L'enquête formidable du New York Times sur Facebook en crise et en manipulations. Le récit surréaliste du Monde sur la séquestration en Arabie Saoudite du premier ministre libanais. L'Equipe monte au front contre les fichiers du PSG. Society raconte la France périphérique, gorgée aux sandwiches gras de O'Tacos.

On parle d'un journaliste marseillais dans Libération

Il s'appelle Benoit Gilles et médite. «Tu donnes l’alarme, tu penses faire œuvre utile et, à la fin, il y a des gens qui meurent. A quoi ça sert ce qu’on fait ? Pourquoi on écrit ?» Car Benoit Gilles avait annoncé il y a deux ans la catastrophe qui a endeuillé Marseille, il avait décrit ce 63 rue d'Aubagne qui s'est effondré le 5 novembre avec son voisin, cet immeuble insalubre, "l’air à peine respirable, l’odeur des murs moisis"... On peut lire ses articles sur le site de MarsActu, son "petit journal" en autogestion qui avait tout dit, et cela n'a rien empêché. Et Libération qui raconte Marseille ce matin a choisi de clore son dossier par ce confrère de 46 ans qui dessine aussi quand les mots lui manquent, une maman qui vit volets fermés avec son bébé dans les bras, dans un  rez-de-chaussée qui donne sur une cour intérieure où grouillent les rats, Benoit Gilles qui ressasse "le déshonneur d'avoir crié sans être entendu"...

Et c'est une leçon pour cette revue de presse aussi, le journaliste est là pour connaitre la merde dit Bruno Gilles. Aux Etats-Unis, le New York Times publie une enquête formidable sur Facebook, plongé dans la crise des ingérences russes pendant la campagne présidentielle... « Delay, Deny and Deflect », Gagner du temps, nier, égarer les soupçons, et l'on y voit les dirigeants, Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg, d'une entreprise, Facebook, parangon de progressisme, qui avait envisagé de supprimer le compte du candidat Trump pour ses propos xénophobes, se raidir sous la menace et embaucher une société de relations publiques, Definers, proche du Parti républicain, qui suggèrera que les attaques contre Facebook seraient antisémites, ou bien financées par le milliardaire Georges Soros,  la cible des populistes.  Facebook se défend, vous lirez la polémique et un résumé de l'enquête sur le site du Monde...

Le Monde qui publie, dans son magazine, déjà sur le web, le récit hallucinant de la séquestration en Arabie saoudite du Premier ministre libanais Saad Hariri, début novembre 2017... Comme une répétition, de l'affaire Khashoggi, mais au dénouement plus heureux, puisque Hariri, s'en est sorti... Le prince Mohamed ben Salmane,  en violentant Hariri et le forçant à démissionner, poursuivait une idée surréelle: provoquer, au Liban, une guerre civile entre sunnites et chiites, pour que le Hezbollah cesse de se mêler de la guerre au Yemen... Ainsi exhalent nos apprentis sorciers.

L'Equipe confirme les fichages ethniques du Paris Saint-Germain...

Et Mediapart n'est donc plus seul, qui poursuit ses enquêtes sur le football, et commence une série sur Monsieur Rybolovlev, milliardaire russe et propriétaire de l'As Monaco, un homme qui fut jadis accusé du meurtre de son associé, un homme qui ne mange jamais un yaourt qu'il n'aurait lui-même ouvert, un homme qui racheta jadis pour 95 millions de dollars une villa en Floride que son propriétaire un  dénommé Donald Trump, avait payé 41... Rybolovlev, dans Mediapart qui ne lâche pas le football... 

Mais on l'a dit, l'Equipe est monté à son tour au front du PSG, dont les recruteurs devaient cocher des cases sur un formulaire sur les jeunes joueurs franciliens qui les intéressait... BC, blanc BK, black,  BR, beur, M, métis ou AS asiatique... Et ce fichage existait peut-être depuis 2002... Bien avant donc cet autre  fichage, celui-là destiné  à la province, que Mediapart avait dénoncé, où l'on triait les joueurs entre Français, Africains noirs, Antillais et arabes. Et se révèle donc un système. L'Equipe veut être juste aussi, et donne la parole à des entraineurs et des éducateurs de clubs banlieusard, qui défendent le PSG et ses émissaires: "Je n'ai jamais ressenti (chez eux) la moindre connotation ethnique ou raciste", dit Abdelaziz Kadout, manager du FC Montfermeil. "Entre nous éducateurs , quand on parle d'un jeune, on dit parfois, t'as vu le petit reubeu ou le renoi de telle ou telle équipe, ce n'est pas toléré par la loi mais c'est le discours habituel."  Sommes-nous journalistes trop tatillons, ou le peuple du football est-il, sans même le savoir, aliéné...

Et on parle du peuple dans la presse... 

Cette part du peuple qui demain veut bloquer les routes est à la une de Marianne,  "ce peuple qui pue le diesel", et que mépriseraient les media -assertion rapide tant les journaux débordent de gilets jaunes et de compréhensions de la colère. La oix du Nord le proclame à sa Une, le gazole a augmenté de 25% en huit ans... Sud Ouest est comme en écho, le fuel domestique a pris 30 % en un an, et kles gens vont moins se chauffer; caricature dans Sud-Ouest: "Le carburant, n'ont -ils que cela à la bouche", dit un homme dans une chaise à porteurs, est-ce le président Macron?

Un autre journal, Society, parle du peuple de France: ce peuple affamé  de O'Tacos, cette chaine de junk food aux sandwiches épais et gras qui sont le bonheur de cette France que l'on dit périphérique, car comme le dit Camille, "dans la vie mes trois trucs préférés, c'est Snapchat, Netflix et O'tacos", et comme le dit Ludovic, "mon voisin fume plein de joints, et quand il a une fringale, il n'y a qu'un tacos qui le remplis, tous les bédaveurs kiffent o tacos",  et comme le dit Lucas, "on se prend un tacos et après une bouteille de whiskie chez Auchan,  le tacos ça plâtre et tu encaisses mieux l'alcool", et vous avez alors dans Society, texte et photos de ces enseignes qui se logent au pied de vielles maisons ouvrières, à travers une marque que les élus draguent pour animer leurs centre-villes, le portrait d'une merde douce qui est aussi notre pays...

Le peuple pourtant se bat, mais l'aide t on. 

A Marseille où l'on revient, je lis dans la Marseillaise que l'association Emmaus de Saint-Marcel, qui chaque année en juin organise un nettoyage citoyen de l'Huvaune, s'est retrouvée avec des déchets toxiques, "presque 100 kilos d'amiante", et personne ne veut aider Emmaus à s'en débarrasser, cinq mois plus tard. Ainsi se prolonge l'abandon.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.