Patrick Cohen : La Revue de Presse à deux voix du vendredi. Bruno Duvic, Guyonne de Montjou. Ce matin, la Côte d'Ivoire... Guyonne de Montjou : On a regardé ce matin avec Bruno, un journal de la fameuse RTI, vous savez cette télévision qui cristallise toutes les tensions en Côte d'Ivoire, et qui continue avec force amulette et gri-gri, à faire allégeance à Laurent Gbagbo. Extrait du journal de la mi-journée, hier. Il est question du conseil des ministres... … extrait sonore … Bruno Duvic : Ce qu'on vient d'entendre peut faire sourire. On peut aussi s'en étrangler, comme cette Ivoirienne, écrivain, Fatou Keïta. Sa lettre ouverte à Laurent Gbagbo est publiée par « Rue89 » : "Ce que cette télévision nous donne à voir est insupportable, écrit-elle. Nous avons reculé au-delà de tout. " Alors oui, elle était de la marche sur la télévision ivoirienne hier, malgré la peur. La peur, ô combien, car "Le sang coule à Abidjan", comme le titre Sud-Ouest. "Nous nous installons dans une guerre durable", ajoute « Mediapart ». Durable, sans doute. Laurent Gbagbo n'est pas près de céder le pouvoir, à en croire "Jeune Afrique". L'hebdomadaire cite des propos du président sortant quelques jours après sa défaite : "Je ne laisserai jamais Alassane Ouattara diriger la Côte d'Ivoire. S'il veut mon fauteuil, il faudra qu'il me passe sur le corps". Guyonne de Montjou : "L'Intelligent d'Abidjan" estime que la situation pourrait encore durer comme-ça pendant un an. Le quotidien ivoirien cite un expert qui connait bien l'entêtement des deux rivaux. Le journal a interviewé aussi le premier cercle, autour d'Alassane Ouatarra, certains font déjà contre mauvaise fortune, bon cœur : "Nous pouvons rester pendant cinq ans à l'hôtel du Golfe et laisser, s'il y tient tant, le palais présidentiel à Laurent Gbagbo. Ce qui compte pour nous, c'est le territoire que nous tenons à 70%, la monnaie, la diplomatie, la défense et la sécurité. Et tout ça, le clan de Ouatarra l'a déjà en main". Le conseiller du Président ajoute : "Nous allons établir de nouveaux passeports diplomatiques pour empêcher les hommes de Laurent Gbagbo d'utiliser des titres officiels de voyage. Petit à petit, nous marquons des points". De son côté, "Le Patriote" menace les soldats fidèles à Laurent Gbagbo de sanctions de la Cour Pénale Internationale, "Et ce n'est guère du bluff !" conclut-il. Bruno Duvic : Une autre histoire africaine, plus légère et racontée par Libération, pour clore cette page. Pour la première fois, demain, une équipe de football du continent noir sera en finale de la Coupe du monde des clubs. Les corbeaux de Lumumbashi, République Démocratique du Congo, joueront contre le grand Inter de Milan. En foot, en Afrique comme ailleurs, les clubs qui réussissent sont souvent les plus riches. Celui-ci appartient au gouverneur de la province du Katanga qui regorge de diamants et de matières premières. Mais comparé à l'Inter, c'est évidemment trois fois rien. Le salaire de n’importe quel joueur milanais doit représenter le budget annuel du club africain, écrit Libération. Patrick Cohen : Dans l'Herald Tribune, Guyonne, un article qui révèle toute la violence de la Russie de Poutine... Guyonne de Montjou : En tout cas, la violence verbale de Poutine fait froid dans le dos ! Très en forme, hier, le premier ministre russe a tenu quatre heures et demie sur un plateau de télévision, à répondre en direct à ses sujets au téléphone. Le tsar du 21ème siècle, face caméra, n'avait jamais été aussi long pour ce rituel qui dure depuis maintenant neuf ans. Evidemment, sur la durée, difficile de chasser le naturel ! Et l'Herald Tribune raconte comment Vladimir Poutine qualifie de "porcs" les traitres qui ont volé la nation dans les années 90. "Que les voleurs restent en prison. On a bien fait de les écarter de la mangeoire ! Si on les laisse revenir, ils vendront toute la Russie". Poutine cite le milliardaire réfugié à Londres, Berezovski, mais aussi désigne, à mots couverts, Kodorkowski. Grosse pression sur la justice alors que le patron de Youkos attend justement l'énoncé du verdict de son deuxième procès. Et pour la petite histoire, c'est le Guardian qui le note : pendant son marathon télévisé, Poutine n'a pas prononcé une seule fois le nom de Medvedev. Patrick Cohen : Dans la presse française, l'euroscepticisme marque des points... Bruno Duvic : Le constat est dressé par Xavier Panon dans La Montagne. "Le désarroi des Européens est profond et trouve son expression politique dans ce relent populiste et nationaliste que l'on voit fermenter un peu partout". A l'heure du Sommet de Bruxelles, une fois de plus, c'est l'engagement européen de l'Allemagne qui est questionné. Pour le correspondant de La Tribune à Francfort : "Le divorce entre l'Allemagne et l'Europe est inéluctable, car l'Europe n'est plus perçue comme une chance outre-Rhin". Guyonne de Montjou : Le Wall-Street Journal titre sur la discorde qui règne entre les membres de l'Union européenne. Dans le Guardian ce matin, on apprend que David Cameron a encore une fois semé la zizanie à Bruxelles. Avec l'accord discret de la France et de l'Allemagne, le premier ministre britannique a adressé une lettre aux dirigeants européens. Noir sur blanc, il leur propose de geler le budget de l'union de 2014 à 2020. Pendant sept ans. Et avant cela, pas question de faire des folies, on ne laissera pas augmenter plus que le taux de l'inflation. Evidemment, cette nouvelle n'a pas du tout plu aux pays de l'Est qui comptent bien sur ces subsides. Le Guardian cite un dirigeant polonais qui a hurlé hier sa haine des anglais: "Nous sommes face à la perfidie et au mensonge britannique. Plus personne à l'Est ne peut faire confiance aux Anglais !". Bruno : Retour à l'Allemagne... Est-elle moins europhile ? Dans L'Express, le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, répond en racontant un de ses voyages de jeunesse en France : "C'était dans les années 70. J'avais les cheveux blonds, les yeux bleus. On me repérait comme un Allemand à cent mètres ! Un jour, alors que je voulais faire des courses dans un petit magasin, la propriétaire est partie en pleurant quand elle m'a vu. Sa fille m'a expliqué : maman a perdu son mari pendant la guerre à cause des Allemands". "Ce genre d'expérience, dit le ministre allemand, en dit plus long sur ma motivation à faire de la politique que tous les discours". Patrick Cohen : Dans l'Etat d'Oklahoma, une affaire qui ne fait pas très bon effet pour l'image des Etats-Unis... Guyonne de Montjou : En Amérique, les bourreaux n'ont pas la vie facile tous les jours. Ces derniers temps, ils n'ont plus l'anesthésiant qui leur permettait d'exécuter les condamnés. Le thiopental, produit validé par la Cour suprême, est en rupture de stock dans le pays. Ce sont des choses qui arrivent. Alors pour infliger la peine capitale hier à John Duty, 58 ans, qui a étranglé son compagnon de cellule il y a neuf ans, l’Administration pénitentiaire a opté pour un produit utilisé d'habitude pour euthanasier les animaux : le pentobarbital. C’est la première fois qu'on l'injectait dans un corps humain. Et ça a marché. L'homme-cobaye a mis six minutes à mourir. Selon le Guardian, deux produits ont été injectés avant, pour limiter les souffrances du condamné : un qui paralyse ses muscles et l'autre qui affaiblit son cœur. L'histoire que l'injection du produit vétérinaire fasse bien tout son effet. Bruno Duvic : Drôle d'image des Droits de l'Homme aux Etats-Unis. A propos des Droits de l'Homme, la liberté religieuse en est évidemment un. Et dans son message du 1er janvier prochain, Journée mondiale de la paix, le pape Benoît XVI devrait très lourdement insister sur ce point. A l'heure où les chrétiens d'Orient sont persécutés, La Croix s'est procuré des éléments du discours du pape. Il devrait affirmer que la liberté de culte et de conscience appartient au noyau essentiel des Droits de l'Homme. Notre époque marque-t-elle un retour du religieux après ce qu'on a appelé la mort de dieu sous l'influence de Nietzsche, Marx et Freud ? Google fournit un tout petit élément de réponse. C'est à lire dans Le Figaro. Google a passé au crible de ses ordinateurs tous les mots utilisés dans les livres publiés ces deux derniers siècles. Et il apparaît que l'utilisation du mot "dieu" reste importante, mais qu'elle s'effondre dans la moitié du 19ème siècle et qu'elle ne redécolle pas depuis. Des milliards de mots ont été mis en algorithme. On parlait, la semaine dernière, de ces langues rares menacées de disparition. Cette étude établit un autre phénomène : l'Anglais s'enrichit sans cesse de nouveaux mots. A tel point que les dictionnaires ne peuvent plus suivre. Autre signe de l'époque, du côté des noms propres : les gens deviennent plus célèbres qu'avant, mais ils sont aussi oubliés plus vite !

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