(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : quelques matches essentiels

(Bruno Duvic) Des milliers de personnes connaissent cela. Une tumeur apparait. La peur, le traitement, puis la santé et le moral reviennent. Mais l'incertitude est entrée dans votre vie.

Il y a un an, on apprenait que le footballeur de l'équipe de France Eric Abidal souffrait d'une tumeur au foie.

Après l'opération, le 17 mars 2011, il était revenu sur les terrains à la vitesse de l'éclair, un mois et demi plus tard.

Fin mai, ses coéquipiers de Barcelone le laissaient brandir en premier le trophée de la ligue des champions.

En septembre 2011, il tenait ces propos : aujourd'hui, je vais bien, demain, je ne sais pas.

Un an après l'apparition de la tumeur, Abidal entame "un autre match", comme le titre L'Equipe .

Il va subir dans les prochaines semaines une transplantation du foie. C'était une option évoquée depuis le début de son traitement. Ce type d'opérations fonctionne très bien aujourd'hui selon le docteur Simon, ancien médecin de l'Equipe de France. Abidal peut rejouer.

Mais évidemment, il ne participera pas à l'Euro cet été, et il y a des doutes sur les suites de sa carrière. Vie bouleversée, histoire banale. Il se trouve qu'elle est ce matin la Une du journal.

Dans le match de la présidentielle, un joueur dans la campagne

Pour François Hollande, cette semaine du croisement des courbes aura été plus difficile que les précédentes.

Elle se conclut avec quelques épines supplémentaires. A la Une des Echos , le chiffrage par l'institut Montaigne de son projet fiscal. Il ne dispose pas des ressources nécessaires pour financer ses promesses et réduire les déficits. Il surestime les recettes de 15%.

"J'accuse François Hollande". Le titre est à la Une du Figaro . C'est une interview de François Fillon. "J'accuse François Hollande de ne pas vouloir baisser les dépenses de l'Etat de peur de déplaire"

Voilà un coin enfoncé à droite. A gauche, le coin s'appelle Mélenchon à la Une du Monde . « Mélenchon monte, c'est un défi pour Hollande », il veut « le tirer sur sa gauche ».

La fin de semaine sera « mélenchonienne » avec le meeting à la Bastille dimanche. « La gauche est de retour, le 18 mars, tous à la Bastille ! », titre L'Humanité dimanche .

Mais il n'y a pas que de mauvaises nouvelles pour François Hollande...

Dans Le Monde , le chef du SPD, le parti social démocrate allemand, lui apporte son soutien. Il veut lui aussi une renégociation du pacte budgétaire et un pacte pour la croissance en Europe.

Dans ce moment un peu flottant de la campagne socialiste, à la Une de Libération , ce titre : « La Réplique ».

L'éditorial de Paul Quinio souligne que faire campagne sur le seul anti-sarkozysme serait un calcul risqué.

A l'approche de la campagne officielle, qui limitera le temps de parole relatif des gros candidats par rapport à aujourd'hui, François Hollande appelle au vote utile et le PS dit vouloir miser sur une campagne de porte à porte, comme Obama en 2008.

Entre la France et l'Algérie, depuis des décennies, se joue beaucoup plus qu'un match

Je vous accorde que le terme est léger. Les 50 ans de la signature des accords d'Evian, ce sera dimanche. Mais ces derniers jours, déjà les hebdomadaires en parlent et une pléiade de magazines et hors série sont apparus dans les kiosques.

Géo histoire , d'abord.

En première page, Eric Meyer reprend un dialogue tiré d'un roman de Yasmina Khadra. Il se situe à l'aube de la guerre d'Algérie.

Dialogue entre un colon, Sosa et un jeune homme, Younes.

"Ce pays, dit le colon, nous doit tout. Nous avons tracé des routes. Nous avons fait d'un misérable caillou un jardin d'Eden

  • Il y a très longtemps, monsieur, répond Younes, un homme se tenait à l'endroit où vous êtes. Il n'y avait pas de routes mais les ronces ne le dérangeaient pas. Cet homme était confiant parce qu'il était libre. Cette terre est le bien de ce berger d'autrefois dont le fantôme se tient juste à côté de vous"

Dans Pélerin Magazine , Jacques Duquesne se souvient du climat de tension extrême en France à la veille des accords d'Evian :

"L'immense majorité de la population n'en peut plus de ce conflit qui vire au cauchemar" :

Ces accords sont finalement signés et le 19 mars Hubert Beuve-Méry signe l'édito du Monde :

"Fallait-il vraiment pendant 7 ans sacrifier des centaines de milliers de vie ? (…) Mieux vaut tard que jamais.(…) De tels crimes perpétrés par des Français semblaient inimaginables. (…) Dans le camp adverse nul ne peut garantir quelle sera la cohésion des chefs. (…) Quoi qu'il arrive, d'étroites solidarités ne cesseront pas entre ces deux peuples (…) et ces deux Etats : un vieil Etat dont tant de structures sont ébranlées et un nouvel Etat enfanté dans les larmes et le sang".

Ces quelques lignes, diablement visionnaires, on peut les lire dans le Hors série que publie Le Monde sur la guerre d'Algérie. On y apprend que Beuve-Méry gardait dans des boîtes noires toutes les lettres envoyées au journal tout au long du conflit, et notamment celles qui parlaient de la torture.

Dans Télérama , cette semaine, interview de l'historien Benjamin Stora.

« La guerre d'Algérie est une séquence fondamentale de l'histoire » française. D'abord « cette constitution, qui nous régit aujourd'hui et accorde des pouvoirs extrêmement importants au président est née en temps de guerre (…) La perte de l'Algérie, le joyau de l'empire contraint la France redessiner sa position dans le monde. (…)

La France va tout faire pour oublier sa défaite tandis que l'Algérie est dans une commémoration exacerbée de sa victoire. (…) Face à des blessures narcissiques multiples, il faut opposer pierre à pierre les travaux des historiens. »

Cette blessure algérienne, on en trouve trace dans Valeurs actuelles cette semaine. Pour l'hebdomadaire, ce 19 mars 62, c'est « La grande imposture ». Pieds noirs et monde combattant s'indignent de la commémoration du cessez le feu.

Le thème des mémoires éclatées, vous le trouvez dans tous les journaux, qui essayent de donner la parole à tout le monde, pieds noirs, harkis, anciens appelés, victimes du terrorisme, victime de la torture, ancien combattants algériens.

Dans Témoignage chrétien , l'historien algérien, Daho Djerbal dénonce les historiens français qui affirment que la violence unissait les deux partis. « La nature de cette violence n'est pas la même (…) ou alors il faudrait condamner les résistants français de la seconde guerre mondiale. »

En Algérie aussi, bien sûr, cette guerre est un enjeu de mémoire, mémoire singulièrement lacunaire.

Cette semaine, Courrier international s'est associé avec le journal algérien El Watan . Les jeunes algériens connaissent très mal cet épisode de leur histoire. "J'éprouve du respect pour ces hommes. J'ai honte de le dire, mais ces histoires ne m'intéressent" pas dit l'un.

Depuis il y a eu la terrible décennie 90 marquée par le terrorisme et puis cette jeunesse a regardé les révolutions arabes se dérouler sans elle.

Ahmed gagne 3 fois rien comme gardien de parking. "A mon âge, je dois encore mendier de l'argent à mes parents. Et vous venez me parler d'indépendance…"

A lundi.

PS : Sur cette dernière guerre d'appelés qu'a été l'Algérie, foncez voir sur notre site l'excellent dossier de l'équipe web d'Inter

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