Pourquoi n'a t on pas le droit de sourire dans une France dépressive? L'Iran, vous connaissez? Les algorithmes nous confisquent notre curiosité et menace la démocratie

8H30 la revue de presse, bonjour hélène Jouan

On commence par un sourire…

Et un drôle de procès. Non pas Sisco ou Cahuzac, j’ai dit drôle !

C’est Aujourd’hui en France/le Parisien qui nous raconte ce matin une audience hier devant la très sérieuse cour administrative d’appel de Paris. L’affaire est grave : a-t-on le droit de sourire sur une photo d’identité ? Un citoyen, Thierry, arbore sur les clichés qu’il fournit pour faire renouveler son passeport, « une légère moue qui confine au discret sourire ». Rejet du dossier. « Mais, est-il responsable dans une France dépressive se demande Thierry, que les autorités reprochent aux Français de sourire ? ». Opiniâtre et facétieux, Thierry saisit le tribunal administratif et se plonge dans les textes qui imposent d’adopter une « expression neutre ». Après quelques arguties juridiques qui laissent le ministère de l’Intérieur de marbre, il en appelle carrément au philosophe Roland Barthes qui faisait du sourire rappelle t il, « le symbole du neutre ». Et, il dégaine l’argument ultime : la Joconde ! Ca fait 500 ans plaide son avocat qu’on se demande si la Joconde sourit vraiment ! Ce n’est donc pas aux préfectures de déterminer si un sourire est neutre ou pas ! » Peut-on sourire comme Mona Lisa sur les papiers officiels ? « L’affaire a été mise en délibéré au 29 septembre. La fin de l’histoire pour Thierry et son passeport. Pour le mystère de la Joconde, on est moins sûr »

Sourires encore à la Une du magazine 6 mois

Numéro automne-hiver de 6 mois, déclinaison photo en quelque sorte du magazine XXI, consacré à l’Iran, « Iran, les vents contraires ». Sourires qui s’affichent à la Une de mollahs en goguette, des hommes comme vous et moi, et puis vents contraires, la tristesse infinie sur le visage de détenues d’une prison de filles, où certaines adolescentes, même pas 18 ans, risquent l’exécution. Même hiatus entre deux reportages pour nous montrer les vents contraires iraniens. Le reportage photo d’Isabelle ESHRAGHI qui a partagé depuis 2013, l’intimité d’une famille aisée d’Ispahan… 3 jeunes filles qui entrent dans l’âge adulte, elles travaillent, jouent sur leur smartphone, regardent la télé satellite pourtant interdite par le pouvoir, vont au musée, font des fêtes chez elles avec bouteilles de coca sur la table…ces mêmes filles, modernes, qui acceptent pourtant encore la tradition des mariages arrangés. On y suit l’ainée, Camélia qui fait la connaissance d’Aram repéré par sa mère, leur longue découverte mutuelle, leurs projets, des enfants, une maison. Vents contraires, avec le reportage d’Anais Vandenhove, sur Leila et Ali. Eux se sont choisis, eux revendiquent d’avoir des ex, refusent de fonder une famille, « la vie est trop dure chez nous, disent ils, ce serait égoiste de faire un enfant dans de telles conditions ». « vous pensez que les femmes iraniennes sont soumises hein, nous interpelle Leila ? Mais ici ce sont elles qui décident de tout ! Oui mon général, bien sûr mon général, c’est ça la vie d’un homme ici. Sa femme, c’est son Napoléon »

L’Iran, les vents contraires, à lire dans 6 MOIS, pour découvrir autre chose que ce que nous croyons connaitre

Découvrir autre chose, par forcément facile sur Internet Hélène

Passionnant article de Frédéric Joignot dans le Monde idée qui nous décrypte l’invisible propagande des algorithmes. Exemple à l’appui : 2 personnes, l’une de droite, l’autre de gauche tapent BP sur Google. La première reçoit des informations sur les possibilités d’investir dans la british petroleum, la seconde sur la dernière marée noire causée par la compagnie pétrolière. Réponses diamétralement opposées car elles ont été filtrées par Google selon les profils des internautes. Une sélection permanente dans tous les domaines, politique, lecture, voyage, culture, qui fait que Google, mais aussi tous les réseaux sociaux confinent les internautes dans une bulle cognitive. Et alors ? Et alors, nombre de chercheurs lancent l’alerte contre le risque de dessèchement intellectuel d’internet par ces effets de bulle. Plus grave encore, en emprisonnant les internautes dans un monde egocentré, le web les traite en consommateurs et non en citoyens ouverts disent ils. C’est évidemment particulièrement sensible en politique. Sur la blogosphère, au sein de « cocons partisans », les internautes ne trouvent finalement qu’une confirmation de leurs convictions et de leurs préjugés, sans jamais être confrontés à des idées opposées. Une sorte de « journal quotidien autistique », qu’on l’a vu à l’oeuvre par exemple pendant la campagne du brexit. Résultat, explique un chercheur, en prétendant donner aux individus les moyens de se gouverner eux-mêmes, l’effet miroir des algorithmes les assignent en fait à la reproduction automatique de la société et d’eux même.

C’est bien la démocratie qui est interrogée par ces algorithmes réducteurs…

Après vous avoir fichu la frousse, pour vous rendre le sourire, même si c’est très sérieux, lisez ce matin dans Libération, la lecture psychanalytique du phénomène de l’été, la chasse aux Pokemon. Billet signé Anne Dufourmantelle, psychologue et psychanalyste qui nous explique comment ce jeu répond au plus vieil instinct de l’homme, la chasse. « Mais au lieu de bois de cerfs, le pokémon rare devient le trophée qui charge l’ego de la puissance érotique de la créature conquise ». Personne ne semble s’inquiéter dit elle, que ce soient les adultes les plus accrocs. C’est pourtant la marque de l’infantilisation d’une société, accuse t elle, où des adultes puérils ne peuvent plus supporter le monde réel que sous une forme scénarisée. « Face à la détresse des migrants et des laissés pour compte, on préfère dit elle, des petites bestioles numériques qui se multiplient, des doudous mignons qui ont une puissance augmentable. Désir de vaincre et envie d’être bercé ». Freud et Winnicott pour nous faire comprendre Pokemon GO.

Et si on revient au monde réel, Hélène ?

20 semi-remorques de l’Onu bloqués depuis mardi dans la zone tampon entre la Syrie et la Turquie. 25 000 cartons de première urgence, farine, huile destinés aux habitants d’Alep. Libération nous raconte par le menu les négociations en cours depuis l’instauration de la trêve pour que ce convoi puisse avancer. La méfiance mutuelle entre les soldats de BAchar El Assad et l’armée syrienne libre qui refusent chacun de reculer d’un pouce pour laisser la voie libre. Avant-hier, l’armée syrienne libre accepte finalement le passage du convoi…pour mettre le régime syrien face à ses responsabilités. Reste à obtenir des garanties de la Russie. Les 250 000 habitants d’Alep, assiégés et affamés, continuent d’attendre.

Le monde réel, c’est la vie qui reprend au Bataclan. Premier concert programmé le 16 novembre prochain. Jule Frutos, le co directeur de la salle parisienne, se confie ce matin au Figaro. Il raconte les artistes français, qui ont la boule au ventre, non pas à l’idée de revivre le drame d’il y a un an, mais la boule au ventre de faire la fête dans un tel lieu. Il raconte l’appréhension des techniciens et équipe de prod à devoir affronter des fantômes, leurs amis disparus, mais aussi la détermination de ceux qui étaient en première ligne le 13 novembre, et qui eux ont besoin de revenir travailler là pour vaincre le traumatisme. Et puis il y a ces artistes qui ont dit oui, Pete Doherty, peut être pour la première date au bataclan, Alex baupin ou Marianne Faithfull…l’Hymne à la vie du Bataclan..

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