Surprise... Pas très bonne d'ailleurs... Le jour où s'ouvre le Sommet mondial de l'information à Tunis, la presse française est muette. Un petit article dans "Libé"... Un édito dans "L'Indépendant du Midi"... A part ça, pas grand'chose. Du côté des journaux européens, ce n'est pas mieux... A part le quotidien belge "Le Soir", qui proteste contre ce sommet, qu'il qualifie de "sommet de la pression"... Silence. Alors tout le monde s'en fiche ? Ca ne dérange personne qu'on confie un tel sommet à ce pays, où l'on passe à tabac et où l'on moleste des journalistes étrangers jugés trop fouineurs... On peut se poser la question. Seul "Libé" en a fait sa Une, lundi. Eh bien puisque c'est comme ca, si je puis dire, je vais vous parler d'un autre pays du Maghreb... Le Maroc. C'est un reportage du "Figaro", à l'occasion du cinquantenaire de l'Indépendance... Sous le règne de Mohamed 6, dont on nous explique comment il a imposé son style et comment il gouverne. Nomadisme, train de vie fastueux qui fait jaser dans un pays ravagé par la pauvreté et le chômage, M6 n'aime pas la télé... Ni les médias en général...C'est une posture... Une façon d'entretenir le mystère. Thierry Oberlé, bonjour... Vous êtes reporter au "Figaro"... Vous venez de quitter le Maroc pour la Tunisie, où vous êtes arrivé hier soir pour couvrir le sommet de l'information... La dimension du mystère entourant Mohamed 6...C'est vraiment ce qui saute aux yeux dans le portrait que vous dessinez du roi... Pourquoi ce côté invisible du souverain ? A quelles fins ? Vous dites que c'est un roi itinérant : son père l'était aussi, non ? * Et puis attention aux buldozzers du roi ! Merci, Thierry Oberlé... C'est à lire dans "Le Figaro"... Alors que les Marocains, eux, vont lire dans le journal "Le Matin" l'interview que lui accorde Dominique de Villepin, présent aujourd'hui pour le début des festivités du cinquantenaire... Dominique de Villepin qui estime que, depuis 50 ans, le Maroc et la France vivent une relation exemplaire. Restons d'ailleurs avec la presse étrangère, et son traitement des violences dans les banlieues françaises... C'est "France Soir" qui en fait le panorama... Sous le titre : "Les analyses très partisanes de la presse internationale"... Caricature excessive, nous explique Yannick Demoustier... Les médias étrangers analysent souvent les événements en fonction des rapports de leur pays avec la France. Prisme déformant donc... Les télés américaines parlent de "guerre civile"... "La direction me demande de montrer les images où ça brûle", rapporte une journaliste de "Fox News"... Tout ce qui montre la France en flammes est bon à prendre. En Grande-Bretagne, l'occasion est excellente pour fustiger le modèle social français... Et dans cette logique, le principal bénéficiaire, c'est Nicolas Sarkozy, que les journalistes encensent. Pour eux, le ministre français de l'Intérieur est proche du modèle anglo-saxon. En France, en revanche, c'est une autre histoire. D'abord avec le cinéaste Mathieu Kassovitz... C'est lui qui avait fait "La Haine", récit de la dérive de trois amis dans une ville de la banlieue parisienne en ébullition... Le journal "Le Monde" rapporte ce que le cinéaste écrit dans son blog... Et voilà ce que ça donne... Le ministre de l'Intérieur tient des propos qui non seulement démontrent son inexpérience de la politique et des rapports humains, mais qui aussi mettent en lumière l'aspect purement démagogique et égocentrique d'un petit Napoléon en devenir. Et Kassovitz poursuit : comme Bush, il ne défend pas un idéal... Il répond aux peurs qu'il instille lui-même dans la tête des gens. Idée reprise par Sylvie Coma dans "Charly Hebdo"... Sarkozy interdit les débordements tout en les provoquant, estime notre consoeur... Il s'élève contre le racisme tout en le nourrissant... Il dénonce les amalgame tout en les suscitant... Ainsi va son programme pour 2007 : être à la fois le problème et la solution. Enfin, il y a cette phrase écrite dans le courrier des lecteurs de "Télérama"... Il s'appelle Gérard Lenoir, et il dit : "Nous vivons en France une épidémie de 'sarcaille', maladie transmissible très rapidement par information excessive et propos incontrôlés... Discours qui illustre le grand dossier de "Télérama", sur les médias et la banlieue... "Images piégées : plutôt prudentes, les chaînes de télé ont malgré elles favorisé la contagion des actes de violence". Alors cette semaine, Nicolas Sarkozy s'explique dans une grande interview qu'il accorde à "L'Express"... Une contre-attaque du ministre de l'Intérieur. "Pour ne pas provoquer, il faudrait ne rien dire... Non, je ne me suis pas engagé en politique pour ne rien dire", explique Sarkozy. Quant aux raisons de la crise... Parmi les raisons... Il explique : "On a fait du social là où il fallait offrir du travail... On a distribué des subventions là où il fallait donner une formation". Et puis Nicolas Sarkozy confesse que ces 6 derniers mois ont sans doute été les plus durs qu'il ait jamais eu à vivre. Hier, le ministre de l'Intérieur a défendu la prolongation de l'état d'urgence devant les députés... Sans états d'âme, note "Le Parisien"... Ce qui inspire ce titre à "Libération" et à "L'Humanité"... Le même titre : "Trois mois ferme". "L'Huma" continue sa croisade contre le gouvernement, estimant que l'état d'urgence est un pas supplémentaire dans la guerre que mène la droite, non pas à la pauvreté mais aux pauvres... Alors que Patrick Sabatier, dans "Libération", estime que s'il y a un coupable d'angélisme face à la crise des banlieues, c'est justement Nicolas Sarkozy... Il faut en effet faire preuve d'un grand aveuglement pour croire que cet état d'urgence puisse être un remède à l'explosion de rage qui a enflammé les banlieues. Voilà... Mais peut-être l'état d'urgence est-il vraiment partout... Information du "Canard Enchaîné"... Selon l'hebdomadaire, le couvre-feu éditorial vient de frapper les éditions First, qui s'apprêtaient à publier un ouvrage au nom évocateur : "Cécilia Sarkozy, entre le coeur et la raison"... Un livre écrit par le chef des infos du magazine "Gala"... Un ouvrage qui rapporte les confidences de Cécilia sur son histoire avant, pendant et après Nicolas qui, selon "Le Canard", a convoqué le patron des éditions First la semaine dernière pour le menacer de foudres judiciaires et variées. Il n'y aura donc pas de livre... Jusqu'à nouvel ordre... On verra après l'état d'urgence. On va parler d'un sujet qui devrait intéresser Alain Rey... C'est dans "La Croix", cahier central... Comment et pourquoi les jeunes bousculent la langue française. Mots mutilés, écriture phonétique, vocabulaire appauvri... Le français, entre guillemets, des adolescents... Inquiète les adultes. "Ouah ! Mortel ! Une teuf chez ouat... C'est chan-mé bien !" Ca veut dire, dans un français version Alain Rey : "Tu fais une fête chez toi... C'est super !". Toute la question est de savoir si ces nouveaux modes d'expression constituent une menace pour la langue française... Que répondez-vous, Alain Rey ?... C'est ce que "La Croix" appelle "la culture de l'oralité". Attention tout de même : les difficultés d'expression sont les premiers signes de l'échec scolaire, qui renforce les inégalités sociales... Ce que le sociologue Alain Bentollila appelle "l'insécurité linguistique"... Processus d'exclusion qui débouche quelquefois sur l'acte violent... Mais pas seulement... La langue des cités par exemple, qui est la langue des maux... M-A-U-X... Apporte au français des nouveautés... Vivante et créative, elle utilise de nombreuses images, et se renouvelle en permanence... D'ailleurs, certains mots de la banlieue sont entrés dans les dictionnaires de langue française... A moins qu'un couvre-mots ne vienne stopper le processus... Une sorte d'état d'urgence, qui instaurerait une fracture linguistique. Bonne journée ! A demain !

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