C'est un message sous pseudo, intitulé "pov' choupette"... Il a été posté à 1h07 cette nuit. "'Quand on s'appelle Sarkozy, les choses sont plus difficiles', dit Jean : vaut mieux entendre ça que d'être sourd. C'est sûr que si le pov' mignon s'appelait Mohamed Benasseur, fils d'éboueur né dans le 93, les choses seraient plus faciles pour lui...". Des mails sur ce modèle très violent, il y en a des dizaines, et on ne les trouve pas sur un forum satirique ou une page d'extrême-gauche, mais sur lefigaro.fr. Le site de Marianne avait déjà repéré le phénomène en milieu de semaine. Ce matin, Jean-Marcel Bouguereau en fait son miel lui aussi dans La République des Pyrénées, sous le titre : "Trop de Sarkozy risque de tuer Sarkozy". "Ca grince à droite" : confirmation dans Le Parisien-Aujourd'hui. Sondage de l'institut CSA : 51% des sympathisants de droite sont en désaccord avec la probable élection de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD. Ca grince à droite, et c'est même "la mutinerie", selon Libération. Florilège de petites phrases d'élus en désaccord avec l'Elysée sur les réformes ou les polémiques en cours : - Gérard Longuet sur la taxe carbone : "Une histoire de Shadock". - Jean-Luc Warsmann qui remet en cause le bouclier fiscal : "La dette est une cause nationale". - Et puis une secrétaire d'Etat : Rama Yade, qui redoute "un coupure entre l'élite et les petits avec l'affaire Jean Sakozy". Les parlementaires UMP sont sur les nerfs, confirme Antoine Guiral dans Libé, car cette fois le coeur même de l'électorat de droite est touché. Au siège du parti, d'innombrables mails et lettres de protestation arrivent chaque jour. Même chose à l'Elysée. Sur le terrain, un élu a même raconté avoir été agressé verbalement par ses électeurs. "L'ambiance à l'Elysée est irrespirable, dit un responsable de la majorité. Le chef est d'une humeur de chien. Les gens rasent les murs". Ca grince, ça grogne et ça grippe... Un dernier signe, en cette fin de semaine : la Une de l'hebdomadaire Valeurs Actuelles, qui s'adresse à la branche plutôt conservatrice de l'électorat. "La droite perd ses repères" : ça, c'est la Une. Et en pages intérieures, voici ce qu'écrit Eric Bronca : "Nicolas Sarkozy avait, croyait-on, largement cadré le débat en se faisant le champion d'un retour à l'ordre tous azimuts : répudiation de l'héritage culturel de 68 et 'travailler plus pour gagner plus'. Toute la droite, ou presque, s'y était reconnue. Qu'en reste-t-il deux ans plus tard ?". Et Nicolas Sarkozy essaie de rassurer cette droite déboussolée, ce matin dans Le Figaro... Longue interview du chef de l'Etat... Pas moins de six journalistes du quotidien face à lui, autour de la table basse dans son bureau. On vous a largement parlé de cette interview ce matin sur France Inter : je ne reviens pas sur les détails. Message principal : les réformes continueront. Nicolas Sarkozy récuse l'idée d'une crise avec l'opinion : "Il ne faut pas confondre le climat du milieu médiatique avec la réalité de la société française". Et il estime qu'au même moment de leur Présidence, c'est-à-dire à mi-mandat, ses prédécesseurs étaient dans une situation bien plus délicate. Alors aujourd'hui, le système médiatique fonctionne de telle manière qu'on a les commentaires pratiquement en même temps que les faits. Sur le site marianne2.fr, Philippe Cohen juge cette interview "glaciale" : "On a presque l'impression qu'elle a été réalisée par mail, malgré le nombre impressionnant de journalistes. Il s'agissait d'honorer la fraction la plus conservatrice de son électorat. Mais, pour s'adresser à ces gens, encore fallait-il avoir quelque chose d'un peu consistant et réellement ressenti à dire". Dans Sud-Ouest, Bruno Dive relève "qu'entre cette interview et la visite à Gandrange hier, le Président de la République renoue avec les bonnes vieilles recettes : créer l'événement pour ne pas le subir". On accuse parfois la presse d'anti-sarkozysme primaire. Dans Le Figaro, Etienne Mougeotte n'encourt vraiment pas ce reproche. Pour lui, "les polémiques publiques de ces derniers jours, c'est l'écume des jours". Et il est quasiment porte-parole de l'Elysée quand il écrit que "si certains ou certaines ministres se sentent mal à l'aise au gouvernement, la porte est grande ouverte". Rama Yade le prendra peut-être pour elle après ses propos dissonants dans l'affaire Jean. Dans un écho du Parisien, un poids-lourd du gouvernement s'exprime : "Ca fait deux ans qu'elle nous emmerde. Cette fois, elle pourrait recevoir un carton rouge". Information pour Rama Yade : il y a une manifestation pour les droits des femmes demain à la Bastille. Et les femmes justement, Bruno, la presse leur fait une large place ce matin... Caroline a 29 ans. Elle se décrit comme sexy-punchy. Elle représente la nouvelle génération du féminisme : celle qui se bat sans pour autant jeter les hommes et les soutien-gorge à la cheminée. "Pour me faire entendre et ne pas passer pour la miss féminine hystérique, dit Caroline dans Libération, j'ai mis au point une stratégie : je donne des chiffres, j'essaie de ne pas mettre mes tripes sur la table". Les trentenaires se battent au jour le jour. Et pour les aînées, "les femmes sont les parias de la retraite". C'est la Une de L'Humanité. En moyenne, elles perçoivent des pensions inférieures de 40% à celles des hommes. Avant même la manifestation de demain, mobilisation sur le sujet aujourd'hui, à l'appel de cinq syndicats. Alors comment briser le plafond de verre qui fait des femmes des êtres inférieurs en termes de salaire, de carrière, de retraite, et même dans les têtes ? L'hebdomadaire Challenges prend la question par le haut cette semaine : faut-il des quotas dans les conseils d'administration, autrement dit les centres nerveux du capitalisme et un peu de la société ? Aujourd'hui, officiellement, seulement 10% des postes d'administrateur sont occupés par des femmes dans les plus grandes entreprises. Et l'évolution se fait au compte-gouttes. A ce rythme, il faudra des décennies pour équilibrer les choses. Concrètement, qu'est-ce qui bloque ? D'abord, il n'y a pas assez de femmes cadres : c'est l'étape indispensable avant le conseil d'administration. Les critères d'évaluation dans les entreprises avantagent les hommes : autorité, leadership, ambition... Parfois, les femmes n'osent pas : c'est une administratrice du groupe Accor qui le dit. "Il faut se faire valoir, rencontrer les autres, dire ce qu'on veut pour sa carrière". Et puis les chasseurs de tête sont parfois timides. timides ou cruels, comme cette chasseuse de tête, interrogée par Challenges : "Pour être administrateur, les qualités les plus recherchées, c'est l'expérience de direction générale, l'intégrité, l'indépendance, la capacité de travailler en équipe, l'ouverture internationale. Peu de femmes réunissent toutes ces conditions". Le chemin vers la parité est bien long. Retour à la politique, pour conclure. Le Point publie cette semaine les bonnes feuilles du livre que publie Nathalie Kosciusko-Morizet. Ca s'appelle "Tu viens ?". Méditation sur le monde qui vient, selon Le Point. Et sur le féminisme, elle a cette phrase terrible : "J'ai vérifié combien il était difficile de me reconnaître dans une figure féminine : non seulement les héroïnes féminines sont en petit nombre, mais leur vie semble inexorablement vouée au malheur ou à la folie". Et l'exemple qu'elle cite, c'est celui du personnage mythologique Antigone. L'air du temps n'est pas encore à la parité. A part ça, quelles sont les tendances, Bruno ? Réponse dans un supplément de Courrier international cette semaine : le Cahier de Tendances. Au fil de ses lectures de la presse internationale ces 6 derniers mois, l'équipe de Courrier a repéré des nouveautés, des petites histoires comme autant de signes de l'époque dans le monde. Je vous en cite quelques-unes : - la radio, pour écouter et aider les femmes divorcées en Egypte où être une femme divorcée n'a rien de facile ; - le succès de la chirurgie esthétique en Chine : on se fait débrider les yeux, pour un look plus occidental ; - la maison sur l'eau aux Pays-Bas, en cette époque de changement climatique ; - et puis le mail qui s'autodétruit. C'est encore compliqué à mettre en place mais, à l'heure où le Net a des côtés Big Brother, cela pourrait bien rencontrer le succès dans les mois à venir. Et puis, comme hier, nous allons terminer sur un dessin de Sempé : l'air du temps croqué par le papa du Petit Nicolas. On en redemande à l'infini. Le dessin du jour est dans Paris-Match. Grand dîner dans le milieu de l'édition à Paris. Une dizaine de personnes autour de la table, sous un grand lustre. Il y a ces personnages délicieux de Sempé : un monsieur en costume prince-de-galles, crâne dégarni sur le dessus mais cheveux longs derrière, fume une cigarette. Une petite dame en robe décolletée tient sa fourchette du bout des doigts et picore ce qu'il y a dans son assiette. Un serveur impassible fait circuler le bordeaux. Par la fenêtre, on voit les immeubles haussmaniens et la tour Eiffel. On parle d'un des succès de la rentrée littéraire, et qui ressemble au livre de Valéry Giscard d'Estaing. Et la dame qui préside la tablée prend la parole : "Chez l'éditeur, ils sont très contents du titre : 'La Duchesse et le Président'. Ils aiment aussi beaucoup que l'on ne comprenne que dans les dernières pages qu'il s'agit d'un camembert"... Bon week-end...

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