(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : des problèmes de jointure

(Bruno Duvic) C'est un déluge d'éditoriaux et d'articles après la sortie de Vincent Peillon sur la dépénalisation du cannabis. Il y a 3 aspects.

D'abord le côté politique. Quand un ministre remet en cause la ligne fixée par le président de la République lui-même… Il y a à peu près unanimité pour dire que le solo de Vincent Peillon fait mauvais genre. D'autant que ce n'est pas le premier venant d'un ministre et de celui de l'Education en particulier

Le Figaro s'en donne à cœur joie. L'éditorial rappelle les désaccords dans la majorité sur l'objectif de 3% de déficit, sur la filière nucléaire, sur la compétitivité, les désaccords entre Christiane Taubira et Manuel Valls. Titre de l'édito : "L'auberge espagnole".

Au moins, s'amuse Xavier Panon dans La Montagne , le ministre offre à Jean-Marc Ayrault l'occasion de faire acte d'autorité. « A quoi joue Peillon ? » se demande Le Parisien-Aujourd’hui en France qui rappelle que c'est la quatrième fois en six mois qu'il se fait recadrer.

Sur le Huffington post , Guy Birnbaum ajoute : « Sa sortie revient à dérouler un impeccable tapis rouge double épaisseur à l'opposition. »

Le Figaro exhume une citation de François Hollande en 2009. "Peillon est un serpent, avec lui c'est tout pour sa gueule".

Pour Guillaume Tabard dans Les Echos , « le poison politique du cannabis lui collera comme le sparadrap du capitaine Haddock. »

Voilà pour l'aspect politique... 2éme aspect : la dangerosité du cannabis

Ce que n'a pas remis en cause le ministre.

Dangereux le cannabis ? Oui, là encore à peu près unanimité. La liste des dommages, quand on en consomme régulièrement est dans Le Parisien : trouble de la mémoire, de la vigilance, des réflexes, chute de la capacité d'apprentissage. Les risques de devenir schizophrène sont multipliés par 10 chez les sujets ayant consommé du cannabis dès leur adolescence.

Dans Libération , un sociologue sans nier les dangers, relativise : « Plus de 4 millions d'usagers et le nombre de problèmes sanitaires liés au cannabis est extrêmement limité par rapport aux consommateurs d'autres produits, licites ou pas. »

Alors comment réduire la consommation et la vente ? C'est le 3ème débat, « aussi vieux que le shit », s'amuse Didier Louis dans Le Courrier Picard .

Dépénaliser ou pas ? Là encore, vous trouverez les différents arguments dans Le Parisien.

Constat général : la politique appliquée aujourd'hui en France ne marche pas. C'est à la fois l'un des pays les plus sévères d'Europe et celui où les adolescents détiennent le record de consommation de cannabis. Peut-on s'inspirer d'exemples européens ? C'est compliqué. Pas de corrélation simple entre le degré de sanction et le niveau de consommation.

Dans ce contexte, un autre édito est à la fois décalé et au cœur de l'actualité

C'est celui de Jean-Marc Vittori dans Les Echos . C'est titré « La drogue, la banlieue et l'imam ». Il s'appuie sur 2 études universitaires.

La première concerne la drogue, on ne parle plus de cannabis, mais de crack.

Deux économistes aux Etats Unis analysent les conséquences sociales de l'essor du trafic de crack dans les années 80.

C'est un moment où le niveau d'éducation des noirs américains se rapprochait de celui des blancs, il a cessé de se rapprocher à ce moment là.

« Le marché du crack visait des hommes, jeunes, appartenant à des milieux défavorisés, où les noirs sont très largement majoritaires.

Pourquoi aller à l'école quand il est facile de trouver un job sans le moindre diplôme ?

Pourquoi investir dans l'avenir quand la prison ou une balle dans la peau est l'avenir le plus vraisemblable ? »

Les deux économistes font du crack une explication essentielle du déclin du niveau d'éducation des hommes noirs aux Etats-Unis entre 86 et 96.

Deuxième étude, elle explique que l'Islam, historiquement, s'est implanté plus facilement dans des sociétés inégalitaires, comme une réponse à ces inégalités.

Conclusion de Jean-Marc Vittori : « Le trafic de drogue déstructure de nombreuses banlieues, le lycéen attendant son bus voit son voisin de l'école primaire passer en BMW. Le dealer remplace l'instituteur comme figure de la promotion sociale.

Quand l'espoir économique disparait, l'espoir religieux prend le relais. Et plus que d'autres religions, l'Islam est depuis ses origines une réponse à l'insécurité et la montée des inégalités. Il est temps d'ouvrir les yeux. »

Les inégalités se creusent : illustration à la Une du Monde

Encore une étude, encore un double effet.

« Comment la crise provoque de nouvelles fractures sociales ». L'écart se creuse entre les grandes villes et les territoires où le chômage se fait dévastateur.

C'est le livre d'un économiste et urbaniste, Laurent Davezies, « La crise qui vient ». Il est question de la désindustrialisation, mais pas forcément de son versant massif et spectaculaire comme dans l'Est.

Le déclin productif a gagné des zones jusqu'ici plutôt épargnées qui s'appuyaient sur des industries locales solides aujourd'hui en perdition.

Sur la carte, une diagonale qui va du Nord Pas de Calais à Midi Pyrénées et se prolonge dans le Languedoc-Roussillon. Il contourne la région parisienne mais passe par la Picardie, le Centre, le Limousin... Chômage dans la ville de Gien, dans le Loiret, depuis 2007 : +54%

Montargis, Vierzon, Issoudun, Cahors, voilà d'autres villes mentionnées sur le carte.

Ces territoires où le chômage a dramatiquement augmenté vivent sous perfusion d'emplois publics. C'est là qu'arrive le deuxième effet, celui de la rigueur budgétaire : baisse continue des effectifs de fonctionnaires. Ces territoires sont menacés par une double crise de l'emploi.

Thiers, capitale de la coutellerie dans le Puy de Dôme, un peu moins de 12.000 habitants, a perdu 4.500 habitants en 30 ans. Depuis 2007, le mouvement s'accélère : 800 emplois supprimés.

A côté de cela, des métropoles largement protégées, dynamiques, marchandes et productives.

Conclusion en forme de question éminemment politique : « Faut-il freiner cette tendance au nom de l'égalité ? Faut-il l'encourager au nom de la croissance ? »

Une prière pour finir ?

Oui « Priez pour eux ! » C'est le titre du Parisien avant le match de l'équipe de France de football en Espagne ce soir. Peuvent-ils gagner ? Bof, ou alors « Sur un malentendu… », comme titre L'Equipe .

L'histoire d'Eric Abidal à la Une de France football . Le match de ce soir aurait dû être le sien, lui qui est à la fois défenseur de Barcelone et de l'équipe de France. Mais Abidal est engagé dans un autre combat : retrouver le haut niveau après une greffe du foie, il y a 7 mois.

Face à la maladie, le mental d'un athlète de haut niveau est un sérieux atout. « Mental énorme » en ce qui concerne Abidal confirme son chirurgien. Il a repris l'entrainement physique depuis le mois d'août.

« Peut-on dire qu'il est qu'il est guéri demande France foot au médecin ?

-Il est dans une situation des plus favorables, mais on doit être prudent avec tout patient qui a subi une transplantation.

-Pourra-t-il retrouver le haut niveau sportif ?

-Personne ne connait la réponse à cette question. Pour nous le plus important est qu'il soit vivant. »

« Abidal, une foi de plus », titre France Foot . Avant d’affronter l’Espagne, les Bleus en ont bien besoin…

A demain

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