Des questions graves, pour commencer.. Et si Jésus avait été gracié par Ponce Pilate ?... Et si Jeanne d'Arc était morte à Orléans ?... Et si Napoléon avait été battu à Austerlitz ? Et si... Et si... Vous imaginez si on refaisait l'Histoire ? Comme dit Laurent Lemire dans Le Nouvel Observateur : "Prédire l'avenir n'est déjà pas facile, alors le passé !... En langage savant, on appelle ça l'uchronie : c'est à la fois un jeu et une philosophie, inventée par Charles Renouvier, un utopiste du XIXème siècle, qui considérait que, pour améliorer le monde, il suffisait de le refaire en imaginant ce qu'il aurait pu être"... Et c'est ce que font deux livres récents, dont on trouvera les références dans Le Nouvel Obs... Parallèlement, on lira, dans L'Express, qu'il ne faut pas croire tout ce qu'on lit, justement... Si les uchronistes annoncent la couleur, gare en revanche aux affabulateurs... Contre eux, explique L'Express, les historiens s'en vont en guerre... Jeanne d'Arc ne serait pas morte à Rouen... Napoléon ne serait pas enterré aux Invalides... "Là, écrit Marianne Payot, on est dans le fantasme, pas loin de la théorie du complot, sur l'air du 'on nous cache tout, on ne nous dit rien'... des rumeurs parfois relayées par la télé d'ailleurs"... Pour les universitaires, en tout cas, la coupe est pleine... A consulter, là aussi, une liste d'ouvrages qui remettent les choses en place : les légendes de côté, la vérité au milieu... Sans refaire l'Histoire, parlons du présent... Et le présent, c'est la crise... Et si... Et si... Si pas Reagan... si pas Thatcher ("pas Margaret Thatcher" : je ne parle pas des patates qui seraient trop chères)... si pas Madoff... pas Kerviel... pas les subprimes... peut-être pas la crise, et ses conséquences sur la vie quotidienne... Voir, dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, ces tranches de vie croquées par les reporters... Comment, au supermarché de Bagnolet, on allège son chariot... "L'année dernière, confie Khadidja, une mère célibataire de deux enfants, je remplissais un chariot de 150 € pour la semaine... Cette année, c'est la moitié". "En banlieue, dans les quartiers, explique un médiateur des cités, la crise se voit à l'oeil nu : on voit les jeunes non qualifiés qui ont perdu leur emploi, qui se regroupent dans les halls d'immeuble et qui squattent toute la journée... La crise, on est en plein dedans... Le bon côté des choses, c'est que l'entraide s'amplifie, dépassant le cercle familial pour s'élargir aux voisins et aux potes de l'immeuble". Et c'est vrai que, face à la crise, c'est partout le royaume de la débrouille... Il y a tous les jours du nouveau. A la Une de L'Est Républicain par exemple : "Le développement de la co-location"... C'est banal pour les étudiants... Mais il semble que la pratique se répande également dans la population salariée, et même chez les seniors. Dans L'Ardennais, c'est encore autre chose... Là, c'est le patron d'une fonderie qui a vendu sa boîte pour la sauver, devenant un simple salarié de son ex-entreprise. Les entreprises qui, elles aussi, rivalisent d'inventions pour contourner la crise... C'est dans Libération... "Le jeu des sept familles : sept stratégies gagnantes en temps de récession". Orange, Ubisoft, Ryanair ou Armor Lux : comment les entreprises essaient d'innover, d'aller à contre-courant, de baisser les prix, de miser sur la croissance verte ou de privilégier la qualité. Oh, "il n'y a pas de martingale, explique un prof de HEC... On ne peut pas échapper à la chute de la consommation, mais il y a des moyens, effectivement, de s'adapter, de résister"... Ce qui fait dire à Fabrice Rousselot qu'"évidemment, la crise étouffe, asphyxie... Mais, pour certains, elle est source de créations et d'initiatives... C'est comme ça, c'est un constat, et c'est tant mieux"... Il y a la crise... Il y a aussi les réformes du gouvernement... Là, on n'est plus dans la débrouille : on est dans la contestation... La contestation des enseignants-chercheurs, qu'on appelle désormais "les obstinés". "Ils tournent jour et nuit devant la mairie de Paris, à Toulouse, Poitiers, Bordeaux et ailleurs". "De quoi cette ronde est-elle le NON ?", titre L'Humanité... (NON : N-O-N)... Non aux réformes du gouvernement sur la recherche et l'université, jugées par ces obstinés dangereuses et contre-productives. "La crise du système, écrit Michel Guilloux, vient légitimer tous ceux qui refusent la mise en coupe réglée des outils publics par la logique de la rentabilité financière... C'est cette société-là qui ne tourne pas rond". C'est la même problématique qu'on retrouve à l'hôpital... "Une grande réforme qui passe mal", constate Le Parisien-Aujourd'hui. Et ce sont de grands professeurs de médecine, parmi les plus réputés, qui le disent... Ils sont 25 à signer, dans Le Nouvel Observateur, un appel à supprimer la loi Bachelot, "symbole d'une médecine mercantile, qui menacerait de mort l'hôpital public... En 1958, écrivent-ils, une grande réforme du professeur Robert Debré a permis à la médecine française de devenir en trente ans la meilleure du monde... Cinquante ans après, veut-on la faire disparaître en faisant de l'hôpital une entreprise ?... Si la loi Bachelot se fait, ce sera sans nous", concluent ces grands patrons hospitaliers, qui demandent l'organisation des Etats généraux de l'hôpital public. Entre débrouille et contestation, une entreprise qui ne connaît pas la crise : c'est France Inter... France Inter, entre autres... Soyons beaux joueurs : il n'y a pas que France Inter qui progresse au dernier sondage Médiamétrie... Mais quand même... Tous nos journaux s'en font l'écho : dans une audience globale qui décline (on a toujours de bonnes explications à cela : cette fois, c'est La Tribune qui le souligne, il semble que les Français se lassent d'entendre des nouvelles anxiogènes)... Quoi qu'il en soit, dans ce contexte, France Inter fait partie des meilleurs élèves, de ceux qui gagnent du terrain : 0,4% de plus sur un an, avec un pic d'audience de 2 millions d'auditeurs pour le journal de 8 heures (Fabrice Drouelle est redevenu le journaliste le plus écouté du matin)... A midi, c'est "Le Fou du Roi" qui cartonne... Et le PDG de Radio France, Jean-Paul Cluzel, comme tous mes confrères le soulignent, peut fêter son départ en beauté : le service public est toujours, et plus que jamais, le premier groupe radio de France... Mais surtout, surtout (et là, c'est un appel de Michel Abescat, dans Télérama : appel à l'attention du porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre et du futur PDG Jean-Luc Hees : "Laissez-nous l'impertinence". "L'impertinence, explique la sémiologue Mariette Darrigrand, c'est ce qui produit la rupture, c'est ce qui casse un processus de pensée, et par conséquent ouvre de nouvelles perspectives". "Pourquoi, reprend Michel Abescat, les auditeurs de France Inter n'en voudraient-ils pas ?... Prendre à rebours la langue de bois et la pensée convenue, déconstruire les clichés et introduire le trouble dans le discours dominant : bien sûr qu'on en redemande... En précisant que l'impertinence n'est pas forcément synonyme d'humour... Elle n'appartient pas qu'au bouffon... Et de ce point de vue, conclut le chroniqueur de Télérama, face au poids grandissant de la communication politique, économique ou commerciale, la radio et la presse souffriraient plutôt d'un manque cruel d'impertinence". Ce que remarque aussi Jean-Claude Guillebaud dans Télé Obs Paris : que "le politique rêve toujours de gouverner les commentaires et même les plaisanteries... Il rêve obstinément de mettre à sa botte ce qui lui échappe... Mais c'est un calcul bêta... Car s'il parvenait à rendre plus docile une antenne, il n'aurait gagné qu'un effondrement des audiences... Et si France Inter, conclut Guillebaud, perdait son insolence, elle perdrait aussi ses auditeurs"... Et si... Et si... On ne refait pas l'Histoire... On ne peut pas non plus préjuger de l'avenir...

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.