(Nicolas Demorand : "Et c'est le grand retour du peuple")... "Le plus excellent symbole du peuple, c'est le pavé. On lui marche dessus, jusqu'à ce qu'il vous tombe sur la tête". Cette citation de Victor Hugo est en exergue de l'édito de Patrick Apel-Muller, ce matin, sur le site Internet de L'Humanité. Abstention, vote Front National, Front de Gauche : les catégories populaires ont marqué de leur empreinte le premier tour dimanche. "Régionales : paroles d'abstentionnistes", dans La Charente Libre. On en trouve également dans La Provence, Le Parisien-Aujourd'hui et La Croix, à mi-chemin de l'analyse politique et de la brève de comptoir... Dans La Provence, on est dans une guinguette de Vitrolles. 62% d'abstention dimanche. "Les salariés n'ont plus un euro pour le petit noir du matin", dit le patron. "Mais la crise n'est pas pour tout le monde, quand je vois les banquiers qui affichent des bénéfices extraordinaires". Dans Le Parisien, c'est Daniel, la trentaine, qui s'exprime depuis le bar en face de la gare à Lizy-sur-Ourcq, en Seine-et-Marne. Près des trois-quarts des électeurs n'ont pas voté. "Nicolas nous a dit 'travailler plus pour gagner plus'. Moi, j'ai perdu 4000 € sur mon salaire annuel en moins d'un an". Enfin, dans La Croix, on entend Catherine, agricultrice. "Y en a marre des problèmes agricoles à répétition, de nos revenus qui baissent et des belles paroles". Voilà pour les coups de gueule au débotté. Mais ces coups de gueule, ils éclairent le résultat du premier tour. Dimanche, "la majorité présidentielle a perdu une partie importante de l'électorat populaire qui avait rejoint Sarkozy en 2007", écrit Sophie Huet dans Le Figaro. "L'abstention a frappé à droite". Libération publie deux cartes très intéressantes, parce qu'elles se recoupent : les régions où l'on s'est abstenu et celles où l'on a voté extrême-droite sont quasiment les mêmes. C'est "le cocktail qui dit non", pour Libération. Et le titre de Une du quotidien est quasiment chiraquien : c'est "la fracture française", qui rappelle la fracture sociale de 1995. "A l'UMP, on cherche déjà des responsables", titre Le Parisien. Un élu UMP est sorti assez estomaqué de la réunion d'hier matin à l'Elysée. Le Président venait de tenir un discours positif : "On a frôlé la catastrophe, mais on en est loin". "C'est le pays des Bisounours", dit cet élu. On parlait à l'instant de la fracture sociale de Chirac... Parmi les voix qui commencent à remettre en cause les choix présidentiels, il y a celle d'Alain Juppé. Le Parisien relève cette phrase, lue sur son blog : "Une réflexion s'impose désormais sur le rythme des réformes". (ND : "L'UMP cherche des responsables à la défaite de dimanche. Mais le PS ne doit pas se réjouir trop vite")... Eh non, parce que l'abstention et le vote FN (Le Penix qui renaît de ses cendres) interpellent la gauche aussi. Dimanche, a-t-elle été victorieuse sans le peuple ? Question posée par Médiapart.fr. Pour Stéphane Alliès, le succès de dimanche, c'est aussi celui du PS des barons : homme blanc de plus de 60 ans ou cumulard : Martin Malvy, Jean-Jack Queyranne, Jean-Paul Huchon, Michel Vauzelle... C'est celui du PS populiste à la Georges Frêche ou celui du PS qui veut dépasser le PS, comme Ségolène Royal en Poitou-Charentes. Alors, pour Laurent Joffrin dans Libération, "la clé de la prochaine Présidentielle se trouve dans la reconquête des classes populaires. Et pour la réussir, il faudra trouver, en matière sociale bien sûr (c'est la priorité) mais aussi dans le domaine de la sécurité et de l'immigration, des projets justes et efficaces. Le peuple vient de l'exiger". Encore un mot... Souvent, des scandales éclatent entre les deux tours d'une élection. Pour Médiapart, cette année, le scandale pourrait s'appeler France Télévisions Publicité (c'est le nom de la régie pub de la télé publique). Privatisation en cours. Des négociations exclusives sont engagées avec l'homme d'affaire Stéphane Courbit. On en a déjà parlé ici. Selon Médiapart, cette privatisation est entachée d'irrégularités et de conflits d'intérêts. Parmi les acteurs du dossier : Alain Minc, à la fois conseiller de l'Elysée et de Stéphane Courbit. Le Conseil d'Etat a été saisi. Il doit se prononcer d'ici à demain. C'est Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, qui l'a saisi, en tant que simple contribuable qui paie la redevance. "Comment peut-on accepter, dit-il, que la redevance aille profiter à des intérêts privés ? Je suis très inquiet de voir que le service public de télévision puisse céder à des intérêts privés l'un de ses joyaux et sa source principale de financement". (ND : "Dans la presse également, ce matin, des nouvelles de l'Europe")... D'abord, puisqu'on parle de politique, Libération pressent un fragile réveil des gauches européennes. Pour l'instant, cela relève plus du fantasme : on est très très loin du grand chelem. Mais il y a des signes, comme l'incroyable remontée de Gordon Brown dans les sondages, en Grande-Bretagne. Elections législatives au printemps. Le Labour était donné battu à plate couture l'automne dernier : 13 à 14 points de retard sur les conservateurs. L'écart est désormais de 3 à 6 points, selon les instituts. En Europe également, l'histoire de la cigale et la fourmi, à l'envers. Quand la cigale reproche à la fourmi d'être trop économe et de la jouer trop perso... C'est la Une de la presse économique. A l'origine, une interview de Christine Lagarde au Financial Times... "Je ne suis pas sûre que le modèle allemand soit viable à long terme pour la zone euro". Le modèle allemand, c'est une gestion rigoureuse, un commerce extérieur florissant (beaucoup d'exportations), mais aussi la pression sur les salaires. Les voisins de la zone euro ne peuvent pas suivre. En substance, les déficits de la Grèce, ce serait un peu de la faute de l'Allemagne. "L'Europe critique le cavalier seul de l'Allemagne", titrent Les Echos. "L'Allemagne serait-elle la Chine de l'Europe ?", se demande Dominique Seux dans l'édito. Réponse cinglante d'Angela Merkel à la Une de La Tribune : "La question, c'est plutôt de savoir comment les autres pays peuvent atteindre les mêmes performances que nous". (ND : "Et puis l'Europe, c'est aussi l'Europe du football")... Une des stars du foot européen est à la Une de L'Equipe. On le voit recroquevillé sur une civière. Il a l'air d'avoir très mal. "Beckham, le drame"... "Dimanche soir, le tendon d'Achille du joueur anglais, milieu de terrain du Milan AC, a cédé comme un élastique trop tendu", écrit Jean-Michel Rouet. Il est hors-jeu pour au moins trois ou quatre mois. Il ratera donc la Coupe du Monde. Et à 34 ans, c'est peut-être la fin de sa carrière de haut niveau. Branle-bas de combat en Angleterre. La tragédie Beckham était à la Une de tous les quotidiens hier. "Il mérite toute notre sympathie", écrivait hier la plume du Daily Telegraph, Henry Winter, qui parlait déjà du "Spice Boy" au passé : "Malgré le cirque qui accompagnait son statut de célébrité mondiale, il est toujours resté un homme remarquablement simple, obsédé par sa passion pour le football". Beckham, star du foot et de la mode... Une autre vedette, Ronaldo, avait trouvé la formule pour résumer cela : "Quand vous échangez les maillots entre joueurs après un match, ils puent la sueur. Celui de Beckham sent toujours le parfum"... A propos de parfum... Vous ne trouvez pas que ça commence à sentir le printemps ? En cette période d'élections, le chroniqueur de La Croix Alain Rémond publie un sondage ce matin. La question est la suivante : approuvez-vous l'arrivée, prévue entre les deux tours des Régionales, du phénomène météorologique et saisonnier connu sous le nom de "printemps" ? Résultats du sondage : ne se prononcent pas : 0%. désapprouvent : 0%. * approuvent : 100%. Conclusion d'Alain Rémond : "Avec une approbation aussi massive, qui relève du plébiscite, le printemps a sacrément intérêt à tenir ses promesses"... Bonne journée...

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