... et le Parisien nous invite à fabriquer des rochers au chocolat avec les enfants; et Libération à regarder sur le web une performance érotique de 1972, et un opéra romantique polonais! La Croix pense aux musulmans néo-zélandais, le Monde aux Maliens éprouvés par le djihad, la pauvreté, et la pénurie de médicaments.

On parle de chocolat ce matin...

De rochers au chocolat, Corn flakes et noisettes torréfiées que fabriquent la main dans la pâte Charles et Augustin les jumeaux de 7 ans de David Wesmael, pâtissier à paris, champion du monde de pâtisserie par équipe, et qui dans le Parisien ce matin donne des conseils pour être heureux quand même au temps du confinement: faites cuisiner vos enfants dit-il car à peser les ingrédient et suivre les recettes, on fait des maths on s'organise on planifie on utilise dans la vraie vie ce qu'on a appris à l'école qui a fermé... il est tentant et émouvant dans cette double page que le Parisien a baptisé "pour garder le moral", où l'on m'invite aussi à un musée d'Orsay virtuel et à quelques séries télé choisies pour la famille...

Vous avez dans le Parisien votre lot de virus et de politique... Mais il me dit autre chose, ce journal qui est allé se promener hier avec des parisiens inguérissables du soleil d'un dimanche en dépit des avertissements, cousins de ces ces bénévoles de Besançon dans l’Est républicain qui sont allés nettoyer des vignobles, pour échapper au virus en plein air, de ces Niçois qui sur la plage ont fait du yoga pour un anniversaire me dit Nice matin, de ces Marseillais que me dit la Provence, qui se sont assis aux tables de plastique d'une boulangerie pour prendre le café après avoir fait la queue agglutinés, "distance de sécurité, 20 cm..." 

Libération juge d'un mot cruel cette France en manque de terrasses, "l'état d'inconscience", mais faut-il juger . Le Parisien définit ainsi un journal dans son éditorial: Nous sommes le compagnon du quotidien.

Le mot est si beau et chacun peut le prendre. Libération aussi qui nous guide dans la nuit du confinement, dont nous sortirons "cultivés comme jamais"  si nous suivons le programme, explorer sur le web les trésors des Fonds régionaux d’art contemporain, et revoir, entre adultes sur le site ubu.com, la performance de l'artiste Vito Acconci, qui en 1972 se masturba au sous-sol d'une galerie new-yorkaise, mais aussi regarder sur Netflix les dessins animés japonais du studio Ghibli ou sur la plateforme Cinetek la série des Vampires de Louis Feuillade, quand à la belle époque le collant noir de Musidora se lovait sur Paris, et puis en ligne sur Opéra vision, découvrir Halka, un opéra romantique de 1846 "dont l’argument a de quoi remplir votre claustration d’allégresse" : «Dans les hauts plateaux polonais, une paysanne sensible a donné son cœur et son corps à un riche propriétaire terrien. Mais maintenant, il prévoit d’épouser quelqu’un d’autre.» 

Les rudes investigateurs de Mediapart veulent eux nourrir nos loisirs enfermés, et l'on peut visionner sur leur site des documentaires qui lestent les consciences...  « En Politica », sur le parti radical espagnol Podemos, une BD interactive sur le chanteur Mano Solo, et puis des films qui devaient s'illustrer au festival annulé vendredi « Cinéma du Réel »...

Chacun à sa manière est compagnon de ceux qui lui font l'honneur de l'entendre.

Et les journaux interpellent leurs lecteurs ce matin...

Car ils savent leur responsabilité au moment du désarroi. L'édito de la Croix est titré "Avec vous »: "Vous pouvez compter sur nous comme nous savons pouvoir compter sur vous", écrit le journal, qui promet aux lecteurs enfermés de les garder au contact de la planète, de leur dire aussi les guérisons qui viennent... Et la Croix trouve le temps de l'empathie avec les musulmans de Nouvelle-Zélande encore sous le choc d'un attentat, comme le Monde prend le temps de me dire une ville au Mali, Menaka, aux frontières du Niger et du Burkina Faso, où populations locales et réfugiés subissent les attaques du Djihad, la pauvreté et l'absence de médicaments, quand nous nous débattons d'un virus...

La Croix et le Monde jouent leur rôle en levant le regard, mais chacun est à sa place dans les journaux de France. L’Equipe, qui me dit le dénuement des footballeurs de Bergame qui étaient si bons, si heureux. Les Echos qui me rappellent les vérités de l’économie, puisque sous le confinement se joue la bataille commerciale des logiciels de télétravail. L’Opinion qui reprend le scoop de Die Welt, et me rappelle l’ignominie de l’administration Trump: elle a fait un pont d’or à une entreprise allemande, Curevac , qui travaille sur un vaccin contre le Covid 19, en exprimant une condition: que ses résultats n’appartiennent qu’à l’Amérique…

Chacun sa place. Dans les journaux régionaux s’égrènent comme après chaque élection ces résultats que l'on regarde à peine si l'on n'est pas du coin, mais qui témoignent aujourd'hui d'un entêtement civique: "A voté (quand même) » titre Paris-Normandie à la plus belle une de ce matin, une femme vêtue d'un pull bleu et d'un foulard coquet, qui tenait un bureau de vote masquée et gantée, se penche pour lire par dessus ses lunettes la carte d'électeur que lui tend un citoyen. 

Au Gué-de-Longroi dans l'Eure et Loir, 220 personnes sont allé voter, m’informe l’Echo Républicain. Cela ne dit rien en dehors de cette commune qui m’est chère, mais ce résultat et tant d'autre ont été compilés dans autant de rédactions au travail en dépit de l'absurde. "Et maintenant ?" titre l'Echo républicain, quand on ignore si l'on votera dimanche prochain. Les DNA dissèquent soigneusement une vague verte et autres résultats alsaciens, et disent discrètement, dans un coin de journal qu'il y a eu 20 décès en trois jour dans le  Haut-Rhin… A quoi bon.

Et on entend une colère dans le Figaro...

Signée Alexis Brezet, le patron du journal, qui ne prend pas tous les jours la plume mais qui veut ce matin exprimer une douleur qui dit sa vérité et le sens d'un journal. "Mais comment avons-nous pu ? Comment avons-nous pu prendre le risque de continuer à faire si longtemps comme si de rien n’était ?

La tenue des municipales, « mascarade démocratique », le fâche, mais il ne s'agit pas d'un texte de politique, le cri d'un homme mur qui martèle tel un père de famille l'unique consigne: « Rester chez soi. Rester chez soi. Rester chez soi. » Et il poursuit au chevet du pays. "La grande épreuve est engagée. Ce qui nous lie, et que nous avons trop souvent oublié, sera notre plus grande force. Nous nous poserons des questions. Des angoisses nous étreindront. Nous n’échapperons ni au chagrin ni à la colère. Jamais pourtant il ne nous faudra oublier la leçon de ce mendiant à qui l’Électre de Jean Giraudoux choisit de donner le dernier mot : « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire (…) ? - Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.