8H30 l’heure de la revue de presse, bonjour hélène jouan

Des visages ce matin dans la presse

Des visages et des vies arrêtées

« Elle aimait le rock, le swing, et par-dessus tout, son métier de prof et ses élèves » « C’était la seule prof qu’on appelait par son prénom. Elle, elle n’aimait pas tutoyer ses élèves, mais les vouvoyait, j’aimais bien quand elle faisait ça » raconte Emma, une de ses élèves l’an dernier. Madeleine, 30, tuée au bataclan

Aujourd’hui en France/le Parisien, retrace une à une ces vies fauchées: photo de Vincent à la basse, « avec Vincent nous avions une vie magnifique, idéale » pleure aujourd’hui sa compagne, Pierre et Stéphane, les restaurateurs du Livio, à Neuilly, « ce n’était pas un resto de clients mais d’amis » racontent les habitués, Asta, « un soutien, un repère, une grande sœur » dit d’elle son cousin le footballeur Lassana Diara, Djamila 41 ans, un enfant, un sourire éclatant. Djamila tuée rue de Charonne. Nohemi, californienne de 23 ans, Guillaume, « incroyablement gentil, drôle, passionné de musique » qui avait mis sa plume au service des Inrrockuptibles et de Rolling Stones, Nicolas 37 mort en protégeant ses amis au Bataclan, Patricia qui avait fui la dictature chilienne et sa fille Elsa assassinées ensemble au Bataclan…seul le petit garçon d’Elsa a survécu…

« Allongés face contre terre, au milieu de la salle du bataclan raconte l’écrivain Nicolas Stanzick dans Paris Match, nous avons continué de faire les morts. Valérie, ma femme m’a dit, on va y passer, je lui ai répondu, tais toi, on va survivre , ne te lève surtout pas. Nous nous tenions la main, nous pensions à joseph notre enfant »

Des récits de rescapés, des bribes de vie et des portraits qu’on aimerait décliner 129 fois…Libération met à sa Une cette « génération Bataclan », cette « jeunesse qui trinque » … qui trinque…

« L’heure n’est pas encore au bilan de l’année écoulée écrit Didier Péron dans Libé, et déjà s’impose l’évidence d’une séquence historique entre l’attentat contre Charlie Hebdo et les attaques de vendredi. 2 générations ont été visées : l’assaut des frères Kouachi entendait faire taire la vieille garde de l’esprit gauchiste libertaire et son insolence laicarde. Vendredi, on a le sentiment qu’une génération naît et meurt la même année. Un gamin peut ainsi s’être fondu dans l’immense cohorte du 11 jnavier et s’être fait tuer 10 mois plus tard » écrit il. « Génération sonnée, mais aussi sommée par l’événement » analyse le professeur de philosophie Frédéric Worms quelques pages plus loin, « l’enjeu pour elle ce sera de résister à l’événement..une incroyable génération marquée par la guerre, l’injustice, l’inégalité, mais aussi les cafés, les créations, le renouvellement, un bouillonnement. Pourvu dit Frédéric Worms, qu’ils, et elles, et nous, ne tombent pas dans l’obsession »

Une génération face à l’Histoire, face à elle -même aussi. A la Une du Times de Londres, « l’homme le plus recherché du monde : Salah Abdel-slam, le 8ème homme des attentats de vendredi, né le 15 septembre 1989

Comment riposter ? après la choc et la sidération, c’est évidemment la question que tout le monde se pose ce matin

Et sur laquelle déjà, beaucoup s’opposent. Le 13 novembre n’est pas le 11 janvier, moment unique de communion nationale, relève la plupart de vos journaux pour caractériser le climat politique…

« Nicolas Sarkozy est il briseur d’unité nationale ? s’interroge Guillaume Tabard dans son édito du Figaro. Mais tout a changé depuis les attentats de janvier insiste t il. Même le discours de François Hollande. En janvier, il s’était d’abord posé en rassembleur d’une nation meurtrie, cette fois il s’est d’emblée posé en chef de guerre d’un pays attaqué. » Alors, oui, Hollande doit désormais faire face à la « suspicion nationale » insiste le Point dans son édition spéciale.

Fracture politique, qu’on retrouve dans la presse ce matin. Il y a ceux qui réclament plus et pointent les échecs de la France, « triple échec accuse Nicolas Beytout dans l’Opinion, celui de nos services de renseignements, celui du gouvernement qui n’a pas su se montrer assez déterminé sur la question des imams prêcheurs de haine, celui de François Hollande, dont la politique au proche orient se révèle être une succession d’impasses, la riposte sécuritaire et militaire doit maintenant être réévaluée » conclut il.

« La république comme arme commune » martèle à l’inverse l’Humanité. « preuve est désormais faite que ce n’est pas l’empilement de lois sécuritaires qui fait la sécurité d’une nation. Ce n’est pas en rajoutant la guerre à la guerre, ni en écornant l’Etat de droit, écrit Patrick Le hyaric, que l’incendie s’éteindra »

Faire plus, mais jusqu’où ? Marc Trévidic, ex juge anti terroriste éclaire l’alternative qui nous est proposée, « l’état d’urgence déjà décrété est une réponse forte dit il. Mais en allant au-delà, prévient-il, en construisant des centres de rétention à l’instar de ce qu’ont fait les états unis avec Guantanamo, le gouvernement risque de sortir des principes républicains. » Quant à la proposition d’enfermer tous ceux qui font l’objet d’une fiche S, « attention à la sur réaction dit il, nous n’avons pas une échelle de Richter du radicalisme, nous risquerions de précipiter un mouvement de bascule où des musulmans modérés sous prétexte d’avoir le sentiment d’être persécutés emprunteraient la voie d’une radicalisation certaine »

Alors, la France est elle en guerre ? pour reprendre la terminologie du président, et celle de pas mal d’éditions spéciales de vos magazines ce matin, « paris en guerre » dit en photos Paris match, « Notre guerre » titre le Point à sa Une. La prof d’histoire-géo Laurence de Cock, qui s’apprête à retrouver ces élèves dans quelques instants réclame elle, dans Médiapart, le droit de leur parler de « paix, parce que la paix dit elle, tapisse plus joliment les murs d’une école que la guerre.

Alors que faire, Hélène, en attendant les réponses politiques et stratégiques que François Hollande donnera dans quelques heures devant le Congrès ?

Vivre « Ensemble » insiste Guillaume Goubert à la Une de la Croix. « On n’a pas besoin d’ordre, on a besoin de sens » insiste Bernard Eynaud président de la ligue des droits de l’homme dans l’Humanité, « Maintenir les grands idéaux de la Révolution française, affirme Elizabeth Roudinesco. La déstabilisation de notre pays voulue par Daech passe par le fascisme ».

Vivre ensemble, « cette fois relève Libération, les morts de vendredi rassemblent toutes les âmes. Pour les musulmans de France, la gêne post charlie n’est plus de mise, Sur le bitume et les réseaux sociaux, personne ne bronche pour dire c’est mérité ». Mais dans la cité de la Paillade à Montpellier, un éducateur s’inquiète déjà « dans notre entourage, il faut à nouveau se justifier alors que nous n’avons rien à voir avec toute cette horreur. Comment les plus jeunes vont-ils pouvoir cheminer dans leur vie avec ce poids supplémentaire ? »…

Alors que faire ? joindre ses mains pour n’en faire qu’une, comme le font dans le Parisien, le rabbin de Ris Orangis, le recteur de la mosquée d’Evry et l’évêque d’Evry». « Ne laissons pas les terroristes nous rendre ennemis de nous- mêmes » insiste Abdennour Bidar dans Libération, « ils nous ont pris comme cible pour ce que nous représentons dans le monde, cette société éprise de paix, de liberté, de justice, qui incarne la force de la vie et de l’amour contre lesquelles le néant ne peut rien, alors ne laissons pas retomber dans le vide et la solitude de tous ces élans humanistes et citoyens ». « Paris est une fête » comme disait Hemingway, elle le restera affirme jean Marcel Bouguereau de la république des pyrénées. « C’est ce mode de vie qu’il faut perpétuer, insiste Vincent Duluc dans l’Equipe, en continuant à s’installer en terrasse, à aimer la musique, à jouer au foot, à aller au stade ensemble ».

Pour faire vivre, toujours, Madeleine, Thierry,Fabrice, Hooda, Halima…les 129 victimes, « Parce que ces vies-là, sont les nôtres » nous rappelle Mathieu croissandeau, dans le numéro spécial de L’obs ce matin

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