Patrick COHEN : A la Une, ce matin, un nom : Betancourt (avec un "A")... Bruno DUVIC : Ingrid Betancourt... "Même le silence a une fin"... Le récit de ses six années de captivité est publié mardi prochain. Pour Le Nouvel Observateur, Jérôme Garcin a lu ce livre avant sa sortie mondiale... "700 pages méticuleuses, où les moindres détails sont livrés, dans un style économe, direct, physique, et constamment juste", écrit l'homme du "Masque et la Plume" (sur France Inter) et du Nouvel Obs. Les détails, ce sont les abus sexuels, racontés dès le premier chapitre, ou encore ce vieux journal, laissé intentionnellement par un guerillero et où elle apprend la mort de son père. Et c'est aussi une description précise des lieux dans lesquels elle était détenue, et de la végétation. Dans ces camps, qui ressemblent à des cloaques, où elle souffre à vouloir en crever, une part secrète d'Ingrid Betancourt continue de célébrer la beauté de l'immense forêt... la floraison des orchidées dans une fête de couleurs qui ne duraient que quelques jours. Toujours dans Le Nouvel Observateur, l'ancienne otage a accordé une interview à Odile Benyahia-Kouider... "Ce livre, dit-elle, je voulais qu'il soit un scaphandrier dans la jungle, que les lecteurs plongent dans ses couleurs, sa température, ses horreurs. Pendant ma séquestration, écrire me soulageait : c'était un dialogue intérieur". Ses geôliers lui confisquaient ses écrits. Elle a continué. Mais elle brûlait les textes au fur et à mesure. L'écriture ou la vie... Dans le compte rendu qu'il fait du livre, Jérôme Garcin rappelle que les six derniers mois furent ceux de l'abdication. Si elle n'avait pas été libérée à cet instant-là, elle serait morte-vivante. Ce qui l'a aidée à briser ses chaînes avant la libération, ce sont aussi les livres : la Bible (dans laquelle elle a découvert des passages secrets), "Crime et Châtiment", ou encore un dictionnaire encyclopédique. Un jour, des otages d'un camp voisin ont prêté au groupe d'Ingrid Betancourt des livres qu'ils avaient portés sur leur dos. "C'était un véritable trésor", écrit l'ancienne otage. "Même le silence a une fin"... Mais grâce aux livres, la voix ténue et têtue de la vie résonnait au fond de la jungle... Patrick COHEN : 8hxx... Suite de la revue de presse... A la rubrique politique : grosse fatigue... Bruno DUVIC : "Fatigue politique" : c'est le titre de l'édito de La Croix, ce matin. Tapioca contre Alcazar : il y avait un côté "Tintin et les Picaros" dans l'ambiance à l'Assemblée Nationale hier. Et ça ne fait pas beaucoup rire les commentateurs, qui traiteraient bien les politiques de "moules à gaufre", s'ils avaient une barbe et un verre de whisky dans le nez. "Le spectacle qui nous a été offert hier atteste de l'état de déliquescence de notre République", écrit Jacques Guyon dans La Charente Libre. "C'était Grand Magic Circus", ajoute Bruno Théveny dans Le Journal de la Haute-Marne. Et si les éditos renvoient globalement dos à dos droite et gauche, comme Dupond et Dupont, le sapajou en chef, Nicolas Sarkozy, est jugé le premier responsable... "Quelle est donc cette gouvernance, poursuit Jacques Guyon, qui ne semble avoir de cesse que de cliver ?". Mais "cette technique du clivage, pour Philippe Waucampt dans L'Est Républicain, est en train de profiter aux socialistes". Il y a des positions encore plus tranchées... D'un côté, L'Humanité, pour qui "la loi du bâillon règne à l'Assemblée". De l'autre, Yves Thréard, dans Le Figaro, que "la comédie anti-sarkozyste" fatigue. "En tout cas, constate Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, cette loi sur les retraites, que le Président disait emblématique de son quinquennat, a été votée sur un champ de ruines". Et puis il y a la polémique avec Bruxelles sur les Roms... Elle est à la Une du Financial Times aujourd'hui : "La France violemment critiquée". "Pauvre France ! A l'étranger, ton image se dégrade", renchérit Courrier International. Encore un titre particulièrement réussi : celui de Libération... "Europe : Sarkozy menacé d'expulsion". Sommet européen aujourd'hui à Bruxelles... "Le Président français va-t-il jouer l'apaisement ou la crise ? La seconde hypothèse semblait hier soir la plus probable", écrit Jean Quatremer dans Libération. "Mais la plupart des pays européens mènent la même politique à l'égard des Roms, en évitant la rhétorique un tantinet xénophobe employée à Paris. Paris, somme toute, ne serait coupable que d'avoir dit tout haut ce que les autres font tout bas. Cela pourrait lui valoir un soutien modéré de ses pairs face à la Commission", conclut Jean Quatremer. Patrick COHEN : Deux ans après la chute de Lehman Brothers, où en est la réforme de la finance ? Dossier ouvert hier. Le débat continue aujourd'hui dans la presse... Bruno DUVIC : Résumé des épisodes précédents... Ce qui se dégageait des journaux hier : la réforme de la finance est incomplète ; elle laisse des Etats endettés face aux marchés toujours puissants ; elle a provoqué une flambée du chômage ; mais malgré tout, cette réforme avance. Il y a un peu plus d'agressivité aujourd'hui... C'est d'abord un appel des économistes, atterrés. Ils étaient quatre. Ils sont désormais 400 à avoir signé ce texte. L'un des initiateurs, Henri Sterdyniak, témoigne dans Libération... "Le rôle des marchés n'a pas été remis en cause. Le modèle qui domine reste celui de la révolution libérale de Thatcher et Reagan. Les fondements de nos modèles économiques restent les mêmes. La probabilité d'un bis repetita est forte". Dans Le Nouvel Observateur, Philippe Boulet-Gercourt pose une très bonne question : "Deux ans après le krach des subprimes, que sont devenus les responsables ?". Y en a-t-il en prison ou sous le coup d'une enquête réellement contraignante ? "Zéro, zip, nada", écrit le journaliste, en colère. "Le patron de Lehman Brothers, celui de Goldman Sachs, les traders, les gérants de fonds, les politiciens sans scrupules qui n'ont cessé de profiter de la dérégulation : tout va bien pour eux. Ce scandale est sans coupables". A cela, ces hommes, que Philippe Boulet-Gercourt appelle "les Huns" ou "les gnomes" de Wall Street, ajoutent la morgue et l'absence totale de remords… Alan Greenspan, pendant des années à la tête de la Banque centrale américaine, estime avoir eu raison à 70% et tort à 30%. Grincements de dents de l'éditorialiste du New York Times, Frank Rich : "Le capitaine du 'Titanic' aurait pu dire la même chose". Cette crise de la finance, très abstraite et technique, elle devient diablement concrète quand on ouvre la très belle revue Zmâla, revue de photographies que vous trouvez en librairie (les points de vente sont indiqués sur Internet). Elle présente le travail de collectifs de photographes. Il y a notamment un reportage à Detroit... Désindustrialisation, chômage : la tendance est à l'oeuvre depuis de nombreuses années dans la ville de l'automobile, mais la crise l'a accélérée. Une image parmi d'autres : l'ancien Michigan Theater, devenu un parking, quasiment abandonné. La photographie de Dawin Meckel montre un reste de plafond du temps de la splendeur de l'établissement, construit dans les Folles Années 20. Au sol, c'est le béton d'un parking, où trois voitures semblent garées au milieu de nulle part. Patrick COHEN : Et pour finir, un grand classique : le palmarès des prénoms... Bruno DUVIC : L'Officiel des Prénoms paraît aujourd'hui. Le Parisien-Aujourd'hui en France est aux taquets et a déjà passé l'ouvrage au crible. Roulements de hochet : voici le podium... Lucas, Nathan, Enzo chez les garçons ; Emma, Jade et Léa chez les filles. Rien de très nouveau en fait... Le Parisien note tout de même un come-back de la vieille France : Louis, Jules, Arthur, Rose, Louise, Léonie. Les prénoms de nos grands-parents deviennent hype. Autre tendance : les prénoms bibliques : Noah, Eden, Samuel. Chez les musulmans, le goût pour les classiques se confirme également : Mohamed (prénom le plus donné à Marseille l'an passé) ou encore Amine et Yasmine. Messieurs, autour de cette table à France Inter, j'ai bien lu Le Parisien, et je n'ai pas vu trace de Patrick, Dominique, Bernard ou Bruno… J'ai le regret de vous annoncer que nous avons des prénoms parfaitement ringards...

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