Il y a des gestes, comme ça, qu'on effectue sans même s'en rendre compte... Comme faire couler l'eau du robinet... Quoi de plus normal, quoi de plus banal... Ca coule de source, si j'ose dire. Oui, pour nous, ici en France... Mais ailleurs... Savez-vous que le monde est menacé d'une pénurie d'eau ? C'est une réalité que nous rappellent plusieurs journaux aujourd'hui, dont "Le Figaro", qui nous rafraîchit la mémoire avec cette donnée : 1 habitant sur 5 est toujours privé d'eau potable... Et chaque jour, 3.900 personnes meurent, parce que l'eau qu'ils boivent n'est pas potable. Voilà à quoi va tenter de s'attaquer aujourd'hui, et jusqu'au 22 mars, le Sommet mondial de l'eau, à Mexico, dont Nathalie Fontrel nous a parlé à 7 heures et quart. "L'accès à l'eau : le grand défi du 21ème siècle", titre "Le Figaro"... "Il était temps !", est-on tenté de dire, à la lumière de ce que nous apprend le président du Conseil mondial de l'eau, le Français Loïc Fauchon. Que nous dit-il ? Eh bien, que 5% de l'aide au développement sont consacrés à l'eau... Alors que 20 à 30% des fonds sont destinés aux télécommunications. "Il faut mettre ces 2 chiffres à niveau, précise Loïc Fauchon : l'eau potable vaut bien le téléphone portable". Oui, de l'eau plutôt qu'Allo... D'ailleurs, il suffit de regarder la carte mondiale publiée par le journal "Le Monde" pour comprendre l'ampleur du problème... du désastre même, pour l'Afrique, dont un bon tiers n'a pas accès à l'eau potable. Et puis, sur une autre carte, celle des réserves d'eau, on s'aperçoit que parmi les pays menacés par une pénurie d'eau, on trouve tous ceux qui abritent le désert du Sahara et la région du Sahel...Certes... Mais aussi le nord de la France et le Benelux, classés parmi les pays où les risques de pénurie sont élevés. Etonnant, tout de même. Cela dit, comme le précise "Le Monde", le problème, c'est moins la ressource que l'absence d'infrastructures d'approvisionnement. On ne prête qu'aux riches. "Appeler au dialogue une fois qu'une loi a été votée en force, et pratiquement sans débat... Voilà qui dénote une certaine propension à se moquer du monde". Ainsi s'exprime Bernard Revel dans "L'Indépendant du Midi"... Qui ajoute : "Quand l'art de gouverner est porté à un tel sommet de tartufferie, il est rare que la confiance soit au rendez-vous". Alors, face au CPE, "la génération précaire lance-t-elle son Mai 06 ?", comme le titre "Les Inrockuptibles", le journal de "djeunes", qui publie en Une la photo d'une manifestante, casquette vissée sur la tête et piercing sur la lèvre... Face à face avec un CRS, elle le regarde avec des yeux qui semble dire : "Tape si t'es un homme !". La photo a été prise lors de la manifestation du 7 mars à Rouen... D'où cette question posée par "Les Inrocks" : "En réalisant au quotidien le vieux fantasme de réunir étudiants et travailleurs, les jeunes de ce joli mois de mars peuvent-ils faire encore plus fort que leurs parents en 68 ?"... Il est vrai que la Sorbonne occupée, c'est un symbole... Une première depuis Mai 68, selon les propres mots du recteur, alors... Alors quoi ?... Ils ont défilé Place du Panthéon, derrière une banderole proclamant : "Il est interdit d'interdire aux étudiants d'étudier"... "C'est donc plutôt un Mai 68 à l'envers", rétorque Francis Brochet dans "Le Progrès". Il est vrai que, contrairement à ce qui s'est passé il y a 38 ans, les jeunes ne demandent plus l'impossible... Ils espèrent un CDI quand on leur propose un CPE... On a les rêves qu'on peut. "Laissez-nous étudier !" : sur ce point, "France Soir" évoque le cas de la fac de Nanterre... Puisque nous sommes dans le symbole, restons-y... Nanterre, mars 68... Sauf que là, c'est à une fracture qu'on assiste, estime "France Soir"... Il y a ceux qui veulent continuer les cours, et ceux qui ne veulent pas... Un blocage qui crée un climat de guerre civile sur le campus, affirme le quotidien. De son côté, "Le Figaro" s'inquiète de voir les casseurs des banlieues se mêler aux manifs... En fait, c'est la grande inquiétude de la police, croit savoir ce journal... Tout comme "France Soir", qui titre : "La manif qui inquiète", et qui évoque à la fois les craintes du gouvernement, des parents et des organisateurs sur de possibles débordements. En attendant, "honte à tous ceux qui n'ont d'autres réponses à apporter à toute une jeunesse que l'obstination, la matraque, les gaz lacrymogènes et la mise en scène complaisante des charges de CRS !", écrit Maurice Ulrich dans "L'Humanité"... "Cette jeunesse est debout... Ils la veulent à genoux", ajoute notre confrère, qui appelle le gouvernement à retirer le CPE, ce texte honni. Ce que "Le Point" traduit par un mot, en couverture : "L'épreuve". L'épreuve pour Dominique de Villepin. D'ailleurs, le Premier ministre peut-il s'en sortir ?... Là, c'est "Le Parisien" qui pose la question... Aux dires de plusieurs ministres, il n'aurait pas d'états d'âme... Il ne veut pas rester dans l'Histoire comme le Premier ministre qui aura reculé, comme l'avait fait Balladur en 94 sur le CIP. Oui, mais si l'on en croit Jacques Marseille, professeur d'histoire économique, auteur d'un livre ébouriffant intitulé "Du bon usage de la guerre civile en France" : "ça va péter !". Solitude des chômeurs de longue durée, angoisse des employés précarisés, fatigue des élites, cris de détresse des mal-logés, angoisse des jeunes de banlieues, et bien sûr CPE... Ca va péter... Comment ?.. Ca, on ne sait pas... Mais, pour Jacques Marseille, une chose est certaine : "l'enjeu, c'est de bousculer la France abritée pour mieux servir la France exposée... Une rupture de combat, pour renverser les nouvelles Bastille". Oui, avec une tête connue, en Une de "La Vie"... Un vrai visage de radio... Celui d'Alain Rey... Aux côtés de son confrère Claude Hagège, il pose, sous ce titre : "Le français va-t-il disparaître ?". "Pas sûr", répondent-ils tous les deux... C'est déjà ça. "Mais de toute façon, le discours sur le déclin prétendu du français m'agace, nous dit Alain Rey... On s'inquiète d'une façon excessive. Tenez, l'informatique et les courriels... On en a dit pis que pendre, mais finalement ils ont relancé l'habitude d'écrire, que le téléphone menaçait. Les médias également, à qui on reproche tant de malmener la langue... Ils ont appris le français à tout le monde... Et puis le langage des banlieues... Voilà une belle aventure linguistique... Changer n'est pas mourir, mais vivre". Tu l'as dit ! Et si l'on parle tant de la francophonie aujourd'hui dans la presse, c'est que s'ouvre le Salon du Livre... Et de fait, attention au nombrilisme !, comme le souligne "Libération" dans un numéro spécial de 70 pages... Avec le témoignage, par exemple, de l'écrivain grec Vassili Alexakis, qui confie "qu'il a une langue pour rire : le français, et une langue pour pleurer : le grec"... Le genre d'affirmation qui recadre... Ou l'écrivain turc Orhan Pamuk, qui se rebelle contre le français, "langue trop parfaite, dit-il... L'impression de suffisance qu'elle dégage procure aux étrangers une sensation d'impuissance". "Libé" nous parle aussi du français qui, bien qu'en perte de vitesse, reste une langue de prestige du Maghreb à la Russie, en passant par le Liban. Une sorte de "schizophonie", surtout au Maghreb, qui balance entre arabisation et bilinguisme. Et pourquoi balance-t-il ?... Eh bien, parce qu'il y a toujours dans le français, pour ces pays-là, quelque chose de "la langue du colon"... Thème abordé, avec beaucoup moins de précautions encore, par Pierre Biziou, éditeur d'Ubu, interviewé par l'hebdomadaire "Politis"... "La francophonie, dit-il, n'a aucun sens littéraire : c'est une notion discutable, aux relens post-coloniaux". Plus prosaïque, Biziou précise également que "pour un Africain par exemple, qui aimerait écrire dans sa langue d'origine, écrit tout de même ses romans en français, simplement parce que son livre se vendra mieux"... Ca aussi, ça recadre. Voilà. Et puisqu'Alain Rey nous dit que les médias nous apprennent la langue à leur façon, j'en profite pour vous signaler qu'un nouvel outil mesure désormais l'audience des journaux... C'est l'Etude de la presse d'information quotidienne, l'EPIQ... Et selon son classement, publié hier et réalisé pour la première fois par la SOFRES, l'EPIQ classe en tête "L'Equipe", loin devant tous les autres... Le sport, c'est sympa, ça marche bien, ça détend... Deuxième : "Le Monde", puis "Le Parisien", "Le Figaro", "Libération", "Les Echos", "L'Humanité", "La Croix", "La Tribune" et, en queue de peloton, "France Soir", dont la justice étudie le cas aujourd'hui. Je ne vous donne pas les chiffres : ce serait un peu indigeste... Mais sachez par exemple que "L'Equipe" attire, avec 2 millions et demi de personnes, 8 fois plus de lecteurs que "France Soir". Et puis, pour la première fois, l'audience des journaux gratuits est mesurée... Avec près de 2 millions de lecteurs, "20 Minutes" arrive en 3ème position, et "Métro" en 4ème... Ce qui est évidemment très inquiétant pour la presse... J'allais dire "normale". Enfin, la presse, quoi... Bonne journée !... A demain !...

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