre Edouard Philippe à Matignon

Mais pour quoi faire ? Dans la tribune qu’il livre à l’Opinion, le député européen socialiste Emmanuel Maurel affiche son scepticisme : « il y a quelque chose de jouissif dans ce chamboule tout, qui ne chamboule pas grand-chose à l’exception des hommes et des femmes de pouvoir dont il a contrarié le destin écrit il du nouveau président. A l’exception de rares propositions relatives à la modernisation de la vie politique, les innovations promises sont rares, constate t il surtout. La mesure la plus ébouriffante consisterait à baisser les charges, c’est dire, on fait mieux comme révolution ! Bref, pour l’instant, Macron se contente d’incarner le « changement sans risque » fantasmé par Giscard. Il est le leader d’une marche sans but car ce qui compte c’est le mouvement. Mais le mouvement perpétuel, n’est-ce pas la meilleure garantie de faire du surplace ? ». Un homme de droite à Matignon, il fallait oser ! reste à avancer

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