Sur l'Obs, son ami François Armanet entrechoque des morceaux d'amours épars pour le chanteur de la nuit. Le Figaro dit ces Chinois qui écrivent leur peine sur la page Weibo du docteur Li Wenliang. Le Magazine du Monde dit le désarroi des adolescents confinés. Libération de souvient que Miles Davis aima Juliette Gréco.

On parle du chanteur Christophe…

Dont nous avons découvert la mort au fil de nos réveils, elle nous a été annoncée quand nous dormions sans doute par un article mis en ligne à minuit trente-neuf sur le site de l’Obs, écrit par un journaliste qui était son ami, François Armanet, qui seul se souvient que Johnny appelait Christophe «Jimmy », car jeune, il avait le look de James Dean, et il se souvient aussi Armanet que Bashung appelait Christophe « le gitan blond » et ces deux-là  s’aimaient, ils se l’étaient dit devant lui dans un dialogue de solitaires.

Christophe. 

La première chanson de toi que j’ai écoutée cent fois dans ma vie avec la chair de poule, c’est « Alcaline ».

Bashung. 

Je l’ai écrit en pensant à toi. Dans ′′Alcaline′′, il y a ′′Aline′′. C’était pour te dire je t’aime, de loin. « Tu ne m’as encore rien dit / T’aimes plus les mots roses / Que je t’écris ? », c’était une réponse à tes mots bleus.

Christophe. 

Ta version des « Mots bleus », je l’ai découverte une nuit, chez un ami, dans sa salle de projection. J’ai attendu que tout le monde soit couché, j’ai regardé « Lolita » de Kubrick avant de l’écouter. Et ce fut l’inexplicable magie de la différence. 

Le Monde dit bellement la vie de Christophe « chanteur de bluettes métamorphosé en explorateur sonore », Libération ranime un dandy qui se faisait lire « tendre est la nuit » de Fitzgerald par de gentilles demoiselles mais était « capable de rester cloîtré des nuits entières en quête d’un son que lui seul entendrait »… 

Mais j'en reviens à l’article d’Armanet car il semble écrit dans le désarroi de l’annonce, il entrechoque des morceaux d’amour épars, sur Christophe qui vivait la nuit et composait ses chansons comme un couturier une robe: « Je place le chant au dernier moment. Il y a des heures où je trouve ma voix. La fatigue résonne. La voix voilée du soir ou rauque à 4 heures du matin en fin de poker. »

Armanet avait composé avec Christophe la chanson "Enzo" en hommage au commendatore Ferrari de la firme automobile, il en avait cassé Christophe des Ferrari! 

Et lisant, je sais Armanet la nuit dernière souriant à l’absent. 

« Dans l’immeuble art-déco du boulevard Montparnasse, tel la vigie d’un paquebot endormi, lunettes bleu nuit, moustache d’Aramis, bottines de dandy à talon rouge, susceptibilité nerveuse, mains délicates, l’ombre de Christophe veille encore la console allumée. »

Il te regarde frère.

On lit d'autres mots de deuil dans les journaux…

Qui sont un courage venu de Chine et que je lis dans le Figaro. Ils sont postés sur le réseau social Weibo, sur la page encore ouverte de Li Wenliang, ce médecin de 34 ans mort le 8 février du Covid-19 et qui avait donné l’alerte quand les autorités imposaient le silence . Le régime post-mortem a voulu récupérer Li Wenliang en le nommant martyr. Mais sous  son dernier message, des milliers d’internautes disent  leur colère…

« Docteur Li, je viens ici chaque fois quand je surfe sur Internet. Tout le monde dit que c’est le mur des lamentations chinois. Je ne peux pas m’empêcher de pleurer » « Docteur Li, l’hiver se termine, le peuple ne t’oubliera pas»,«Tu es nommé martyr ! Quelle ironie ! Cette société est foutue! »

Et ainsi sur 800.000 messages que le pouvoir chinois expurge mais ne peut annuler. Puissant pouvoir chinois qu'Emmanuel Macron égratigne dans le Financial Times sur le coronavirus.

Je lis dans l’Express qu’en Chine encore, des usines clandestines fabriquent de la fausse chloroquine, qui abuse et empoisonne en Afrique, c’est une des facettes d’un dossier sur les mafias qui profitent de la maladie… 

La presse dessine un monde où l'inquiétante Chine s'oppose à l'enviable Allemagne, que le Figaro et l'Obs racontent apaisée sous Mme Merkel et le docteur Drosten, virologue national dont le podcast radiophonique  donne le "la" de la confiance; Dans son hôpital, la charité à Berlin, le Point a même rencontré une interne désoeuvrée, qui avait le temps de lire son journal. Quelle injustice de ne pas être allemand. 

Et en France on parle d’inégalités… 

Qui sont explique le Un notre plaie béante, quand Charlie Hebdo dans son édito célèbre les pue-la-sueurs, les prolos les caissières qui font tourner le pays! Sous la plume de Riss, cela ne semble pas démago. 

Mais chacun peut se dire menacé d'injustice, les restaurateurs aux Unes du Parisien et de l’Union, les personnes âgées confinées dans la Provence et le Progrès, les adolescents qui voient leur jeunesse volée dans le confinement, ils n’en auront pas d’autre, auront-ils un demain, ils soupirent avec grace dans le Magazine du Monde. 

Ils sont nés dans une drôle d’époque -et les enfants de l’après-guerre avaient bien de la chance, au temps où l’on poétisait à Saint-Germain des prés, quand un jeune américain noir, Miles Davis, venait à Paris joueur du jazz et tomber amoureux de Juliette Gréco et en serait changé -histoire aigre-douce pour oublier  aujourd'hui, à lire dans Libération… 

Il reste pour se donner du moral deux femmes, l’une est contrite dans La Dépêche: une randonneuse qui en forêt dans le Lot, s'est s’est fait charger par un sanglier et s'est foulé la cheville en tombant dans un ravin… Elle n’a pas osé appeler les secours, elle avait transgressé son confinement!  

Et puis dans la Provence, une lumière émane de Florence, qui conduit un camion de produits frais, elle est une parmi les routiers que le journal rencontre sur l’autoroute A7 où  ils travaillent pour que les gens aient encore à manger, ils subissent l’abandon, les toilettes sont fermées dans les stations-services et les douches sont immondes, Florence se lave à la lingette dans sa cabine, mais elle est pourtant lumineuse, une rousse flamboyante qui fait penser aux stars américaines de jadis, elle roule de nuit, écoute-t-elle Christophe.

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