(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le silence des préaux

(Bruno Duvic) On a le choix entre les mots et les images les plus atroces ou pas de mot du tout ce matin à propos de ce qui s'est passé hier au Pakistan. "Un massacre à l'école" à la Une de Libération , "L'enfance assassinée" pour Le Républicain Lorrain . Ces talibans pakistanais qui passent de classe en classe dans l'école militaire de Peshawar et abattent 132 élèves âgés de 10 à 20 ans. 141 morts en tout, dont les 6 talibans. Entre le début de l'assaut et la prise de contrôle de la police, 8 heures se sont écoulées.

Ce matin, le blogueur Didier Pobel aimerait qu'une minute de silence soit respectée sous les préaux du monde entier en hommage aux enfants et aux adolescents de Peshawar. Pour le reste, écrit-il, « c'est un acte contre lequel se brise l'entendement humain ».

Essayer de comprendre malgré tout. Lire dans Libération que, terrible paradoxe, cette attaque est peut-être un aveu de faiblesse. Car enfin, semble-t-il, le gouvernement de Nawaz Sharif a décidé de s'attaquer au bastion des talibans dans ce qu'on appelle les régions tribales. Opération toujours en cours. Affaibli, désorganisé, le TTP, mouvement des talibans du Pakistan s'attaque à des cibles plus faciles, faute de pouvoir mener des opérations contre les soldats.

Ce mouvement n'en est pas à son coup d'essai. Au Pakistan, on compte en moyenne quatre attaques d'école par semaine, titre slate.fr . Celles pour filles en particulier, mais aussi assassinats de soignants qui vaccinaient contre la polio, bombes dans des cinémas. C'est la créature islamiste qui défie ouvertement ses anciens parrains, écrit Adrien Jaulmes dans Le Figaro . Car pendant plus de 30 ans, le Pakistan a inspiré, entrainé, financé, protégé, instrumentalisé différents groupes radicaux. Autant de combattants au service de ses intérêts face à ses voisins indiens ou afghans.

Et il est peut-être trop tard désormais pour reprendre le contrôle. Comme l'Arabie saoudite, dépassée dans son fondamentalisme par l'Etat islamique qu'elle a contribué, directement ou indirectement, à financer, le Pakistan est dépassé par plus radical que lui. Dans les colonnes de Libération , un spécialiste du Pakistan basé à Londres appelle à l'unité nationale et à des solutions radicales. Soit éradiquer les talibans, soit donner par exemple à certaines régions tribales une indépendance qui existe quasiment de fait. Dire : ‘’voilà, là c'est chez vous, c'est votre pays, ce n'est plus le nôtre’’.

Enfants martyrs au Pakistan, enfants gâtés en Russie

Effet de la crise économique qui prend chaque jour un peu plus d'ampleur dans le pays. Acheter vite avant que les prix n'augmentent un peu plus. C'est ainsi que le magasin Lego atteint des records de vente à Moscou. Les Echos racontent cette frénésie de consommation dans certains secteurs. Des produits chers pour la plupart. Meuble Ikea, télévisions, machines à laver. Mais les livreurs de bouteilles de 20 litres d'eau ne savent pas où donner de la tête eux non plus. Moscou à l'heure où le rouble a perdu 60% de sa valeur depuis le début de l'année. File d'attente devant les bureaux de change, commerçants qui demandent le droit d'afficher les prix des produits non alimentaires en dollars. Le sarrasin, aliment de base, a pris 65% en un an.

Les ingrédients de cette crise, à la Une du Figaro et de La Croix , on vous les décrit ce matin notamment sur France Inter. Le pétrole qui chute, le poids de la guerre en Ukraine, les sanctions occidentales. « Poutine a-t-il perdu son bras de fer avec l'Occident ? », se demande L'Express.fr . Pour un économiste dans L'Opinion , la baisse du pétrole a été menée conjointement par l'Arabie et les Etats-Unis pour sanctionner Poutine.

Mais attention au retour de bâton en Europe ! L'Union est le troisième partenaire commercial de la Russie. Dans Les Echos inquiétude pour Renault et la Société générale, parmi les Français les plus engagés en Russie. Mais surtout, ce pourrait être le premier maillon d'une crise dans les pays émergents qui souffrent d'un repli global du prix des matières premières.

Le risque au plan diplomatique, c'est une montée du nationalisme, pour faire oublier les déboires économiques. A l'approche de Noël, raconte Le Monde , les produits à l'effigie de Vladimir Poutine s'arrachent comme des petits pains. Il est partout, sur des tasses, des coques de portable ou des tapis de souris pour ordinateur.

Le silence des préaux… Pendant ce temps, la guerre continue en Ukraine. Et cette scène de roman décrite par Marc Pennec dans Ouest France . Des familles, 200 personnes, installées dans la cave d'un bâtiment public à Donetsk et qui ont reconstruit leur vie. Télévision, ordinateur, des voiles pour protéger l'intimité de chacun, un coin pour les enfants. Cette babouchka, qui fait l'aller-retour chaque jour chez elle pour nourrir chiens et chats. Cette autre qui fait la popote pour tout le monde et passe en un éclair du rire aux larmes.

Quoi d'autre dans la presse ?

L'annonce la plus commentée ce matin à la rubrique des sports. Thierry Henry prend sa retraite ! « Goodbye légende », titre lepoint.fr . « Un roi s'en va » à la Une de L'Equipe . Carrière marquée par ses 51 buts en équipe de France et 228 pour le club d'Arsenal à Londres. Il a sa statue devant le stade, rappelle le quotidien sportif pour qui, derrière le trio Platin-Zidane-Copa, il est le quatrième plus grand joueur français de l'histoire. Histoire glorieuse entachée par cette passe de la main en qualification pour la coupe du monde. D'où ce titre taquin de L'Humanité . « Cette fois, Henry passe bien la main ».

Une nouvelle recrue pour le Front national, celle-ci vient des rangs centristes de l'UDI, Julien Odoul. C’est à lire dans L’Express .

Sur Rue89 , la lettre du compagnon de Florian Philippot à Closer après les photos des deux mains dans la main dans le magazine people. « Je suis une victime collatérale de vos pratiques. Je suis la cible de menaces de mort. Il vous faudra sans doute un suicide pour que vous compreniez, ce ne sera pas le mien. »

Et puis un film qui nous ramène au silence des préaux, aux horreurs de la guerre et aux miracles qu'elle réserve parfois. Ce film, sur la Syrie s'appelle "Eau argentée". Il était présenté à Cannes au printemps dernier. C'est un chef d'œuvre pour « Le Monde », un film bouleversant pour Télérama , c’est Guernica 2014 pour Didier Péron dans Libération . Libé qui raconte l'histoire derrière ce film. D'abord un cinéaste syrien exilé à Paris qui fait un montage de toutes les images du conflit dans son pays qu'il capte inlassablement sur Youtube. A Noël 2011, il reçoit un message d'une habitante de Homs. Elle s'est procuré une caméra. « Que faut-il filmer », demande-t-elle ? « Tout » lui répond le cinéaste. Leur dialogue et les images constituent la deuxième partie du film.

A Paris quelques jours à l’occasion de la promotion du film et les fastes qui accompagnent ces moments médiatiques, la jeune femme de Homs, Wiam Simav Bedirxan (son prénom signifie en kurde ‘’eau argentée’’) avait du mal à vivre le décalage entre sa vie en Syrie et les quelques instants passés à Paris : « Même porter mon manteau me culpabilise ». Sur la bande-annonce, on voit notamment une fillette extraire un petit piano des décombres de Homs. Elle joue quelques notes aigrelettes. Toujours ça de pris sur le silence des préaux.

A demain

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