(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : l'horloge tourne

(Bruno Duvic) Nicolas Sarkozy sera-t-il ou non rattrapé par les affaires dans le défi qu'il s'est lancé de revenir en politique. Affaire Bygmalion, nouveaux éléments ce matin. Au-delà de l'aspect judiciaire, une question revient au fil des révélations dans la presse ces derniers mois : comment est-il possible qu'une campagne présidentielle ait pu couter 40 millions d'Euros comme le soupçonnent les enquêteurs au lieu des 22 millions, le plafond des dépenses de campagne ?

La journaliste de Libération qui a lancé l'affaire Violette Lazard publie mercredi prochain un livre, « Big magouilles » qui apporte des éléments de réponse. Des extraits sont dans Libération et Le Nouvel Observateur . Ils racontent une campagne menée par l'UMP avec un « amateurisme désarçonnant », écrit-elle et « un dédain affiché pour les questions financières ».

Il y a d'abord les symboles, ce meeting à Nice le 20 avril où, en coulisses, les invités VIP ont pu profiter d'un repas haut de gamme. Champagne Ruinart, et brouillades d'œufs et spaghettis à la truffe. La truffe, son parfum entêtant et capiteux. "Ça sentait dans tous les couloirs, se souvient un membre de l'équipe de campagne. Je me suis même demandé si l'odeur n'allait pas jusque dans la salle (où étaient les militants) et quelle image ça allait donner de nous."

Cela dit, un repas à la truffe n'explique pas les millions de dépassements soupçonnés. Ce qui contribue à l'expliquer en revanche, c'est l'obsession de l'image. La campagne de Nicolas Sarkozy avait été conçue selon l'auteur de « Big Magouilles » comme un immense studio télévision itinérant. Images et son impeccables, prises de vues nickel et impressionnantes. Les postes images sons et lumière représentaient entre 50 et 60% de la facture de chaque meeting du jamais vu. Super régie haute définition digne d'une vraie télé, grue télescopique au-dessus de la foule. Et du monde pour manipuler tout cela : quarante-deux personnes au grand meeting de la Concorde, un régisseur général, deux adjoints et même un adjoint d'adjoint. Etait-ce assez ? Non, selon Violette Lazard, un régisseur de plus était présent au cas où l'un des autres tomberait malade.

La future loi pour l'activité en France en débat dans la presse...

Ce que Le Monde appelle en manchette la feuille de route libérale d'Emmanuel Macron. Règles plus souples pour le travail le dimanche et en soirée, levée des contraintes dans le secteur des autocars, règles simplifiées pour l'installation des officines et d'une série de professions juridiques.

Voilà qui réjouit le quotidien Libéral L'Opinion , « ouverture et liberté, on ne va pas s'en plaindre », écrit Nicolas Beytout. « Petit à petit l'idée d'une libéralisation du pays fait son chemin ». Mais Beytout trouve que ça ne va pas assez loin. Beaucoup trop loin en revanche pour L'Humanité . « Projet 100% réactionnaire », titre le quotidien à sa Une.

Commentaires aussi dans les quotidiens régionaux, moins marqués politiquement que les deux précédents. Pierre Cavret dans Ouest France : « Desserrer l'étau des contraintes ne peut être que salvateur ». Philippe Waucampt, Le Républicain lorrain , « simple affichage pour l'instant, opération de communication à usage de l'Europe ».

Et puis on relèvera les mots tranchants d'Eric Dupin sur slate.fr : « L'élite rose qui nous gouverne sous-estime gravement l'exaspération de l'électorat de gauche. Ils ne se rendent pas compte à quel point la politique menée, contradictoire avec leurs engagements électoraux génère une colère lourde de conséquence. »

Le tout sous le regard de l'Europe. L'horloge tourne. Entre Paris et Bruxelles, en ce moment, « c'est rouge incandescent », reconnait le ministre Thierry Mandon dans un écho du Nouvel Observateur .

Et nos partenaires européens, comment s'en sortent-ils ? Une Angela Merkel qui fait peur à la Une du Nouvel Observateur. « Achtung ! L'Allemagne doit lâcher du lest ». L'Allemagne, tiens tiens, où il y a parfois des grèves. Grève des trains nous apprend Le Figaro . Les cheminots réclament des augmentations de salaires. En Grande Bretagne, ça va plutôt bien, « le chômage est au plus bas depuis 2008 », titre Les Echos . L'Italie, comme la France, va devoir convaincre Bruxelles du bien-fondé de son budget. Matteo Renzi a fait le choix de baisses d'impôts : moins 18 milliards a calculé Le Figaro .

Dans l'actualité économique également, un nouveau patron pour EDF. Jean-Bernard Levy. Il remplace Henri Proglio qui souhaitait poursuivre sa tâche à la tête de l'électricien. « Proglio coupure de réseaux » titre Libération qui raconte comment le futur ex PDG a su, pourtant, entretenir ses réseaux tout au long de sa carrière. A la Générale des Eaux, devenue Veolia dont il fut le patron, on a vu défiler une kyrielle de fils, filles ou femme de : Pauline Borloo, Laetitia Estrosi, Arthur de Villepin, Julien Bartolone, Monique Lang. L'hebdomadaire Marianne , rappelle Libé a avait recensé 7 frères et sœurs de Rachida Dati salariés d'Henri Proglio.

Quoi d'autre dans la presse ?

La presse ou ce qu'il en reste... Quasiment pas de quotidiens nationaux en kiosque. Grève du syndicat du livre contre ce qu'il considère comme des attaques du patronat de la presse contre les imprimeries et la distribution. Restent les versions électroniques des journaux dont certaines sont gratuites

La retraite à 37 ans de William Gallas, ancien joueur de l'équipe de France de football. Il aura terminé sa carrière en Australie à Perth. C'est à lire dans L'Equipe .

A la rubrique foot également l'inauguration du nouveau stade Vélodrome à Marseille. Une prouesse technique nous dit La Provence .

Le soutien de Témoignage Chrétien au pape François en plein synode sur la famille. L'hebdomadaire invite à signer un appel sur son site Internet

A la Une de la presse régionale, - Corse Matin fâché contre le magazine Capital. Le mensuel classe les Corses parmi « Les privilégiés de la République » pour les avantages fiscaux dont ils bénéficient dans le dossier du mois. Dossier qui crée la polémique, titre Corse Matin au regard du niveau de pauvreté en Corse.

  • Midi Libre sur les dents avant une réunion publique à Béziers ce soir. Eric Zemmour est l'invité de Robert Menard. « Duo de provocateurs », titre le journal.

  • Et les 70 ans des quotidiens nés après la Libération . C'est aujourd'hui le tour du Courrier Picard .

Et puis la proposition d'Apple et Facebook à leurs salariés femmes. Information des américains d'NBC News non confirmée par les deux entreprises de la Sillicon Valley. Proposition faite aux femmes de l'entreprise d'inclure dans la couverture médicale la congélation des ovocytes, qui permet de reporter la grossesse à une date ultérieure. Mesure présentée comme progressiste, elle serait un moyen de faire progresser l'égalité des sexes dans le monde du travail. Réactions très vives dans la presse et sur les sites Internet. Huffington Post : « Congèle tes ovocytes, tu seras promue », Slate.fr : « Hey la Silicon valley laissez nos utérus tranquilles ! », L'Humanité : « Le féminisme au congélateur ».

Commentaire de Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées . « Ce qui est présenté comme une liberté n'est qu'une nouvelle façon particulièrement cynique d'exploiter la force de travail des jeunes femmes dans la période de leur vie, 20-40 ans où elles conçoivent des enfants. Si elles choisissent la congélation, elles pourront se consacrer à 100% à leur job. A l'inverse, celles qui choisissent la maternité se verront-elles reprocher un choix néfaste à leur carrière ? Est-ce à l'entreprise de s'immiscer dans des décisions aussi privées ? » Conclusion de Slate.fr : « Se dévouer corps et âme à ce point à son entreprise, ça n'a rien d'une bonne nouvelle. »

A demain !

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