Un sociologue raconte dans un livre et à l'Est-Eclair les jeunes qui restent dans les campagnes, arcboutés sur leurs amis. Des citadins se prennent pour des explorateurs en achetant des vêtements conçus pour vivre à moins trente, le Figaro. Dans nos prisons, des détenus rêvent de devenir cuisiniers, le Monde.

On parle d'un maire ce matin...  

Qui à 88 ans est le plus vieux des maires des Alpes maritimes, mais il est si beau Charles Buerch maire de Bairols, sur le site de Nice-Matin, le visage sublimement raviné, la cravate rayée pas si bien nouée le costume flotte un peu le corps est maigre mais le cheveux si blanc, et derrière Charles on voit les montagnes et l'air vous pique déjà comme nous pique sa supplique, car c'en est une: venez nous visiter, dit-il, venez à Bairols qu'on appelle aussi le village dans le ciel, Monsieur le Maire a passé quarante ans à soigner son village et à se battre pour la route  qui y mène, 7 kilomètres qui serpentent vers le sommet bien goudronnés pour que l'automobiliste n'aie pas peur, venez dit Charles Buerch, "c'est un cri de détresse, c'est un cri du cœur, ma joie c'est quand mon village vit quand de gens se promènent dans les rues, venez déjeuner à l'auberge, venez nous aider à la garder ouverte et si je vous venez je vous raconterai l'histoire de Bairols"...  

Et voilà donc en ce jour de colères de blocages de souffrances dans les rues et des grévistes qui veulent tenir bon, voilà un maire de village  qui appelle à la vie à la simple visite, il tient bon. On en entend ce matin des villages des campagnes des provinces, et des gens qui tiennent bon chacun à leur manière, sous l'actualité dominante.  

Dans l'Yonne républicaine, on me parle d'artisans réparateurs, qui tiennent bon contre les temps jetables, José Cottret et sa fille Coralie sauvent à Auxerre des instruments de musique, ils plaident pour le beau saxo coute 1000-1200 euros, mais en Chine on les fabrique à 200 euros, mais ceux-là on les jettera.  

Dans le Courrier Picard, un jeune homme de 26 ans ressuscite un concept millénaire, la bière au pain, il récupère dans des boulangeries amiénoises les baguettes invendues et séchées les  mélange au malt et par leur amidon il veut changer le monde...   

Un sociologue né en  province, Benoit Coquard, a enquêté sur les jeunes gens des campagnes, qui s'accrochent à leurs petits pays, son livre s'appelle "Ceux qui restent", il est ce matin dans l'Est-éclair. Coquard raconte comment on tient dans la nostalgie du temps des parents quand on se retrouvait aux bals les samedis soirs, aujourd'hui on compte sur l'amitié, la bande de pote, le clan, on vit comme sur une ile entre amis choisis, "ici, c'est la Corse sans la mer" dit un personnage du livre, et on pose sur sa voiture des plaques corses pour montrer qu'on est encore maitre chez soi.   

Dans la Corse la vraie, Corse-matin en fait sa une, on célèbre les crèches de Noel bien belles dans les mairies d'Ajaccio et des villages, c'est comme cela qu'on vit disent les Corses et tant pis si sur le continent, la vigilance règne sur la laïcité. A Toulouse, une crèche vivante, un spectacle de rue, a été attaquée samedi par des militants anticapitalistes, me disent la Croix et la Dépêche, une spectatrice a compati : "Ils ne savent pas que Jésus n'était pas un bourgeois, mais un pauvre, un démuni." Elle tient bon.   

On parle aussi de vêtements ce matin... 

Qui ont la saveur indécente de l'inutile, des vêtements d'explorateurs, des parkas fourrées en gore tex, des doudounes triples épaisseur conçues pour résister à moins trente degrés, que des citadins achètent, fascinés de Tech wear, la technologie du vêtement, et ils se retrouvent en nage, car Marseille et Paris sont bien trop tempérées... Mais c'est de rêve qu'il s'agit m'explique le Figaro, il s'agit de se prendre pour Mike Horn ou Cory Richards, être plus grand que soi... 

On ne juge pas le rêve et dans les vêtements chacun met ce qu'il peut. Allez acheter en kiosque l'Etiquette, journal faussement futile qui se baptise "le guide l'élégance masculine". Vous y lirez des histoires de vêtements imaginés, les chaussures New Balance qui étaient l'honneur des cités pauvres de Washington ravagées par le crack, l'équivalent au ghetto des Gucci des riches, ou la stupeur de Lacoste maison chic quand des enfants de nos cités  hip hop en faisaient leur emblème.  

Chacun rêve ici-bas. Dans La voix du Nord, on me raconte une ville détruite pendant la grande guerre, Bailleul, qui fut reconstruite comme un fantasme, dans un style flamand, façon Bruges, qui n'avait jamais existé, mais qui fut son retour à l'existence. 

On rêve dans nos prisons, aux choses les plus simples. Le Monde raconte ces prisonniers qui deviennent cuisiniers, car enfermé, on perd un peu la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, mais, il reste le goût qui vous offre des mondes et "des jeunes prisonniers commandent de la farine, des œufs, du sucre vanillé et se lancent dans des fraisiers, des tropéziennes, des tartes au citron qu'ils partagent ensuite avec leur étage", dehors, ils cuisineront pour des enfants, passeront un diplôme... Un concours de cuisine a été organisé entre maisons d'arrêts par le chef Michel Portos, un étoilé parti cuisiner pour les détenus des Baumettes, et qui conquis par eux, leur a transmis un peu de son art.    

Et un anniversaire pour finir... 

Qui passe inaperçu en dehors de l'excellent site The Conversation, cela fait trente ans qu'une familles d'ouvriers de Springfield à la peau jaune est arrivée dans nos imaginaires, papa Homer, qui travaille dans le nucléaire maman Marge et sa permanente, bleue, le premier épisode des Simpson a été diffusé le 17 décembre 1989, ce dessin animé moquait et sublimait les classes moyennes américaines et s'affranchissait des élégances, pourrait-on encore dire comme Homer en 1995: "Vous savez, les gars, un réacteur nucléaire c'est un peu comme une femme, il suffit de lire le manuel et d’appuyer sur les bons boutons".  

Sur le site du Figaro depuis quatre jours dort un bijou. Le discours qu'a prononcé Alain Finkielkraut devant  l'Académie française sur le thème de la vertu... Il y dénonce un nouvel ordre moral politiquement correct, on a l'habitude  mais c'est le cheminement qui compte, car pour sa démonstration, Finkielkraut raconte qu' à la cour de Louis XIV, Saint-Simon, chroniqueur à cheval sur l'étiquette, s'opposa à l'ambassadeur Maulévrier qui sans en avoir le rang, prétendait tendre la main à ses fils... Anecdote que Swann, dans la recherche, raconte à la famille de Marcel Proust, au grand dam de la grand-tante de Marcel choquée. Et je veux bien alors (merci maître) détester mon époque en si bonne compagnie.

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