(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la carte et le territoire

(Bruno Duvic) « La conjugaison du mauvais temps en Irlande, de la pratique de la langue anglaise et de son désir d'être un bon citoyen a amené Michel Houellebecq à revenir en France ».

L'Humanité reprend ce matin le communiqué de l'agent de l'écrivain annonçant son retour de ce côté du territoire. Sacré Houellebecq ! Au moment où Gérard Depardieu s'installe un peu plus en Belgique, pas réputé pour son climat sec, lui revient parce qu'il en a marre de la pluie en Irlande, entre autres...

Si Houellebecq, qui en a marre aussi de parler anglais tous les jours, jette un coup d'œil au site Internet du Times ce matin, il verra qu'une fois de plus les British sont narquois à notre égard.

Reportage de Matthew Campbell à Néchin, en Belgique, la nouvelle ville de cœur de Cyrano. « Le patron du café de Nechin revient d'une séance de courses en transportant de grandes boites qu'il dépose derrière le bar. - C'est du Vin ! On se prépare. » On se prépare à recevoir Gérard Depardieu, l’exilé fiscal le plus célèbre de Belgique.

Ironie en Grande Bretagne, plus étonnant, peut être, beaucoup d'éditoriaux de la presse en France sont assez favorables au comédien.

Sur le thème du matraquage fiscal, auquel il veut échapper d'abord. Philippe Palat, Midi Libre : « Depardieu, en renonçant à son passeport, envoie un signal d'alerte au gouvernement. Participer à l'effort, oui, être ponctionné exagérément, non. Le malaise dépasse la seule caste des ultras-riches. »

« Jusqu'à preuve du contraire, ajoute Pascal Coquis, dans Les Dernières nouvelles d'Alsace , c'est en toute légalité et même avec une certaine franchise que l'acteur s'en est allé planquer sa fortune. Il profite simplement et cyniquement des failles du système européen. »

Et le dernier argument, on le trouve dans L'Eclair des Pyrénées : "On entend bien les mots de citoyenneté, de solidarité, de crise économique. Mais la question qu'en filigrane pose Depardieu est celle-ci : pour quoi faire ? Ceux qui exigent de nous des efforts sont les héritiers de ces gouvernants qui depuis 30 ans ont pillé les finances publiques..."

« Affaire Depardieu, le gouvernement perd ses nerfs », titre Le Figaro qui ne voit pas pourquoi « les riches accepteraient d'être les vaches à lait d'une politique dont les responsables ont l'insulte à la bouche pour tout remerciement ». Extrait de l'édito d'Yves Thréard.

Soutien plein et entier donc ?

Certes non. Dans l’Alsace, Francis Laffon parle d’ « Egoïste posture, faux nez, illusoire panache destinés à défendre une indéfendable fuite. Une choquante déloyauté fiscale entre pays européens fait le reste. »

Jean Michel Helvig, La République des Pyrénées : « Il a interprété les plus grands rôles, il n'incarne plus que la voracité. »

Et dans La Voix du Nord , Matthieu Verrier fait un rappel utile : cette France que Depardieu veut quitter finance aussi un secteur à l'origine d'une grande partie de sa fortune, le cinéma.

Depardieu veut rendre son passeport et renoncer à la nationalité française. Ce n'est pas si simple, souligne Rue89 . Explication aussi dans Le Figaro . Il peut abandonner sa nationalité s'il en acquiert une autre. Et acquérir la nationalité belge en l'occurrence n'est pas un long fleuve tranquille. Bernard Arnault, le patron de LVMH attend encore et Johnny a fini par y renoncer.

Dans la série « la France tu l'aimes ou tu la quittes », on ajoutera le dossier d'ouverture du Parisien . Témoignages d'exilés fiscaux. Ils soulignent notamment l'instabilité fiscale en France.

L'affaire vue de Belgique c'est le bon mot de Philippe Gelluck, le dessinateur, relevé par un éditorialiste ce matin : « La Belgique ne peut pas accueillir toute la richesse du monde. »

La carte et le territoire, suite, direction les Etats Unis

« Ce pays qui s'est fait l'arme au poing, comme l'écrit Laure Mandeville dans Le Figaro . Le droit de posséder des armes fait partie de l'ADN national. Nul ne songe sérieusement à le remettre en cause. La polémique depuis la tuerie de Newton ne porte pas sur le bannissement des armes mais sur les restrictions susceptibles d'être imposées. »

Coup d'œil aux sites d'information américains ce matin pour voir l'état du débat autour de cette liberté de porter des armes.

Nicholas Kristoff dans le New York Times . “Je ne comprends pas pourquoi tant de gens sont hostiles à plus de contrôles dans la circulation des armes, alors que sur la route par exemple, les mesures de régulation sont très nombreuses : du permis de conduire aux ceintures de sécurité en passant par toutes les normes de sécurité. »

« Il faut agir, impératif moral », dit un édito de USA Today . Mais à l'américaine, le journal publie le point de vue exactement opposé, celui du responsable de l'association « Possesseur d'armes en Amérique ». Selon lui, c'est parce qu'il y a des zones où on ne peut pas être armé, comme l'école de Newton, qu'il y a des massacres. « S'il y avait eu des gens armés dans l'école, la plupart des victimes seraient toujours en vie. »

Editorial du Los Angeles Times : « Y-a-t-il des mesures qui permettraient d'éviter des massacres de masse ? Oui. Seront-elles adoptées au niveau fédéral ? Non. Opposition des Républicains et des Démocrates modérés au Sénat. Et Obama a prouvé depuis longtemps qu'il est incapable de risquer son crédit politique pour faire bouger les choses. Serrez vous enfants contre vous et protégez les du mieux que vous pouvez : car les politiques ne le feront pas. »

Ce qui est terrible aux Etats Unis, c'est qu'il y a une mémoire des massacres dans les écoles et les universités. Le Desmoines Register dans l'Iowa a interrogé un enseignant retraité. Quand il a appris la nouvelle du massacre de Newton, il est parti faire des kilomètres à vélo pour se vider la tête. En 1984, une étudiante avait été tuée dans son établissement.

Quoi d'autre dans la presse ?

Dans Libération , le témoignage d'un des policiers de Marseille qui a dénoncé les agissements de la BAC Nord. Un extrait : avril 2011, il est reçu par un commissaire de la division Nord. « On a dénoncé le chantage que des collègues exerçaient sur des dealers qu'ils rackettaient. Les commissaires nous ont sorti un organigramme de la Bac Nord sur lequel 40 noms étaient soulignés en rouge. Sont-ils tous impliqués ? On a répondu ‘Oui’. Résultat : 15 anciens dont des gros pourris ont eu des promotions. Et l'audit s'est arrêté là. »

Interview de Marc Machin dans Le Parisien : 7 ans de prison pour rien dans l'affaire du meurtre du pont de Neuilly. Son procès en révision s’ouvre aujourd'hui. « J'ai du mal à faire preuve de sagesse », dit-il à propos du véritable meurtrier qui a fini par avouer après de longues années.

Et puis la Une de L’Equipe : "Paris mène la danse". Le PSG prend la tête du championnat de France de foot après une victoire 1/0 face à Lyon. PSG made in Qatar : il y a encore des riches qui s’intéressent à la France..

A demain

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