C'est un peu comme si Jean-Paul Sartre, sur la fin de sa vie, avait avoué un passé de collabo... D'ailleurs, l'homme qui est en photo dans tous vos journaux, ce matin, a des faux airs de Sartre sur certains clichés... A la Une du "Monde" par exemple, il est pris de trois-quarts face... Il baisse un peu la tête... De grosses lunettes, l'air sérieux, le regard un peu vitreux, la pipe au bec... Mais lui porte une moustache... Cette moustache, c'est celle de Günter Grass, l'un des plus grands écrivains allemands, Prix Nobel de littérature en 1999... Aujourd'hui, il a 78 ans... Comme Sartre, c'est l'une des grandes figures morales de la gauche dans son pays, mais aussi un personnage très critiqué... Et Günter Grass vient d'avouer qu'il a appartenu, à la fin de la Seconde guerre mondiale, à une unité des Waffen SS... Il avait 17 ans... Il l'a dit dans une interview au "Frankfurter Allgemeine Zeitung" samedi... Mais ce n'est qu'aujourd'hui que l'information a le plus de retentissement dans la presse... Et ce qui est intéressant, au-delà de l'aveu, c'est que Grass parle des conditions dans lesquelles le nazisme a pu s'implanter en Allemagne... "Pour moi, dit-il, les Waffen SS n'avaient rien de terrifiant... C'était une unité d'élite... Ce que je voulais, en premier lieu, c'était sortir... sortir de l'étau de la famille... Enfant, j'ai vu comment tout cela est advenu au grand jour : dans l'enthousiasme et les acclamations... La séduction y avait aussi sa place, bien sûr... Les jeunes ont été très nombreux à s'enthousiasmer... Nous avons, jusqu'à aujourd'hui, tant de résistants que l'on se demande comment Hitler a pu venir au pouvoir... On faisait comme si le pauvre peuple allemand avait été séduit par une horde de noirs compagnons... Et ce n'était pas vrai... Moi-même, comme beaucoup de ceux de ma génération, je suis sorti de l'époque nazie avec une sorte d'abrutissement... Après la guerre, nous avons discuté pendant des décennies, en République fédérale, de ce travail sur le passé... Mais la formule était inadéquate... Simplement, le passé nous rattrapait toujours... Nous avons appris à vivre avec et à faire face... Et je considère cela comme un résultat qui a sa valeur... Si l'on regarde l'Angleterre et la France, l'époque des puissances coloniales et des crimes qui y sont liés, est comme mise entre parenthèses... Mais un jour ou l'autre, la jeune génération pose des questions"... Alors voilà les aveux de Günter Grass... ses mots sur ce passé pas si bien digéré que cela... son regard sur les autres pays qui, toutes proportions gardées, ont parfois du mal, eux aussi, à répondre aux questions de la jeune génération... Ce n'est pas rien... Dans "La Croix", Michel Kubler estime que l'auteur du "Tambour" peut sortir grandi de ses aveux... Pour lui, cette interview échappe largement aux catégories de mérite ou de culpabilité si allègrement maniées par ceux qui n'ont pas vécu le passé... L'intellectuel redevient un homme comme les autres... Il prend toute sa place dans le destin de son peuple... Autre très longue interview dans la presse ce matin... strictement rien à voir, mais à sa manière elle est passionnante elle aussi... interview de Jack Lang dans "Le Nouvel Observateur"... On ne pourra pas lui reprocher de pratiquer la langue de bois : il explique pourquoi il faut que le candidat socialiste à la Présidentielle, ce soit lui... L'ancien ministre de la Culture répond aux questions de Claude Askolovitch... entretien du tac au tac... "Vous êtes toujours candidat ?", demande Askolovitch... "Je ne devrais plus l'être ?", répond Lang... "Oui, mais pour battre Sarkozy, mieux vaut être populaire"... "La menace Sarkozy m'impressionne moins que vous... Des signes ne trompent pas : j'étais l'autre jour au Festival des Vieilles Charrues... un événement extraordinaire, inventé et porté par des bénévoles... On m'attrapait dans les allées... Je suis monté sur scène pour saluer Jamel Debbouze... 50.000 jeunes m'ont applaudi... Ils criaient 'Jack Président !"... "Alors Sarkozy a déjà perdu ?", reprend Askolovitch... "Il a prononcé les mots de sa condamnation... Le jeu du Kärcher et de la racaille le rattrappera"... "Donc les militants socialistes désigneront le futur Président de la République ?"... "Sans doute"... "Et le meilleur, c'est vous ?"... "Je le crois"... "Les autres sont mauvais ?"... "Si vous compter sur moi pour dénigrer mes camarades, arrêtons tout de suite... Mais aujourd'hui, je le dis sans forfanterie : je crois être celui qui pourra le mieux réussir la double mission qui attend le prochain Président : à la fois protéger les Français et leur rendre l'ambition"... "Pourquoi vous ?"... "Parce qu'il faut être à la fois révolutionnaire et homme d'Etat, être en même temps expérimenté et capable de renverser la table"... En 2007, l'un des enjeux, pour la gauche modérée, ce sera de retrouver la confiance des classes populaires, qui ont voté en masse pour les extrêmes ces dernières années... retrouver un discours qui puisse convaincre la classe ouvrière notamment... Cette classe ouvrière, "L'Humanité" milite chaque jour pour l'amélioration de ses conditions de vie... Et le quotidien communiste publie une enquête, ce matin, sur la mort, à 44 ans, d'un salarié de la métallurgie à Dunkerque, en pleine canicule... Précisons que le récit repose sur les témoignages de syndicalistes... Pour la police et la direction d'Arcelor, son décès est dû à des causes naturelles... Patrick Darcy était un précaire parmi les précaires... Il travaillait pour un sous-traitant d'un sous-traitant d'Arcelor... Pas de contrat de travail, pas de visite médicale, pas de formation pour travailler sur ce site, un site pourtant très particulier... C'est une halle de 500 mètres de long, où d'énormes barres d'acier sont laminées... Les ouvriers y tirent des câbles sur 100 ou 200 mètres... Ce mercredi 19 juillet, Dunkerque connaît des pics de chaleur : plus de 38 degrés à l'ombre... Selon le secrétaire du comité d'hygiène de l'usine, il devait faire 60 degrès à l'ombre dans ce laminoir... Et pourtant, pas d'aménagement des conditions ni des horaires... La veille déjà, Patrick Darcy avait travaillé plus de 10 heures... Quand il a eu son malaise ce 19 juillet, il entamait sa 11ème heure de travail... Tout cela, selon la CGT, sans eau, et sans lieu pour se reposer... L'Algeco censé servir de lieu de repos aux ouvriers est situé à 4 kilomètres de l'usine... Après son malaise, le cahier de relevé de présence a été raturé parce qu'au-delà de 10 heures de travail, l'entreprise aurait dû demander une dérogation... Patrick Darcy avait 2 enfants... Ses employeurs contestent la plupart des détails de ce récit... Mais la famille voudrait porter l'affaire en justice... "La France est prête à prendre le commandement d'une FINUL renforcée"... C'est le titre d'un des articles du "Figaro" consacrés au Liban ce matin... La FINUL, c'est la Force intérimaire des Nations Unies au Liban... L'ONU souhaite envoyer au moins 3.000 hommes dans la région dans les 15 jours... Et hier, Paris s'est dite prête à prendre la tête d'une force internationale... "D'accord, mais..." C'est le message de la diplomatie et de la Défense... Avant toute chose, Paris veut s'assurer qu'aucune arme ne soit livrée à la milice chiite du Hezbollah... Pas envie d'envoyer des troupes dans un terrain susceptible de s'enflammer à la moindre escarmouche... Alors, le Hezbollah va-t-il désarmer ?... A lire "Libération" ce matin, c'est mal parti... "Le gouvernement libanais, écrit José Garçon, n'a ni les moyens militaires, ni politiques, d'exiger cela... Beyrouth a les mains liées par la popularité du parti chiite, et par les divergences sur ce sujet au sein de la classe politique libanaise"... Alors, comment en sortir ?... Dans la presse ce matin, plusieurs observateurs affirment que, quoi qu'il en coûte, il faut parler avec les parrains du Hezbollah : la Syrie et l'Iran... C'est notamment l'avis d'Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, dans "Le Figaro"... "Si la France, dit-il, veut retrouver un vrai rôle d'influence dans la région, il est impossible de faire l'impasse sur la Syrie comme sur toute force qui compte... Il faut être prêt, dans la mesure où c'est utile, à parler avec tous les acteurs"... La Syrie donc, et l'Iran... "Par l'intermédiaire du Hezbollah, écrit Bernard Guetta dans "L'Express", l'Iran se projette jusqu'à la frontière israélienne... Pour stabiliser le Moyen-Orient, il faudra probablement se résoudre à chercher un accord global avec la République islamique... Le plus tôt serait le mieux : les enchères montent"... "L'Iran veut donc tirer les bénéfices politiques de la guerre du Liban"... C'est le titre à la Une du "Monde"... A Téhéran, on considère que le Hezbollah a gagné la guerre... Et mardi, raconte la journaliste Mouna Naïm, les rues de la ville montraient des scènes de liesse : des drapeaux du Hezbollah brandis par les passants... Sur les toits des immeubles, des partisans du pouvoir scandaient "Allah Akhbar !"... Mardi à Téhéran, le métro et les bus étaient gratuits... Des gâteaux et des boissons étaient distribués en signe de fête devant certaines administrations... Du coup, le régime se vautre un peu plus dans l'antisémitisme... Une exposition de caricatures sur l'Holocauste vient de s'ouvrir à Téhéran... Encore une photo... beaucoup plus légère, celle-ci... C'est un numéro 10... Il porte le maillot de l'équipe de France de football... Il a marqué hier... Mais... ce n'est plus Zidane... Le visage de Julien Faubert, dans vos quotidiens ce matin, vient confirmer que la page Zizou est bien tournée... C'est un petit nouveau qui a donné la victoire à l'équipe de France en amical hier soir, face à la Bosnie-Herzegovine... "Les Bleus sont repartis du bon pied", conclut "L'Equipe"... Allez... Nous avons commencé avec la figure et les mots d'un écrivain : l'homme du "Tambour", Günter Grass... Terminons avec une enquête qui dessine le portrait de l'écrivain contemporain... "L'Express" s'est inspiré d'un livre qui sort dans le cadre de la rentrée littéraire : "La Condition littéraire", écrit par Bernard Lahire... Pour cette seule rentrée, 683 romans vont être publiés... Combien rencontreront un public ?... Très peu... Dans la région Rhône-Alpes, qui est la cible de la recherche de Bernard Lahire, 15% des écrivains n'ont jamais atteint la barre des 500 exemplaires vendus... Et le porte-monnaie est aussi vide que l'armoire à trophées : 42% des écrivains n'ont rien touché l'année qui a précédé l'enquête... Ils s'en sortent en partant à la chasse aux subventions, ou en ayant un autre métier à côté de leur passion... Et s'ils ne trouvent pas la gloire dans ce monde-ci, peut-être la rencontreront-ils plus tard... "L'Express" rappelle qu'Apollinaire n'avait vendu que 163 volumes de son recueil de poèmes "Alcool" de son vivant... Depuis sa mort, il s'en est écoulé 1 million 600.000... La petite sonate de certains écrivains ne rencontre aucun écho... Pour d'autres, le roulement du tambour finit par se faire entendre... Bonne journée...

Bruno DUVIC

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