Il faudra des millions d'années pour que la terre surmonte l'extinction que nous fabriquons, Usbek et Rica. Le Monde raconte 23 millions de femmes qu'on n'a pas laissé naître, victimes d'avortements sélectifs entre la Chine et l'Inde. A l'Ajax Amsterdam, la joie est une tradition, l'Equipe et So foot

On parle du temps ce matin...

Du temps irréparable, et des millions d'années qu'il faudra à la terre pour surmonter l'extinction des espèces que nous subissons, pouvons-nous l'imaginer? Et pourtant nous y sommes. Usbek et Rica, sur internet relaie une étude scientifique, il avait fallu 10 millions d'années à la planète pour retrouver sa richesse biologique après l'extinction des dinosaures, quand 75 % des espèces avaient été anéanties; nous subissons, par notre pollution, la même avanie, nous venons de perdre la première espèce de mammifère, un rat australien éteint par le réchauffement climatique, les espèces végétales et animales vont devoir se réinventer, et la terre ne sera plus jamais, si longtemps après nous, ce que nous avons détruit.  

On parle du temps immobile et qui se refuse à des femmes. Sud-ouest me dit qu'une jeune iranienne n'ose rentrer chez elle, après avoir, première femme de son pays, disputé en france un combat de boxe professionnelle. Libération me raconte ces femmes enfermées au Ghana dans des villages prisons à ciel ouvert, elles sont soupçonnées d'être des sorcières et si elles sortent seront lynchées. Le Monde me ranime 23 millions de femmes qui auraient du vivre parmi nous et ne sont jamais nées, étude statistique imparable, elles sont les choix de familles depuis 1970, quand la technique a permis de connaitre le genre d'un embryon, alors sont venus les avortements sélectifs dans ces cultures ou l'on préfère les garçons, entre la Chine et l'Inde:  l'Asie manque de filles, on ne les a pas laissé vivre un seul jour.  

On parle du temps qui peut trahir un corps et dans le Parisien, celui de Leny Paris a oublié son âge, les os nécrosés de cet homme de 47 ans sont ceux d'un d'un vieillard, il perd la mémoire et l'audition, cet ancien commando de l'air surveillait les missiles nucléaires du plateau d'Albion en 1990 et 1991, il accuse l'Etat, qui l'aurait exposé à l'irradiation, le temps lui est compté.  

On parle du temps qui est une espérance pourtant, et Notre-Dame fait les unes . "Notre-Dame renaîtra" dit le Figaro, "Rebâtir" dit l'Humanité, "Reconstruire" dit la Croix, "Nous rebâtirons" promet l'Est-éclair, "Immortelle", veut croire la Nouvelle République. L'Union raconte la cathédrale de Reims, martyrisée en 1914 par les bombardements allemands, dont la guérison fut fêtée en 1938, quand le président de la république Albert Lebrun fut salué ainsi par le cardinal Suhard. « Nous croyons que le chef de l'État porte en lui-même le cœur de la France. Les deuils de la patrie sont tout d'abord ses deuils. Les joies de la patrie sont ses joies."  Parlera-t-on ainsi d'Emmanuel Macron devant une Notre-Dame reconstruite espère-t-il en 5 ans, Emmanuel Macron pour l'instant dans un temps politique suspendu, dont les journaux commentent ce discours non prononcé par lequel il voulait disent les Echos, montrer qu'il avait entendu les colères du pays. La cathédrale occupe encore nos pensées.  

Et Notre-Dame réveille des mémoires...

Car chacun dans cette perte reconnait la sienne, et ses peurs. L'Echo républicain me dit la Cathédrale de Chartres, dont un feu emporta le toit en 1836, Victor Hugo, à l'époque, plaida pour elle... Le Républicain lorrain se souvient qu'à Metz, en 1877, la cathédrale Saint-Etienne brûla par la faute des feux d'artifice tirés en l'honneur de Guillaume, empereur d'Allemagne qui fêtait l'annexion de la Moselle: il en eut honte et paya pour sa reconstruction... Le Télégramme raconte les résurrections bretonnes car les Bretons durent reconstruire la cathédrale de Nantes, le Parlement de Bretagne à Rennes, l'église de Saint- Thégonnec, qui fut détruite parce qu'un enfant avait voulu éteindre des cierges avec son pistolet à eau... La Provence se rassure pour Notre-dame de la Garde faite de pierres seules et sans charpente inflammable, le Courrier picard nous dit que les pompiers de la Somme sont prêts à protéger la cathédrale d'Amiens, qui est plus vaste que Notre-Dame et plus riche encore de trésors insiste le journal:  elle fut construite pour abriter un os du crâne de Saint Jean Baptiste, ramené des croisades...  

Le Figaro quitte la France pour dire qu'ailleurs, à Dresde ou Moscou, on reconstruisit des merveilles que le feu ou les hommes avaient détruites....   

Et ces évocations s'inscrivent dans un numéro rare et précieux du grand journal de droite, car le Figaro  fait de Notre-Dame une affaire personnelle, l'âme d'une civilisation et le symbole de ses combats, puisqu'au Figaro le passé nous éclaire et nous invite, dans une profusion de textes: le romancier Ken Follet tutoie les bâtisseurs du Moyen-âge, l'acteur Fabrice Luchini voit dans l'incendie un signe qui nous rappelle "quelque chose de supérieur", que "la France est chrétienne" et Philippe de Villiers exalte une renaissance... Mais l'historien Jean Clair voit dans le sinistre la preuve même que nous sommes aux "portes de l'enfer", la sanction d'un temps de "voyoucratie des plaisirs" et de laisser-aller..  

Libération a beau plaider pour une cathédrale du peuple, le Monde a beau analyser les enjeux idéologiques de Notre-dame dans le monde catholique, le Figaro, s'approprie ces enjeux. Eric Rykner, dans le Figaro encore, directeur de la Tribune de l'art, rage contre l'abandon du patrimoine, avant l'incendie; le Canard enchainé ou l'humanité ne disent pas autrement: qu'on ait levé dans l'émotion 700 millions souligne à rebours la faiblesse du budget de la culture, deux fois inférieur à cette somme. 

L'indifférence va t telle revenir? Dans Libération, une photo nous trouble. Dans des pages voulant montrer l'émotion d'avant-hier soir, on voir le restaurant du centre Pompidou d'où l'on pouvait contempler le feu. Un homme dans un coin de la photo, Notre-Dame brûle derrière lui, a le nez plongé dans la carte.

Et la vie reprend dans les journaux...

Et même la joie, a-t-on le droit? Au jeu du cirque qu'est le football, hier, une jeune équipe hollandaise, l'Ajax Amsterdam a ravi l'europe en éliminant la Juventus de Turin, et vous pourrez lire, non seulement l'Equipe mais le So foot d'avril, qui a eu du nez et racontait comment le jeu de l'Ajax, aujourd'hui porté par un capitaine de 19 ans, est une tradition: on n'en sort pas.   

Dans la Provence, vous verrez la plus tendre des peluches, blanches et douce, dans les bras tendres d'un mastard tatoué; des tigres blancs sont nés au parc animalier de la Sainte-Victoire, leur maman n'ayant plus de lait, on nourrit au biberon ces petits d'une espèce que l'on sauve de l'extinction: quand ils s'endorment dans vos bras, c'est magique.
Nous sommes des enfants.   

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