(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le voile et le doudou

(Bruno Duvic) Une bataille judiciaire de haut vol et très rare se profile dans l'affaire de la crèche Baby-Loup : le procureur général de Paris contre la cour de cassation.

Baby Loup, crèche privée fréquenté par des familles de toutes origines à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines, avait renvoyé sa directrice adjointe parce qu'elle portait le voile. En mars dernier la cour de Cassation lui avait donné tort - le principe de laïcité n'est pas applicable dans une entreprise privée. L'affaire revient demain devant la cour d'appel.

C’est rarissime : le procureur général de Paris, François Falletti, qui défend l'intérêt public, demandera aux magistrats de ne pas suivre la cour de cassation.

Le Figaro s'est procuré les conclusions du procureur. C'est un plaidoyer pour la laïcité appliqué à cette crèche en quatre points.

  • Non, l'interdiction du voile sur les lieux de travail n'est pas une atteinte au noyau dur de la liberté de religion.

  • D'ailleurs les théologiens de l'Islam sont divisés sur la question de savoir si le port du voile est une prescription religieuse ou une pratique individuelle.

  • Le métier d'éducateur en crèche comporte des tâches d'influence, on attend de lui qu'il éveille et développe la personnalité de l'enfant.

  • D'autant que le public pris en charge dans cette crèche appartient à des familles très fragiles, ce qui les rend encore plus réceptif au modèle que donnent les personnels.

L'audience solennelle a lieu demain en présence du premier président de la cour d'appel, du procureur général de Paris et de quatre magistrats du siège.

Avant de replonger dans l'actualité sociale, une pause à très haute altitude

Il y a des SMS beaucoup plus sobres que d'autres. Jeudi dernier, le Suisse Ueli Steck a envoyé celui-ci, qui tient en quatre mots : « sommet, seul, face sud ».

Laconique… Pourtant, il venait d'accomplir un exploit que beaucoup d'alpinistes pensaient impossible : l'ascension de l'Annapurna par la face sud.

L'alpiniste français Pierre Béghin y avait laissé la vie en 1992. Jean-Christophe Lafaille, autre Français disparu en montagne l'accompagnait dans cette ascension à l'époque : « je n'ai jamais vu une paroi aussi raide et technique dans l'Himalaya » avait-il dit.

Ueli Steck a fait l'aller-retour en un peu plus de 24 heures, 28. Il a eu l'immense privilège de découvrir une terre vierge. François Carrel raconte dans Libération . Pas d'assistance, pas d'oxygène. Un vent chargé de poudreuse dans la première partie de l'ascension. Un bivouac à 7.000 mètres. Puis la neige épaisse qui facilite la tâche, là où les deux Français avaient du se battre contre la roche.

Les derniers pas, "bats-toi, bats-toi" se répétait-il en boucle. L'Annapurna culmine à 8.091 mètres. Jeudi, juché dessus, il y avait un homme : au sommet, seul, face sud.

Après le silence de l'Annapurna, des sirènes d'alarme en Bretagne

Dans la Bretagne modérée, le climat tourne vinaigre. A midi aujourd'hui, beaucoup d'entreprises feront retentir l'alerte anti incendie. Halte au feu ! « L'économie bretonne est dans la tourmente » titre Ouest-France ce matin... PSA, Alcatel, Doux, Gad et d'autres... Les plans de restructurations tombent comme une sale averse.

"Dans le Finistère il n'y a plus rien à faire" titre Libération . « On a le sentiment d'avoir été fumé comme du saumon » dit un élu de Poullaouen, où l'usine de transformation de poissons Marine Harvest va fermer.

Voici donc « L'exécutif rattrapé par la crise bretonne » titre Les Echo s. Réunion à Matignon aujourd'hui. Le gouvernement entend le constat répété sur le terrain : « impuissance de l'Etat ». Constat d'autant plus cruel, que François Hollande doit beaucoup à la Bretagne. Vote à plus de 56% pour lui l'année dernière. Et une Pléiade de bretons autour de lui - de son conseiller Bernard Poignant à Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense et longtemps président de la région, en passant par les ministres de l'Agriculture ou de la Fonction publique.

Le cas le plus délicat, c'est l'agro-alimentaire. Agriculture et agro-alimentaire, c'est près d'un tiers des emplois dans la région rappelle l'éditorial de Ouest-France . Le reclassement de ces salariés, âgés, peu formés, sera très difficile. « En milieu rural les emplois de remplacement relèvent du rêve » écrit encore Pierre Cavret dans cet édito.

Voici « La Bretagne sur la route de la révolte » (Libération ). Car, à tout cela s'ajoute le poids de l'écotaxe pour les camions qui entrera en vigueur le premier janvier. Dans l'agro-alimentaire, tout se fait en camion.

Une bibliothèque à vendre

Celle de Dominique de Villepin. L'ancien Premier ministre s'est déjà séparé de sa bibliothèque impériale, tous les ouvrages sur Napoléon. Maintenant la bibliothèque politique. L'Express a feuilleté le catalogue. 400 lots en vente à Drouot, fin novembre. Des manuscrits de Mussolini et Trostski, des photos de Che Guevara, une lettre de Charles Quint. « La condition humaine » dédicacée par Malraux à Céline, une plaidoirie de Camille Desmoulins sur laquelle on devine encore des traces de larmes du révolutionnaire. L'un des clous de la vente sera l'homme révolté de Camus dédicacé à Sartre et Beauvoir. « Au Castor, à Sartre, leur ami, Albert Camus ». Dernier signe d'amitié avant la rupture entre les deux écrivains.

Enfin, dansla revue Feuilleton , un morceau de bravoure.

Je ne sais pas si Dominique de Villepin possède ce texte de 1966, paru dans la revue américaine Esquire , inédit en Français, élu meilleur reportage du XXème siècle par Vanity Fair . C’est un portrait de Frank Sinatra. Pourtant l’auteur du portrait ne l’a jamais rencontré, il l’a observé de loin et a parlé à ses proches. L’auteur c’est Gay Talese, l’un des pionniers de ce qu’on a appelé le nouveau journalisme, qui mêlait les techniques du reportage et du roman. Tout est dans le climat

L’histoire commence dans un bar de Beverly Hills. Dans un mois Frank Sinatra a 50 ans. « Un verre de Bourbon dans une main, une cigarette dans l’autre, il est debout entre deux blondes, jolies mais plus franchement jeunes. Il n’a pratiquement pas ouvert la bouche de la soirée ». Quand une des blondes tire une cigarette de son paquet, Sinatra lui tend son briquet en or. Elle examine « ses doigts raidis par l’arthrose, ses vêtements impeccables » - costume gris sombre, chaussures anglaises. Sur la tête, un postiche noir. Et un peu plus bas, ses yeux bleus qui peuvent en une seconde passer de la colère glaçante à l’affection brûlante.

Au milieu des années 60, le fils de ritals devenu parrain de l’industrie du spectacle personnifie le mâle américain émancipé. A 50 ans, tout est encore possible. Mais ce soir-là, Sinatra est renfrogné, Sinatra a un rhume, Sinatra renifle. Et c’est une bonne partie de l’industrie du spectacle qui a la goute au nez.

Je vous laisse découvrir la suite. « Sinatra a un rhume », de Gay Talese, traduction de Michel Cordillot, c’est donc à lire dans la revue Feuilleton , dans toutes les bonnes librairies.

A demain !

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