Le Point ranime superbement le temps où nous français explorions le monde. L'Obs raconte un militant congolais qui veut enlever l'art africain volé de nos musées. La Vie et le Figaro frémissent du triomphe des Lefèvre dans un télé-crochet, qui en famille entonnent des chants religieux.

On parle de voyages...  

Des voyages français splendides dans le Point sur plus de 70 pages, car nous revient le temps des numéros doubles qui enjambent les fêtes, et pour les enjamber et nous sortir de nos enfermement, le  Point raconte nos épopées d'explorateurs, quand des Français abordaient le monde par esprit de conquête et espérance d'intelligence aussi, Montaigne nous avait dit qu'il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle à celle d'autrui...  

Voyageons donc avec Cavelier de la Salle , ce prêtre raté qui quitta les jésuites parce qu'on lui avait refusé de partir comme missionnaire en Chine et qui se consola en descendant le Mississipi en compagnie d'alliés indiens dont nous savons les noms,  Amabanso, Sénéché, Ahos, Chouakost... Il offrit en 1682 l'immense Louisiane à Louis XIV, pour baliser son chemin, il avait construit des fortins dont l'un s'appelait Crèvecœur. Enlevons à nouveau la Vénus de Milo à l'empire turc avec Dumont d'Urville, cette année, 1820, la France se relevait des défaites  et retrouvait sa vocation universelle, nous étions ceux qui cartographiaient le monde, comment prévoir que dans le champs d'un paysan nommé Yorgos nous attendait une divinité de pierre blanche...   

Ce sont mes amis des aventures pour la veillée, les connaissez vous déjà, savez-vous que le papa de Marcel Proust combattait en Russie la peste et le choléra... Et dans cette veillée le Point nous dit une France qui doit exister par le vaste monde, nous en souviendrons-nous au temps des remords?  

Le Monde nous dit l'enlisement de nos soldats au Sahel dans l'opération barkhane, qui pourrait les relayer face au djihadisme?Notre Chef d'Etat-Majoir, le général Lecointre, voudrait au Mali une réconciliation "au-delà des critères occidentaux", donc avec les islamistes? Le militaire forcément est politique.   

L'Obs publie le portrait d'un drôle de bonhomme nommé Mwazulu Dyabanza, bel homme congolais qui aime poser en révolutionnaire du tiers monde, tunique jaune coiffe noire, et qui poste ses  discours et ses exploits sur les réseaux sociaux, il vient dans nos musées enlever des objets de leurs socle et proclame qu'il veut les restituer à l'Afrique, on l'appréhende, on le juge, il recommence, on sourit de lui parfois car il peut confondre une relique indonésienne avec de l'art africain, on s'en méfie aussi, il pourrait casser quelque chose. Mais passée l'ironie on l'entend reprendre à son compte des arguments de chercheurs expliquant que le pillage d'objets sacrés a déstabilisé les sociétés africaines, car les statuettes portent un langage et il faudrait alors ranimer la vie. Il dit, Mwazuliu Dyabanza, qu'on l'a applaudi quand il était en prison à Fleury-Merogis.  "J'ai rencontré des détenus motivés pour quitter le banditisme et me rejoindre, dit-il, je transformerai ces bandits en militants, ils n'auront pas peur de décrocher des statues"...  

On parle de photographies... 

L'Express nous montre les clichés que poste sur twitter le premier ministre pakistanais Imram Khan, des paysages d'automnes orangés sublimes, le Gilgit Baltistan est un des endroits qu'il préfère sur terre cet homme, mais ce n'est pas esthétique, nous parlons ici d'un morceau du Cachemire que le Pakistan et l'Inde se disputent, Khan érige le Cachemire pakistanais en province à part entière promise à développement et dignité. Afin de séduire de l'autre côté de la frontière la population du Cachemire indien placés sous la tutelle de l'Etat, qui redoute son irrédentisme.  

Une autre photo nous prend dans Libération. Un café que le photographe Nicolas Fauqué a nimbé d'une douce lumière orangée, des jeunes gens bavardent,  des garçons, beaux et vêtus comme ici de sweats et de basket, avec quelque chose de frémissant dans leur pose, une attente. Nous sommes à Sidi Bouzid où il y a dix ans juste débuta la révolution tunisienne, et ce qu'on appela après elle le printemps arabe, et ces jeunes gens étaient enfants alors et ne croient plus en leur pays, ils veulent partir, chez nous, en Europe, ou peut-être dans un autre pays du Maghreb lis-je, ailleurs, car la démocratie n'a pas nourri ses enfants, et ainsi Libération nous dit l'inachèvement d'une révolution que provoqua le suicide d'un vendeur ambulant, transformée par de vieux militants en injustice cardinale, qui renversa le pays, puis d'autres... 

Mohamed Bouazizi le martyr a son monument en ville, certains trouvent sa statue ridicule, et on médit de sa famille partie au Canada, "elles reviendront pauvres comme des chiens", dit une passante... C'est d'être enfermé que l'on devient méchant. Les Echos, la Croix le Berry républicain le Progrès les DNA tournent avec respect autour de cet échec, "à quoi sert la liberté d'expression quand on a faim"? Mais Libération plus que les autres dit une infinie cruauté.  

On parle enfin de précision. 

Et d'une distinction qui nous honore puisque l'Unesco a admis à son patrimoine culturel immatériel de l'humanité l'horlogerie et la mécanique d'art, discipline qui court dans l'arc jurassien entre la suisse et la France, voilà reconnue notre contribution horlogère, et la grandeur des échanges frontaliers, l'Est républicain, raconte le Val de Morteau d'où partaient des migrants français apprendre en suisse le montage des montres, la France et la suisse se livraient une guerre douanière et le chômage avait pris la vallée, on dirait des leçons pour aujourd'hui.   

Dans nos journaux on lit des mémoires culturelles musicales. Le Journal du Centre avec deux jours d'avance, célèbre en grand les quarante ans de la Boum qu'on allait voir au Palace à Nevers et combien de fois Philippe 54 ans essayait d'emballer ensuite dans ces fêtes devenues boums dans des garages sur la série de slow, "dreams are my reality", avec au ventre la peur du râteau mais à 17 ans il connut sa femme.  A Lille apprends-je dans la voix du Nord, commence un casting pour une comédie musicale consacrée à Michel Sardou, "je vais t'aimer".  

Et puis on lit la belle aventure d'une famille de Versailles dotée de 6 enfants, d'une solide foi chrétienne et d'un amour de la musique, et les Lefèvre (c'est leur nom) ont créé un ensemble familial dédié au chant d'église...  Et dans une douce nuit mardi ils ont remporté un radio crochet populaire, "la France a un incroyable talent", sur M6. Le Parisien les chante laïquement, le chroniqueur religieux du Figaro Jean-Marie Guénois se réjouit de cette mélodie du bonheur, et la Vie sur internet en fait des héros récurrents, un bonheur des catholiques autrefois majoritaires, désormais une culture minoritaire en France, mais exaltée d'être chantée et aimée encore, il suffisait de cela!

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