Patrick Cohen : A la Une ce matin : la politique, mais pas seulement... Bruno Duvic : Ce matin, c'est un déluge de Une consacrées aux centristes. On y reviendra, mais sortons quelques instants de la politique et de la presse papier pour aller sur Internet. Sur "owni.fr" en particulier, c'est l'un des sites d'information qui monte. Il s'est associé avec Wikileaks pour sortir les carnets de guerre américains en Irak. Et Owni a soumis ces carnets à de jeunes journalistes, les étudiants de Sciences-Po. Ils se sont penchés sur l'un des aspects de cette guerre : la stratégie mise en place ces derniers mois et qui consiste à conquérir les cœurs et les consciences. C'est la stratégie initiée par le général Petraeus. En se rapprochant de la population et des autorités locales, en menant un dialogue avec les habitants du pays, on contribue davantage à sa reconstruction qu'en larguant des bombes. Concrètement, en quoi consiste cette stratégie ? Les étudiants de Sciences-Po en ont cherché les traces dans les rapports rédigés par les soldats et les officiers américains. Un exemple concret : vous êtes un groupe de soldats américains dans une ville irakienne et vous devez pénétrer dans un bâtiment vide qui cache peut-être des insurgés. La rue vous est hostile. Pourtant, il faut la traverser. Comment faire ? Si vous avez un groupe d'enfants autour de vous, vous êtes sûrs de ne pas être attaqués. Alors, pour attirer les enfants, on leur distribue des jouets. "Toy story en Irak", Anaïs Llobet raconte cet aspect de la contre insurrection. Des petites voitures, des légos, des poupées... (attention aux poupées : une Barbie nue peut exciter le zèle de certains barbus). Mais globalement, ça marche. Donner des jouets reste un moyen efficace d'influencer la population selon le rapport d'une brigade. Lors de la perquisition dans le bâtiment vide, les soldats ont arrêté deux rebelles équipés du parfait attirail du poseur de bombes. Cette guerre psychologique, elle se joue aussi dans les mots employés, dans l'attention aux conversations dans les mosquées, dans la distribution de tracts. Elle est très loin de tout résoudre à elle seule évidemment. Elle a une part d'intoxication à l'American way of life. Bref, des limites. D'ailleurs, quand vous offrez une petite voiture à un enfant irakien, il l'accepte mais il préfère un fusil en plastique pour faire comme papa. C'est donc à lire sur le site owni.fr (owni, avec un "w"). Au passage, il sera question de ce site dans l'émission de l'ami Guillaume Erner, tout à l'heure, à 10h moins le quart sur France Inter. Patrick Cohen : Mais ce matin, dans la presse traditionnelle, c'est bien la politique qui est au centre de toutes les préoccupations... Bruno Duvic : Au centre, c'est le cas de le dire ! Ouest-France, Libération, Métro, Le Figaro, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, L'Indépendant Catalan... on en passe... autant de journaux qui consacrent leur Une aux centristes. Morin, Villepin, Borloo, Bayrou, Raffarin : voilà cinq visages que vous retrouverez un peu partout. On en parle largement ce matin sur France Inter. Je ne rentre pas dans les détails, juste cet extrait de l'édito de Laurent Joffrin ce matin dans Libération : "Beaucoup, à droite, estiment que l'expression "centriste mou" est un pléonasme. Or, voici que les mots se durcissent : "jusqu'où peuvent-ils aller ? La course au centre est engagée, mais si la compétition entre les chevaliers du centre est trop dure, ils s'annuleront et de nouveau se ramolliront". Dans le déluge de papiers encore autour du remaniement, on retiendra l'analyse d'Eric Leboucher sur "slate.fr". Il relève une divergence fondamentale entre François Fillon et Nicolas Sarkozy : "Pour le premier ministre, la France est en faillite, mais le président de la République est un étatiste dépensier. Qui va prendre la main ?" Mediapart, de son côté, souligne que le remaniement chahute le calendrier du PS. Faut-il avancer la date des Primaires ? Et puis, parmi les éditos, avant l'intervention de Nicolas Sarkozy à la télévision ce soir, celui de Rémi Gaudeau dans L'Est-Républicain selon qui le président de la République est désormais contraint. Plus que jamais, il devra trouver les mots justes pour ne pas paraître sur la défensive. A lui, futur candidat si impopulaire, de démontrer qu'il a fait le nécessaire et le maximum malgré la crise. Dans cette séquence qui suit immédiatement le remaniement, c'est un peu la pagaille dans la politique française. Plus grave, c'est aussi la pagaille dans la zone euro. "Zone euro : la foire d'empoigne" titre La Tribune ce matin. Le sujet est également en premières pages des Echos. Au coeur de la foire : l'Irlande, plus que jamais sous la surveillance des marchés. Ce soir, à Bruxelles, les ministres de la zone Euro vont sommer Dublin d'accepter l'aide financière de l'Europe. Pour l'instant, l'Irlande est réticente à accomplir ce geste toujours humiliant pour un pays souverain. Mais la pression est grande. Face aux dettes irlandaises, les taux d'intérêts remontent et menacent d'autres pays fragiles comme le Portugal, l'Espagne et même l'Italie. L'Italie où le berlusconisme a de plus en plus des airs de décadence. "Berlusconi en odeur de saletés" titre Libération. Le président du conseil italien est rattrapé par ses excès en tout genre. Quatre de ses ministres ont démissionné hier. Et puis, et puis, retour à La Tribune au carrefour de la politique et de l'économie. L'Allemande Angela Merkel montre à nouveau son visage de "mère tape dur". Hier, lors d'un discours au congrès de son parti, elle a fait un triomphe en fustigeant les maillons faibles de l'Europe. Patrick Cohen : Quelques repères tout de même dans la presse au milieu de cette pagaille... Bruno Duvic : Dans Le Figaro, le patron du British Museum prend le temps de raconter le monde pour lui redonner sens et perspective. Cette année, cet homme qui s'appelle Neil McGregor, a animé une émission de télévision sur la BBC un quart d'heure tous les jours. Il racontait le monde à travers des objets choisis dans les immenses collections du British Museum. C'est devenu un () livre. Et il donne quelques exemples dans Le Figaro : ce tambour de l'ethnie Akan, ethnie d'Afrique de l'Ouest. Il a été acquis en Virginie au 18ème siècle. C'est l'un des très rares objets que les 12 millions d'esclaves ont pu emmener lors de leur déportation en Amérique. C'est un symbole de l'oppression moderne, mais aussi un ancêtre du jazz. Douleurs, racines et espoirs. Sur le bateau, il accompagnait les danseurs et évitait les suicides. Dans les plantations, il appelait à la rébellion. Dans cette très belle page du Figaro, en un coup d'œil, on passe d'un hachoir du paléolithique à une lampe solaire chinoise. Besoin de repères ? La Croix publie dans un livre, une sélection d'articles parus dans le quotidien entre 1958 et 2008. On en trouve quelques extraits dans l'édition du jour. Extrait aussi du texte de Bruno Frappat en conclusion de cet ouvrage, on y trouve ces quelques lignes : "Un siècle de frousse serait devant nous ? Allons donc ! N'ayons pas peur du futur, il se construit aujourd'hui même. Il a besoin d'intelligence, de coeur, de culture, d'amour et d'allant. Il aura, il a besoin de La Croix. C'est formidable tout ce qui reste à écrire !". Alors, à demain ! () « A History of the world in 100 objects » de Neil McGregor. Uniquement en anglais. Penguin Books – 656 pages – 30 euros

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