Patrick Cohen : Dans la presse ce matin, le Japon du nord au sud... Bruno Duvic : Sous les morceaux de bois et d'ardoise, sous les épaisses couches de boue, les sauveteurs ont entendu un bébé pleurer. Une petite fille force 4 : quatre mois et survivante après quatre jours passés sous les décombres de sa maison. Sa découverte à Ishinomaki, a donné un nouvel élan à la recherche raconte Le Parisien. Nous sommes au nord de la centrale dans la région qui a pris de plein fouet la vague vendredi. "Il y a quelqu'un ? Vous êtes vivant ?" ... Combien de fois les sauveteurs ont-ils prononcé cette phrase ? A Onagawacho, c'est un pilote d'hélicoptère qui a lancé ce cri. A trois reprises, dans la fange, rien ne bougeait. Et puis, raconte Giampaolo Visetti dans Libération et La Repubblica... et puis, des groupes de survivants sont sortis du maquis, ils ont montré du doigt la colline, les yeux fermés, et se sont assis sur les autos renversées en attendant de l'aide. Mais les hélicos ne peuvent pas atterrir à Onagawacho. C'est à une heure de vol de Tokyo, la terre continue de trembler régulièrement, les plages régurgitent des corps, et la centrale de Fukushima, plus au sud, éructent des gaz radioactifs : c’est le piège absolu. Sur cette route du nord-est, Giampaolo Visetti a vu des enfants couverts de vêtements d'adultes et présentant des symptômes de sidération. Il a vu des corps alignés sous une tente recouverts de papier journal. Il a entendu le gouverneur de la province appeler le monde entier à lui envoyer des cercueils. Il a vu des plages noires de pétrole et des réfugiés repoussés par des sans-abris installés depuis plus longtemps, et terrorisés à l'idée d'être contaminés. Même région, même désolation à Minami Sanriku où est allé Régis Arnaud pour Le Figaro. Quelques sons, quelques images perforent le noir... Le crachotement de la radio et les avis de recherche : "Avis à Keiko Suzuki, Masato est vivant"... Ou bien image de ce pêcheur, 79 ans, seule personne vivante dans la zone. Il pédale comme un damné sur son tricycle jaune citron. Patrick Cohen : Deuxième étape : Sendaï... Bruno Duvic : C'est la route de l'exode... Jérôme Fénoglio raconte dans Le Monde... Comment s'enfuir ? Quasiment plus de carburant à Sendaï, pas de train, les files d'attente pour prendre le bus sont de plus en plus longues. La ville est coupée en deux : le centre-ville aux buildings encore debout et le littoral ravagé, enchevêtrement hallucinant de voitures, de camions, de marchandises, d'entrepôts. Des jeunes se frayent un chemin dans cet amas de tôle, à vélo, jerrycans sur le porte-bagage, ils essaient de siphonner les réservoirs des carcasses de véhicules. Le père Raymond Latour vit à Sendaï depuis quinze ans. Il témoigne dans La Croix : "J'entends des hélicoptères tournoyer au-dessus de la ville, repartir, revenir. On se sait pas s'ils apportent de l'aide alimentaire ou s'ils évacuent des blessés à partir de l'hôpital central". A Sendaï, hier, le temps a changé : le froid et la pluie ont fait leur retour. On redoute que les vents soufflent du mauvais air. Fukushima est à 100km. Fukushima, on y est presque... Photo à la Une du Figaro, elle est prise à Nihmomatsu : un poupon tout rose et une sorte de micro d’un gris métallique brandi au-dessus de sa tête par un monsieur en masque et combinaison. On vérifie que le bébé n'a pas été irradié. Autre photo dans cette même ville : trois soldats enfilent des masques à gaz, ils s'apprêtent à intervenir au-dessus de Fukushima. Patrick Cohen : Fukushima., troisième étape sur la route du Japon... Bruno Duvic : Il y a ceux qui larguent de l'eau sur la centrale de Fukushima... et puis, il y a les salariés qui jusqu'à cette nuit, avant d'être évacués, ont essayé d'éviter le pire. Leur mission, explique Le Parisien : pomper un maximum d'eau de mer avec les moyens du bord pour noyer les réacteurs, soit dans les salles de commande dans la centrale, soit au plus près des installations. Ce sont des héros, des kamikazes... Le Figaro raconte qu'hier, dans la salle de contrôle du réacteur N°4, les doses étaient tellement fortes que les ingénieurs ne pouvaient quasiment plus travailler. Remember Tchernobyl… A Tchernobyl, raconte Franck Nouchi dans Le Monde : "Les salariés de la centrale qui se sacrifiaient pour limiter l'ampleur des dégâts, on les appelait "les liquidateurs". Un reporter leur a consacré un livre publié en 2006. Ils ont accompli l'inimaginable écrivait ce journaliste Igor Kostine. "Sur toute la surface de la terre, des petits et des grands peuples leur doivent leur survie. Sans leurs sacrifices, les conséquences de l'accident de la centrale auraient été bien pires". De pauvres hommes confrontés à Frankenstein... Photo page 9 de Libération, dans une ville voisine de Fukushima : une dame tient un simple panneau de carton, au-dessus de sa tête pour se protéger des radiations. Patrick Cohen : Dernière étape sur ce voyage au coeur du Japon : Tokyo... Bruno Duvic : 35 millions d'habitants et une annonce faite hier par la mairie de la ville : "Le niveau de radiation est dix fois supérieur à la normale dans la capitale, mais cela ne présente pas de danger pour la population". Vrai ou faux ? Allez savoir ! Les Tokyoïtes reçoivent tellement d'informations contradictoires... Le premier ministre lui-même ne sait plus à quel saint se vouer... Les Echos racontent : "Un reporter du Kyodonews a laissé traîner ses oreilles, hier, à la porte du bureau de Naoto Kan. La réunion avec les dirigeants de Tepco qui gère la centrale, se passait mal... "Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?" demandait le premier ministre. "La télé annonce une explosion, et une heure plus tard, nous n'avons toujours pas d'information !" Alors panique ou pas à Tokyo ? Difficile de savoir, là aussi... A sa Une, France-Soir montre un travailleur costume-cravate qui va au travail comme si de rien n'était... rien ou presque : il porte tout de même un masque. Mais en page intérieure, on voit un rayon de supermarché quasiment vide. "J'ai l'air stoïque, dit un habitant de la ville dans Libération, mais je n'ai jamais eu aussi peur et j'ai 65 ans". Le Parisien complète : des consignes ont été données aux Tokyoïtes : "Lorsqu’ils sortent, ils doivent porter un masque et avoir des vêtements longs". Une dernière image avant de quitter la route... Retour dans le nord-est, Ishinomaki : une vieille dame est dans une barque qui repose sur la boue, elle est née à Hiroshima. Elle avait 19 ans quand la bombe est tombée, elle en a aujourd'hui 85. Et elle est toujours là. On pourrait parler de miracle, mais cette dame répète une phrase en boucle : "J'aurais du ne jamais naître !"

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